La Bourse simplifiée

Des frais de gestion minimes et des risques calculés : les fonds négociés en Bourse (FNB) gagnent en popularité auprès des investisseurs.

Dollars et cents : La Bourse simplifiée
Ill. : P. Doyon

Yves Sicard trouvait que ses fonds communs de placement lui coûtaient cher. Des frais annuels de gestion de 2 % et plus, c’est beaucoup de rendement amputé si on a un horizon de placement de 20 ans. Selon la taille du portefeuille, cela peut représenter des dizaines de milliers de dollars qui iront dans les poches d’une entreprise de gestion financière plutôt que dans son propre bas de laine.

Il y a trois ans, ce dirigeant d’une maison d’édition a opté pour les fonds négociés en Bourse (FNB). Leurs frais de gestion sont beaucoup plus bas : environ 0,5 % par année, parfois moins. Ces fonds s’achètent et se vendent aussi facilement que des actions et permettent une aussi grande diversification que les fonds communs de placement offerts par les banques et autres institutions financières.

« Je trouvais que les FNB étaient bien structurés. Ils me permettaient d’avoir un portefeuille diversifié à peu de frais. Pour moi, c’était la meil­leure option », explique Yves Sicard, 46 ans, qui a étudié en finance.

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Les plus connus de ces fonds suivent un indice boursier, qui est constitué d’un panier d’entre­prises représentant un marché donné, comme le S&P/TSX, de la Bourse de Toronto. En une seule transaction, on obtient une petite participation dans plus de 200 entreprises canadiennes. Puisque la société qui vend ce fonds ne fait que copier le contenu de l’indice, elle n’a pas besoin de verser d’importants salaires et des primes à des gestionnaires qui évaluent les entreprises et choisissent des titres, comme le font les institutions qui offrent des fonds communs de placement.

Selon Esko Mickels, analyste à la société torontoise Morningstar, les FNB comportent plusieurs avantages. En plus des frais annuels de gestion minimes, ils sont transparents, puisqu’on en connaît le contenu (quand on achète un indice, on sait ce qu’il contient), alors que dans le cas des fonds communs de placement, c’est habituellement à la fin de chaque trimestre qu’est dévoilée la liste des entreprises dans lesquelles des actions sont détenues. Et puisqu’ils se négocient en Bourse, on sait en tout temps quelle est leur valeur.

De plus en plus de conseil­lers en placement, comme François Têtu, de Valeurs mobi­lières Desjardins à Brossard, suggèrent les FNB à leurs clients. « Maintenant, il y en a tellement que l’on peut facilement bâtir des portefeuilles très diversifiés à partir de ces fonds. »

À son avis, avec 50 000 dollars, on peut se constituer un portefeuille avec quelques FNB fondés sur les indices obligataires et boursiers des plus importants marchés partout dans le monde. Stephen Gauthier, stratège et gestionnaire de portefeuille chez Demers Valeurs mobilières, croit qu’il faut le double pour composer un portefeuille à la fois équilibré et assez gros pour amortir les frais de transaction : si ces derniers sont souvent de moins de 10 dollars chez un courtier exécutant (souvent nommé « courtier à escompte », sous l’influence de l’anglais), ils dépassent généralement les 100 dollars chez les autres courtiers. « Avec moins de 100 000 dollars, il vaut donc peut-être mieux se tourner vers des fonds communs de placement », dit-il.

La répartition entre la portion d’obligations et d’actions du FNB dépendra de l’âge de l’investisseur, de son horizon de placement (prendra-t-il sa retraite dans 5 ans ou dans 30 ans ?) et de sa tolérance au risque. Selon François Têtu, un portefeuille peut, par exemple, comprendre 40 % d’obligations et 60 % d’actions.

Mais pourquoi se contenter de suivre des indices ? « Parce que les gestionnaires de fonds communs de placement ne les battent pas souvent », explique-t-il. En effet, c’est une infime minorité qui parvient à le faire sur une longue période. Selon des données de Morningstar, seulement 7 fonds d’actions canadiennes sur 96 ont obtenu un rendement supérieur à l’indice S&P/TSX, de Toronto, au cours des cinq dernières années.

Cela explique en partie la popularité grandissante des FNB. En cinq ans, leur valeur s’est accrue de 29,6 %, pour atteindre 30 milliards de dollars en 2009. En guise de comparaison, l’actif des fonds communs n’a augmenté que de 5,6 %, mais demeure largement plus élevé, à plus de 600 milliards de dollars.

