Le défi de l’épargne à court terme

Se constituer un bas de laine en prévision des mauvais jours n’est déjà pas facile. Quand, en plus, il faut composer avec des taux d’intérêt peu élevés, on se demande où investir notre argent à court terme. Voici quelques-unes des meilleures solutions.

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Chacun sait qu’il est important de faire des réserves en cas de coup dur. Mais une question demeure : comment fait-on fructifier son argent à court terme ?

David Sherlock, gestionnaire de portefeuilles et directeur du développement de produits à McLean & Partners Wealth Management, une firme de Calgary, a souvent entendu cette question au cours de la dernière année. Les épargnants sont pris au dépourvu quand vient le temps de placer leur argent à court terme, que ce soit pour se constituer un fonds d’urgence ou pour économiser en vue d’un achat particulier.

Avant la crise financière, on pouvait facilement obtenir un bon rendement sur les épargnes à court terme. En janvier 2007, le taux d’intérêt d’une obligation de référence du gouvernement du Canada ayant une échéance de 2 ans était de 4,1 %. Les comptes d’épargne à taux élevé rapportaient aussi des intérêts plus élevés que le taux d’inflation. Aujourd’hui, l’obligation du gouvernement du Canada n’offre qu’un maigre 1,11 %, et la plupart des comptes d’épargne à taux élevé rapportent moins de 2 %.

« C’est malheureux, constate David Sherlock. