La bourse, un jeu payant ?

Né dans le sillage de la pandémie, le nouvel engouement des Québécois pour la spéculation en ligne inquiète les experts.

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Quelques semaines avant le premier confinement, la vie de Stéphane a pris un grand virage. Cet ouvrier de la construction a remisé ses outils pour de bon afin de devenir boursicoteur à temps plein, à l’âge de 53 ans, après avoir suivi une formation en ligne sur le day trading, c’est-à-dire l’achat et la revente d’actions dans la même journée. « J’étais convaincu, et je le suis toujours, que je pouvais faire plus d’argent à la Bourse qu’en travaillant », déclare le novice, qui préfère taire son nom de famille.Advertisement

Lorsque les marchés se sont colorés de rouge en mars, le spéculateur en herbe y a mis toutes ses économies, incluant un prêt personnel. Mais le néophyte a rapidement été rattrapé par la réalité. Six mois et plus de 1 000 transactions plus tard, il avait perdu 30 % de son investissement consacré au day trading, également appelé spéculation sur séance ou spéculation à très court terme.

Depuis le début de la pandémie, les plateformes de courtage sur Internet, qui permettent d’acheter et de vendre des titres boursiers de façon autonome, sont littéralement prises d’assaut. Desjardins Courtage en ligne enregistre une augmentation du nombre de nouveaux clients de 129 % par rapport à septembre 2019 et une hausse du nombre de transactions de 109 % par rapport à la même période. Même son de cloche à Banque Nationale Courtage, qui parle d’un bond record, sans toutefois donner de chiffres. 

Mario Lamoureux, fondateur de Bourse 101, une école en ligne qui offre des cours sur l’investissement boursier, fait état lui aussi d’une croissance marquée de l’intérêt envers les marchés. « Nous avons enregistré trois fois plus de nouveaux étudiants en mars, avril et mai par rapport à l’an dernier. Avec le télétravail, beaucoup de Québécois ont gagné des heures de liberté, qu’ils consacrent à la Bourse », constate ce formateur qui propose plus de 80 cours en ligne, dont un programme sur la spéculation sur séance comprenant 137 formations vidéos, soit un total de 14 heures, pour la somme de 1 985 dollars.

Des experts craignent toutefois le pire devant cet engouement soudain. « Comme professionnels de la Bourse, nous avons des stratégies d’investissement qui ne se basent pas uniquement sur notre flair, soutient Philippe Pratte, chef des investissements chez Pratte gestion de portefeuilles. Est-ce que les néophytes qui arrivent sur le marché après avoir écouté des capsules sur YouTube ont le bagage nécessaire et le sang-froid pour réussir ? J’en doute. »

La frénésie du boursicotage inquiète énormément l’Autorité des marchés financiers (AMF). « Depuis avril, les boursicoteurs surfent sur une vague à la hausse, ce qui leur procure un excès de confiance dans leur capacité de prédire les marchés, affirme Camille Beaudoin, directeur de l’éducation financière à l’AMF. C’est là que ça devient extrêmement dangereux. »

L’AMF procède en ce moment à une mise à jour de son site Internet qui mettra clairement en garde les investisseurs autonomes contre eux-mêmes. « Notre section renouvelée aura beaucoup plus de mordant que la version actuelle », dit Camille Beaudoin. Cela suffira-t-il à freiner les ardeurs des joueurs ?

Malgré l’apprentissage difficile, Stéphane n’a pas l’intention de retirer ses billes de la Bourse, bien au contraire. « J’ai commencé en me mettant trop de pression. Je voulais absolument réussir », reconnaît-il, nullement découragé. Il faut dire que l’excellent rendement de son portefeuille consacré à l’investissement à long terme a compensé ses pertes. « J’ai confiance dans le système du day trading. C’est une bonne recette pour faire de l’argent. Je dois juste rester plus calme pour tirer mon épingle du jeu », conclut le quinquagénaire, qui compte reprendre son hyperactivité boursière sous peu. En espérant cette fois-ci garder son sang-froid. 

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1000 transactions en quelques mois? Je capote d’en avoir fait 40 en 2020, j’en ai jamais fait tant. Je comprends pas comment il a fait pour faire -20% à un moment où les marché ont monté de 30% depuis qu’il s’y ait mis.

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Ce sont les plateformes de courtage qui s’enrichissent avec le day trading. Plus tu transiges et plus ton rendement doit être élevé pour couvrir tes frais de courtage et de change. Performer systématiquement est une utopie. Je préfère le buy and hold.

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