Investir stratégiquement dans un REEE

Si ouvrir un REEE n’exige pas un gros effort de réflexion, il est plus difficile de décider comment investir l’argent.

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Le fils de Mike Holman était encore aux couches que son père se demandait déjà comment il arriverait à payer ses études collégiales et universitaires. En aurait-il les moyens ? Quelles sommes économiser et où les placer ? Peu de temps après, Mike Holman a décidé d’ouvrir un régime enregistré d’épargne-études (REEE) et s’est mis en quête de réponses à ses questions. Avec la hausse des droits de scolarité, bien des parents se tournent vers le REEE très tôt afin de maximiser le nombre d’années de cotisation qui les séparent des études de leurs enfants. C’est une décision intelligente, si bien que, comme l’a découvert Mike Holman, il est judicieux de souscrire à un REEE même en l’absence de surplus d’argent à investir. Les sommes offertes aux anniversaires et à Noël par les grands-parents et les autres membres de la famille s’additionnent vite, affirme Mike Holman, un investisseur de longue date à qui l’on doit le blogue Money Smarts et le livre électronique How To Withdraw Money From Your RESP Account Whether Your Child Goes To School or Not. L’un des principaux avantages du REEE, c’est que votre pécule croît rapidement grâce aux programmes de soutien offerts par le gouvernement, comme la Subvention canadienne pour l’épargne-études (SCEE). En vertu de la SCEE, le gouvernement dépose l’équivalent de 20 % de vos cotisations annuelles dans votre compte, jusqu’à concurrence de 7 200 $. Et il existe d’autres mesures incitatives. Ottawa, par exemple, offre des programmes pour venir en aide aux familles à faible revenu, tandis que l’Alberta et le Québec possèdent leurs propres mesures visant à encourager les résidents de ces provinces. Aujourd’hui, Mike Holman a un fils et une fille. Et avant que ses enfants ne célèbrent leur 4e et leur 5e anniversaire, il avait réussi à amasser 24 000 $ dans leurs REEE. Si ouvrir un REEE lui a paru assez simple, il a été plus difficile de décider comment investir l’argent. Contrairement au REER qui peut fructifier sur plusieurs décennies, le REEE possède un horizon d’à peine 18 ans. Ce resserrement de la période de placement peut dérouter plus d’un investisseur. Dans ce contexte, doit-on tenter de stimuler le rendement ou opter pour l’approche la plus conservatrice possible ? D’après Peter Drake, vice-président, Retraite et recherches économiques à Fidelity Investments, le secret est de combiner les deux approches. Si vous commencez à investir lorsque votre enfant est en bas âge et qu’il vous reste encore 17 ans avant de toucher l’argent, vous pouvez vous permettre de prendre des risques, comme vous le feriez pendant vos premières années de cotisation au REER. Mais plus votre enfant se rapproche de ses études postsecondaires, plus vous devriez faire preuve de prudence, conseille-t-il. C’est la stratégie que Mike Holman prévoit adopter. Dans la mesure où ses enfants entreront à l’université dans plus de 10 ans, il se sent à l’aise d’investir la totalité de ses REEE dans des actions. « La perspective d’un effondrement boursier ne m’effraie pas, soutient-il. J’ai amplement de temps devant moi. » Mike Holman a décidé de distribuer son actif comme ceci : 90 % de l’argent est réparti à parts égales dans des fonds communs de placement canadiens, américains et européens, et la dernière tranche de 10 % repose dans un fonds asiatique. Il privilégie une pondération semblable pour son REER, mis à part quelques obligations. Pour l’instant, ses REEE ne contiennent aucun titre à revenu fixe. Mais lorsque ses enfants seront adolescents, il dit qu’il commencera à transférer de l’argent dans des obligations. Ultimement, il prévoit que son portefeuille comprendra 60 % d’actions et 40 % d’obligations. Cela dit, les investisseurs moins aguerris voudront peut-être tenter une approche différente. Pour ceux et celles qui ne seraient pas à l’aise de gérer leurs propres investissements, Peter Drake recommande d’acheter un fonds à horizon. Ce type de fonds est structuré de façon à ce que la pondération en actions et en obligations du portefeuille soit de moins en moins risquée à mesure que se rapproche l’échéance prédéterminée (qui est généralement de 15, de 20 ou de 25 ans). « Le fonds à horizon débute avec des placements plus dynamiques, puis le risque s’atténue automatiquement, explique Peter Drake. Vous ne vous départez jamais complètement de vos actions, mais votre portefeuille renferme des placements plus conservateurs. » Une autre solution, ajoute-t-il, est d’acquérir un fonds équilibré détenant environ 50 % d’actions et 50 % d’obligations. Cependant, Peter Drake nous met en garde contre les placements REEE trop prudents, surtout pendant les premières années, car il peut être difficile de prévoir les besoins financiers de nos enfants. « Vous ne pouvez jamais savoir avec certitude ce que vos enfants décideront de faire », remarque-t-il. Il a lui-même vécu cette situation. Il a dû débourser des frais annuels de 10 000 $ pour aider l’un de ses enfants à poursuivre des études en sciences, puis des frais annuels de 5 000 $ pour inscrire un autre de ses enfants au conservatoire de musique. Mais cette somme a bondi à 100 000 $ lorsque ce dernier a été admis à un programme d’études de 2 ans en musique aux États-Unis. Si vous tenez vraiment à ne courir aucun risque, Mike Holman vous conseille d’investir dans un CPG au titre du REEE. Vous obtiendrez ainsi les subventions du gouvernement, ce qui finalement constitue la première raison qui incite les gens à utiliser un REEE. « C’est un placement simple, peu coûteux et sécuritaire, et vous avez absolument besoin de ces subventions », argumente-t-il. Mike Holman se dit satisfait de l’approche dynamique qu’il préconise pour ses investissements. Tout ce qui lui reste à faire maintenant, c’est d’injecter plus d’argent dans le compte. Heureusement, le prochain anniversaire n’est pas trop loin…