La fièvre des condos

Typiquement urbain, le condo ? Plus maintenant, a constaté notre journaliste. Il s’en construit même à la campagne ! Analyse d’un phénomène.

Musique branchée, vendeurs vêtus avec style, mobilier design, cinq à sept avec les chefs de restos en vogue : nous ne sommes pas dans un bar à la mode, mais dans le rutilant bureau des ventes du projet d’habitation District Griffin, à Griffintown. Dans ce quartier en effervescence, près du centre-ville de Montréal, on vend des condos. Beaucoup de condos. Le promoteur, Devimco, prévoit en construire à lui seul 2 500, en plusieurs phases, au cours des prochaines années. À côté du chic bureau où les acheteurs potentiels visitent l’appartement modèle – digne d’un magazine de décoration, bien sûr -, les pelles mécaniques s’attaquent avec fracas au terrain de la première tour, qui comptera 15 étages. Avant même qu’on ait commencé à couler le béton, les 188 condos avaient été vendus.

D’autres constructeurs ont aussi des milliers de condos sur leurs planches à dessin pour cet ancien secteur industriel destiné à devenir un quartier résidentiel animé, en dépit de consultations publiques qui ralentissent un peu le rythme d’attribution des permis de bâtir. Car la demande est forte. Et la fièvre du condo ne se limite pas à Griffintown. Les grues s’activent aussi à Brossard, Boisbriand, Vaudreuil et ailleurs au Québec, de Bromont à Lévis en passant par Trois-Rivières et Saguenay.

Il y en a pour tous les goûts. Comme ce micrologement de 330 pi2 (31 m2) – même pas la moitié d’un terrain de badminton ! – vendu 150 000 dollars dans le complexe M9, aux limites du Vieux-Montréal. Ou cet appartement terrasse 10 fois plus grand au 33e étage de la tour Altitude, en chantier en face de la Place Ville-Marie, au centre-ville de Montréal. En prime, pour deux millions de dollars : service de voiturier, cellier, golf virtuel et salle de cinéma !

Les condos neufs sont l’objet d’un intérêt qui ne fléchit pas depuis quelques années : 15 969 logements en copropriété ont été mis en chantier au Québec en 2011, une hausse de 19,5 % en un an et un sommet de tous les temps. Il s’est construit plus de condos que de maisons individuelles au Québec l’an dernier. Dans la grande région de Mont­réal, plus de la moitié (56 %) de toutes les habitations mises en chantier sont des copropriétés.

Sur le marché de la revente, cependant, les maisons individuelles n’ont pas encore été dépassées par les condos. Sauf dans l’île de Montréal : en 2011, un nombre record de 7 986 condos y ont changé de propriétaires (une hausse de 3 %). La même année, 5 180 maisons individuelles étaient vendues (une baisse de 3 %).

Dans l’ensemble du Québec, les condos sont la seule catégorie de propriétés qui n’a enregistré aucune baisse annuelle des ventes depuis 2001, note la Fédération des chambres immobilières du Québec. En 10 ans, les ventes de condos existants ont augmenté de… 124 % !

« C’est le type de logement à la mode, qui correspond aux besoins de nombreux ménages, surtout ceux qui n’ont pas d’enfants », explique Jacques Saint-Pierre, professeur et chercheur en immobilier à l’UQAM. Et qui, pourrait-on ajouter, coûte moins cher qu’une maison.

Lorsqu’on achète un condo, on devient propriétaire d’une partie exclusive d’un immeuble (l’appartement) et d’une portion des espaces communs (terrain, toiture, corridors, murs extérieurs, etc.). Comme certaines dépenses sont partagées, le condo est généralement un peu plus abordable que la maison individuelle. Si on considère le prix médian (exactement au milieu de l’échelle des prix de vente), un condo coûte 205 000 dollars au Québec, une maison individuelle 218 000 dollars. L’écart est encore plus grand dans les centres urbains.

 

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