La recherche de rendement

Avec la faiblesse actuelle du rendement des obligations, il est devenu extrêmement difficile de trouver des placements à revenu fixe qui assurent une distribution régulière. Pourtant, les investisseurs ont encore quelques options qui s’offrent à eux.

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La plupart des investisseurs entretiennent une relation d’amour-haine avec les obligations. Certes, celles-ci peuvent diminuer la volatilité d’un portefeuille et assurer une certaine sécurité. Par contre, les placements à revenu fixe les plus populaires n’offrent souvent qu’un faible rendement. Celui d’une obligation d’État de cinq ans, par exemple, est actuellement de 1,4 %. Le taux d’inflation étant à 1,3 %, le gain est à peu près nul.

Pourtant, les investisseurs ont besoin d’obligations dans leur portefeuille pour compenser les hauts et les bas des marchés d’actions. Heureusement, il reste un moyen de faire des gains avec les placements à revenu fixe.

Jeremy Racicot, CFP et cofondateur de The Bay West Group, place l’argent que ses clients destinent à ce genre de placements dans des obligations de sociétés, ou titres de créance, parce que celles-ci rapportent davantage que les obligations d’État. « Les gens veulent du rendement, nous nous démenons donc pour trouver des moyens de faire fructifier leur argent. »

Les obligations de sociétés ont des rendements qui sont supérieurs de deux points de pourcentage, en moyenne, à ceux des obligations d’État, en raison du risque de défaillance plus élevé qu’elles comportent. Ce risque reste cependant faible. En mars 2012, Standard and Poor’s estimait à environ 2,5 % le taux de défaillance des obligations de sociétés américaines. L’agence de notation s’attend à ce que ce taux grimpe légèrement, à 3,6 %, dès 2013. Il n’en restera pas moins inférieur au taux moyen à long terme, qui est de 4,5 %, et très en dessous du taux de 13,7 % qu’on a connu en 2009.

La diminution des taux de défaillance s’explique en partie par la force actuelle des bilans des entreprises. Depuis la récession, celles-ci ont réduit leurs coûts et fait des réserves de liquidités, dont elles se servent pour rembourser leur dette et couvrir leurs paiements d’intérêt. Elles ont également bénéficié, ces dernières années, quand les marchés d’actions se sont effondrés, de la volonté des investisseurs de placer leur argent en lieu sûr. Le regain d’intérêt pour les obligations de sociétés qui en a résulté a facilité la tâche des entreprises désireuses de refinancer leur dette et de réduire leurs coûts d’emprunt.

Selon Mike Swan, gestionnaire de portefeuille associé chez Canso Investment Counsel, même si le risque de défaillance est toujours présent avec les obligations de sociétés, les obligations d’État ne sont pas forcément plus sûres. « Compte tenu du risque d’inflation, les obligations d’État sont très risquées en ce moment. »

Alors que les petits investisseurs ont accès au marché des actions, ceux d’entre eux qui cherchent du rendement et qui souhaiteraient acheter des obligations individuelles ne peuvent le faire. Les obligations sont normalement vendues en gros à des acheteurs institutionnels qui disposent de beaucoup de liquidités et qui peuvent se servir de leur taille pour obtenir un prix plus avantageux. Pour le petit investisseur, le meilleur moyen de détenir des placements à revenu fixe consiste donc à passer par un fonds commun de placement ou un fonds coté en Bourse.

Les meilleurs fonds sont ceux dont le gestionnaire a la liberté de combiner à sa guise obligations d’État et obligations de sociétés, dit Jeremy Racicot. Même si la majorité des fonds qu’il achète pour ses clients penchent plutôt du côté des obligations de sociétés, il préfère laisser leur gestionnaire décider de la proportion de chaque type de titres. « Je veux qu’il puisse acheter des obligations d’État s’il le juge bon. Je ne veux pas avoir à passer moi-même d’un fonds à un autre. »

Beaucoup des fonds dans lesquels il investit possèdent également des obligations à courte durée – des placements à revenu fixe dont l’échéance varie de un à cinq ans. Dans l’état actuel de l’économie, explique Mike Swan, il faut privilégier les obligations de ce type, parce qu’elles seront moins touchées en cas de hausse des taux d’intérêt. Quand ceux-ci augmentent, le prix des obligations chute. Si vous avez une obligation de 10 ans, les taux d’intérêt pourraient augmenter plusieurs fois au cours de cette période, faisant chaque fois baisser le prix du titre. Une obligation à court terme serait moins exposée.

Même s’il est possible d’acheter un fonds composé uniquement d’obligations de sociétés à court terme, Mike Swan suggère d’essayer également une autre option, celle des titres obligataires à taux variable. Ces titres sont liés aux taux d’inflation plutôt qu’aux taux d’intérêt. Cela veut dire que quand les taux montent, le rendement du titre augmente aussi. L’inconvénient, c’est que si les taux d’intérêt chutent et font augmenter la valeur des obligations, les titres à taux variable, eux, ne s’apprécieront pas. Étant donné toutefois le niveau extrêmement bas de ces taux à l’heure actuelle, ils ont de meilleures chances d’augmenter que le contraire. D’où l’attrait des taux variables, conclut Mike Swan.

Si vous décidez d’achetez un fonds d’obligations, Jeremy Racicot recommande de les garder dans un REER ou un CELI. Les obligations rapportent des intérêts, qui seront imposés en tant que revenus selon votre taux marginal. Il vaut mieux reporter l’impact fiscal jusqu’au moment où vous retirerez les fonds de votre compte, une fois à la retraite.

Il y a toutefois une exception : les fonds de catégorie structurés en société ne paient pas de dividendes aux détenteurs d’unités, ce qui veut dire que vous n’êtes pas imposé sur les revenus qu’ils génèrent. Jeremy Racicot a recours à ce type de fonds quand la cotisation REER de son client est déjà à son maximum pour l’année en cours.

Dans le contexte actuel, où les obligations d’État rapportent si peu, Mike Swan juge raisonnable de mettre tous vos placements à revenu fixe dans les obligations de sociétés. En raison du risque accru de défaillance, toutefois, veillez à acheter un fonds qui investit dans des entreprises solides. Pour vous en assurer, étudiez son bilan sur une longue période. Portez une attention particulière à sa performance pendant la récession. « Ne tenez pas compte uniquement de la courte période pendant laquelle toutes les obligations ont bien marché. Il faut privilégier les fonds qui ont une longue histoire derrière eux et dont le gestionnaire se spécialise dans l’achat de ce genre de titres. »

Tant que le risque de défaillance sera bas et que les rendements seront élevés, Jeremy Racicot continuera d’acheter pour ses clients des obligations de société. « Certains de ces fonds ont donné de très bons résultats au cours des cinq dernières années. Mon objectif reste de fournir du rendement à mes clients. »