Les balbutiements des fonds négociés en Bourse remontent aux années 1990. Le premier fonds indiciel a été lancé en 1993 par la société State Street : c’était le Standard & Poor’s Depositary Receipt, qui suit l’indice S&P 500 des plus grandes sociétés américaines. C’est encore l’un des plus négo­ciés dans le monde.

Aujourd’hui, il existe des fonds qui permettent d’investir dans les principaux indices boursiers de la planète, mais aussi dans des secteurs particuliers, comme les sociétés pharmaceutiques, ou dans des ressources naturelles, comme le pétrole ou l’or. D’autres permettent d’acheter des indices obligataires. Il y a même des FNB de FNB.

Marco Boucher, ingénieur de 37 ans qui s’est recyclé dans l’immobilier, a eu recours aux FNB pour participer à un marché boursier étranger. « En 2007, mon conseiller m’avait recommandé d’acheter l’indice du Japon. J’ai obtenu un très bon rendement. Si on acquiert des actions de cinq ou six entreprises, on peut se tromper. Mais avec un fonds indiciel, c’était facile et mon portefeuille était diversifié. »

Les FNB indiciels ont toutefois le défaut de leur qualité. Quand le marché grimpe, notre avoir grimpe. Mais quand il chute, l’avoir dégringole avec lui. Dans un marché à la baisse, convient François Têtu, un bon gestionnaire de fonds communs peut limiter les dégâts en réduisant ses positions dans le marché boursier ou en se rabattant sur des entreprises moins sensibles aux fluctuations des cycles économiques.

Stephen Gauthier met en garde les petits épargnants qui veulent acheter des FNB par l’intermédiaire d’un courtier exécutant, qui ne donne pas de conseils : ils devront suivre eux-mêmes leurs placements. « Ce n’est pas parce qu’un portefeuille est diversifié qu’il est sans risques », dit-il. Il faut aussi surveiller la répartition de ses actifs et ne pas trop dévier de ses objectifs.

« Au moins une fois par année, si les actions ont bien rapporté, on en vend une partie pour acheter des obligations, ou l’inverse, si ce sont ces dernières qui ont le mieux « performé » », recommande Stephen Gauthier. Bref, on encaisse les profits d’un côté afin d’acheter à prix moins élevé, de l’autre côté, la catégorie d’actifs qui a fléchi.

Avec la panoplie de FNB qui inondent maintenant le marché (il y en avait 109 au Canada à la fin de 2009, près de 2 000 dans le monde), il faut aussi faire attention à ses choix. « Certains fonds spécialisés sont dangereux, affirme François Têtu. Je pense à ceux qui spéculent sur le prix des matières premières ou encore qui permettent de doubler les rendements… et les pertes. »

« Suivre quelques indices boursiers et obligataires, c’est ce qu’il y a de plus simple, con­clut Stephen Gauthier. On sait dans quoi on investit ! »

 

ELLES OFFRENT DES FNB

 

BlackRock Asset Management
iShares est la plus vieille et la plus connue des familles de FNB au Canada. La gamme compte 36 fonds, plusieurs reproduisant les indices majeurs et sectoriels mis au point par Standard & Poor’s pour la Bourse de Toronto.

Claymore Investments
Claymore offre une trentaine de fonds. Certains indices utilisés repèrent les entreprises en fonction de leurs résultats financiers plutôt que de leur poids en Bourse. La société propose aussi des fonds qui misent sur des secteurs particuliers, comme les sables bitumineux.

BMO Groupe Financier
La Banque de Montréal a lancé sa propre gamme de FNB en 2009. Elle propose 22 fonds, dont plusieurs dans les titres obligataires. Pour ce qui est des fonds d’actions, ils suivent des indices différents de leurs concurrents. Dans certains secteurs, comme les banques, les institutions ont le même poids dans le fonds, même si les capitalisations boursières diffèrent.

BetaPro Management
Cette filiale de la société Jovian Capital propose une trentaine de fonds, la plupart très spéculatifs. Certains comportent un effet de levier, qui peut faire augmenter ou diminuer du double les rendements de grands indices, comme celui de la Bourse de Toronto ou du S&P 500 américain. Des fonds permettent de parier aussi sur le prix de l’or, du pétrole ou du gaz naturel.