La règle d’or en matière d’investissements aurifères

La plupart des investisseurs devraient inclure de l’or dans leur portefeuille. Oui, mais combien ?

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À la même période il y a un an, on ne pouvait pas allumer le téléviseur ni ouvrir le journal sans entendre parler d’or. Le cours du métal jaune montait en flèche, jusqu’à franchir la barre des 1 900 $ l’once en septembre 2011. Et les investisseurs férus d’or prédisaient la poursuite de cette ascension. Un an plus tard, une bonne partie de cet engouement semble s’être essoufflé, probablement sous l’effet de l’accalmie du marché depuis les 12 derniers mois. L’or se vend aujourd’hui autour de 1 750 $ l’once.

Cependant, le seul fait que l’or ne pulvérise pas de nouveaux records de prix ne veut pas dire que vous ne devriez pas en posséder. De tous les temps, l’or a toujours été une excellente protection contre l’inflation et un faible rendement économique. Devant la persistance du déficit européen et américain, et la menace d’un ralentissement de l’économie chinoise, le cours de l’or pourrait bien remonter, affirme Stephen Lingard, directeur général du groupe Stratégies multiactifs de Franklin Templeton. « Dans le contexte actuel, l’or offre une très bonne protection contre le risque, ce qui explique son rendement vigoureux des dernières années », poursuit-il.

Depuis 2008, le cours de l’or a explosé de plus de 100 %. Pendant ce temps, l’indice composé S&P/TSX a enregistré une croissance quasiment nulle. Certes, les deux catégories d’actifs ont dégringolé en 2008, mais l’or résiste mieux aux craintes qui planent sur la santé des marchés. Cependant, Stephen Lingard met en garde les investisseurs qui veulent acheter de l’or uniquement pour réaliser des profits. Le cours de l’or est dicté par les émotions plutôt que par la loi de l’offre et de la demande, qui détermine le prix de la plupart des autres matières premières. Autrement dit, dès que les craintes se dissiperont et que les gens regagneront confiance en l’économie, le cours de l’or chutera.

« L’or ne représente pas un bon investissement à lui seul, nuance Stephen Lingard. À long terme, il est beaucoup plus judicieux d’investir dans les actions. Le rôle de l’or est de vous fournir une petite protection contre le risque et de contribuer à diversifier votre portefeuille. »

Jamie Carrasco, un conseiller en placements de Gestion privée Macquarie, traite l’or comme s’il s’agissait de liquidités. Il préfère investir la portion en espèces de son portefeuille en or plutôt qu’en dollars américains, qui se déprécient depuis que la Réserve fédérale américaine a instauré son programme d’assouplissement quantitatif (lequel consiste à acheter des obligations d’État pour maintenir à un faible niveau les taux d’intérêt sur les titres à revenu fixe et ainsi stimuler l’économie). « Dans un contexte où les billets perdent de la valeur, il est tout à fait logique de remplacer les espèces par de l’or, estime Jamie Carrasco. Je ne fais que protéger mon pouvoir d’achat. » Et il ajoute que les investisseurs ne devraient pas s’inquiéter au sujet de l’envolée des prix. « Le cours de l’or reste stable, déclare-t-il. Ce sont les devises qui se dévaluent. »

Il existe trois façons d’acheter de l’or. Vous pouvez vous procurer des lingots, un fonds négocié en bourse (FNB) ou des actions d’une entreprise productrice d’or. Les lingots coûtent cher en raison des frais de stockage et de transport qui s’ajoutent au prix de l’or, sans compter les frais requis pour revendre vos barres ou vos onces d’or. Les investisseurs préfèrent généralement acheter des fonds aurifères, qui se vendent à une fraction du prix d’un lingot. Par exemple, le FNB Gold Trust d’iShares se négocie à environ 17 $, tandis que les parts du SPDR Gold Trust, le fonds aurifère le plus populaire, se vendent à 168 $.

Stephen Lingard investit environ 3 % de son portefeuille dans le FNB d’iShares. Ce qu’il aime dans ce fonds, c’est qu’il est garanti par des réserves d’or. S’il le voulait, il pourrait troquer ses parts contre des lingots ; et à chaque nouvelle émission de parts, iShares achète de nouvelles quantités d’or. « Assurez-vous que le FNB que vous achetez est garanti par un dépôt d’or », conseille-t-il.

Mais à l’heure actuelle, les investisseurs ont peut-être avantage à acheter des titres de sociétés aurifères. Les actions se négocient à un prix sensiblement inférieur à celui de l’or. Au cours des cinq dernières années, l’indice aurifère mondial S&P/TSX (qui reflète le rendement de tous les titres aurifères de la planète) a progressé d’à peine 1,36 %, tandis que le prix de l’or a bondi de 120 %. Historiquement, la valeur de l’or et celle des titres aurifères sont corrélées environ 75 % du temps.

Stephen Lingard attribue cet écart au fait que les sociétés aurifères ont des préoccupations comme la gestion, les dépenses et les bénéfices, alors qu’un lingot reste un lingot. « Cette année, les entreprises ont dû composer avec des enjeux de rentabilité et des dépassements de coûts », précise le gestionnaire de fonds pour expliquer le retard accusé par les titres aurifères.

Mais à cause de ces difficultés, les actions aurifères se vendent à un prix incroyablement bas, souvent moins de 10 fois le bénéfice. C’est pourquoi Jamie Carrasco s’est départi de l’essentiel de son lingot pour acheter des titres de sociétés productrices d’or et d’argent. Il affirme que de nombreuses sociétés fondent leurs résultats prévisionnels sur une évaluation conservatrice du prix de l’or. Par conséquent, si l’or s’apprécie – et il pense qu’il le fera -, ces entreprises pourraient voir bondir leurs bénéfices. « En ce moment, les producteurs d’or touchent des sommes colossales et majorent leurs dividendes, ajoute-t-il. Avec de tels multiples, c’est un vrai cadeau du ciel. »

Stephen Lingard est d’avis lui aussi que les cours boursiers vont monter. Mais avant d’acheter, assurez-vous que les titres proviennent de sociétés qui produisent de l’or à bon prix. « Si l’or extrait des gisements vaut plus que l’inflation, la hausse des salaires et l’augmentation des coûts de production, en théorie ces sociétés devraient faire mieux avec la montée du prix de l’or, indique-t-il. Ce sont les bénéfices dégagés par les entreprises qui galvanisent les titres, et non un quelconque droit sur des actifs corporels. » Les investisseurs qui souhaitent acquérir des actifs boursiers peuvent se procurer des titres individuels, des FNB du secteur aurifère ou des fonds communs de placement qui réunissent les titres de diverses sociétés productrices de métaux précieux.

Une fois que vous avez décidé le type de placement que vous souhaitez acquérir, vous devez déterminer le montant à investir dans cette catégorie d’actif. Comme votre objectif est de vous protéger contre le risque, vous ne voulez pas vous surexposer au marché de l’or. Stephen Lingard suggère de limiter la pondération de votre portefeuille à 10 % de titres aurifères. Jamie Carrasco, lui, accorde une plus grande place à l’or, qui représente de 20 % à 25 % du portefeuille de bon nombre de ses clients. D’autres experts recommandent plutôt d’investir un maximum de 5 % dans les métaux précieux.

Quoi qu’il en soit, les investisseurs devraient certainement détenir une petite quantité d’or pour se prémunir contre l’instabilité persistante de l’économie en 2013. « Le moment est idéal pour miser sur l’or », conclut Jamie Carrasco.

 

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