L’art de bien choisir ses titres

Il est facile de se laisser séduire par une action hypermédiatisée, mais choisir des titres vraiment lucratifs demande du travail. Voici trois conseils qui vous aideront à prendre de judicieuses décisions d’investissement.

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Alors que la plupart des investisseurs ont perdu de l’argent lors de la première émission publique de Facebook, John Schwinghamer en a gagné. « J’avais fait des paris au bureau sur le cours de l’action », dit-il en riant. Certains de ses collègues, tous des courtiers chevronnés, s’attendaient à ce que le titre se négocie à 60 $. John Schwinghamer, lui, a plutôt misé sur 38 $. « J’ai gagné 20 $. »

Considérant le déclin de l’action de Facebook, de nombreux investisseurs auraient gagné à se limiter aux gageures entre collègues au lieu d’investir dans ce premier appel public à l’épargne (PAPE). John Schwinghamer, gestionnaire de portefeuilles chez ScotiaMcLeod et auteur de Purple Chips: Winning in the Stock Market with the Very Best of the Blue Chip Stocks, n’est toutefois pas surpris que les investisseurs institutionnels et particuliers se soient laissé prendre par l’engouement pour l’action Facebook. « Investir demande de la discipline, mais les gens répètent toujours les mêmes erreurs, dit-il. Ils se font piéger par le battage publicitaire, même si ce n’est pas sensé. »

Le fiasco de Facebook n’est qu’un autre exemple du manque flagrant de connaissances sur la façon de sélectionner des titres. De nombreux investisseurs se fient à la simple recommandation d’un ami pour choisir une entreprise ; ils prennent rarement le temps d’étudier les données fondamentales pour s’assurer qu’elle est en bonne santé financière.

La sélection de titres demande du temps et de nombreuses vérifications. Il existe plusieurs données que vous pouvez – et devriez – consulter, mais voici les trois plus importantes à considérer si vous voulez faire un bon achat.

Ratio CBC

John Schwinghamer se penche sur le ratio cours-bénéfice/croissance pour déterminer si une entreprise est sous-évaluée ou surestimée. Un ratio CBC inférieur à 1 signifie que le prix de l’action est inférieur à ce qu’il devrait être, étant donné la croissance du bénéfice. Mais l’analyse du seul ratio CBC, à laquelle se limitent la plupart des gens, ne suffit pas, dit-il. Vous devez aussi vérifier si les bénéfices de l’entreprise augmentent.

Habituellement, plus le ratio cours/bénéfice (C/B) est élevé, plus le prix sera élevé. Le ratio C/B de Facebook dépassait 100 avant que l’entreprise soit inscrite au Nasdaq. Des entreprises en démarrage à fort potentiel de croissance, comme le célèbre réseau social, ont généralement un ratio C/B plus élevé, car les investisseurs paieront davantage s’ils estiment que l’entreprise connaîtra une croissance rapide. Si cette croissance se concrétise, le prix de l’action devrait grimper en flèche, mais l’inverse est tout aussi vrai si les choses tournent mal.

Les entreprises ayant un ratio C/B plus faible ont généralement une croissance plus lente. Les gens savent à quoi s’attendre, ce qui facilite l’évaluation de l’entreprise.

La seule façon de savoir si une entreprise comme Facebook est correctement évaluée est de déterminer ses bénéfices futurs. Si vous pensez que les revenus de l’entreprise augmenteront de 100 % chaque année, et que le cours de l’action est de 100 fois le bénéfice (ratio C/B), le ratio CBC est de 1. Cela signifie que l’entreprise est évaluée à sa juste valeur, indique John Schwinghamer.

Dans le cas de Facebook, son taux de croissance pendant le premier trimestre a été de 45 %, une baisse de 55 % par rapport au trimestre précédent.

Historique des bénéfices

Il n’est pas toujours facile de déterminer le taux de croissance d’une entreprise, surtout d’une nouvelle entreprise comme Facebook qui n’a pas encore fait ses preuves. C’est pour cette raison que John Schwinghamer n’investit que dans les entreprises qui possèdent un historique de leurs bénéfices. Si la croissance d’une entreprise s’est maintenue à 20 % par année pendant 5 ans, il est raisonnable de penser que cette croissance va se poursuivre, dit-il.

Eric Kirzner, un professeur de finance à l’école de gestion Rotman de l’Université de Toronto, confirme l’importance de la croissance des bénéfices. Toutefois, il faut soustraire les recettes et les dépenses non récurrentes, comme la vente d’un actif ou le paiement d’une indemnité à la suite d’une poursuite judiciaire. Une dépense ou un gain inhabituel peut affecter les données sur les bénéfices.

De plus, pour évaluer le bénéfice par action, vous devez également établir le taux d’actualisation, un taux d’intérêt qui permet de déterminer la valeur actualisée des flux monétaires futurs. C’est une notion très subjective, ajoute Eric Kirzner. Concrètement, si le bénéfice par action d’une entreprise est de 5 $ et que le taux d’actualisation est de 10 %, la valeur actualisée des actions est de 50 $.

Prévisibilité

Si vous n’avez pas le temps de déterminer le taux d’actualisation ou la croissance prévue des bénéfices, il existe un autre moyen relativement aisé de choisir des actions gagnantes, mentionne John Schwinghamer. Investissez dans des entreprises dont la croissance des bénéfices est modérée, mais régulière. Indiquez sur un graphique la croissance annuelle du bénéfice par action au cours des 20 dernières années. Si, en joignant les points, la ligne monte, c’est un bon choix !

Il n’y a pas beaucoup d’entreprises dont la croissance a cette trajectoire, mais la plupart d’entre elles sont des marques connues, comme Johnson & Johnson, McDonald’s et Shoppers Drug Mart. John Schwinghamer a fait une liste de 10 entreprises canadiennes qui ont une croissance régulière.

Au cours des cinq dernières années, une période plutôt turbulente pour les actions, ces entreprises ont surpassé l’indice S&P/TSX. Mais il faut mentionner qu’elles sont souvent à la traîne quand la volatilité diminue et que les investisseurs prennent plus de risques.

Ce type d’entreprise paie généralement des dividendes, a des flux monétaires élevés et peu de dettes. « Les entreprises dont la croissance est prévisible sont souvent celles qui ont une meilleure situation financière », explique-t-il.

Si les investisseurs de Facebook avaient pris le temps d’étudier ces trois données, ils auraient sans doute été plus nombreux à éviter ce PAPE. Apprendront-ils de ce fiasco ? Sans doute pas, dit Eric Kirzner, qui préfère investir dans des fonds cotés en bourse ou des fonds communs de placement. « Les gens veulent gagner de l’argent rapidement et facilement. C’est l’avidité qui les guide. »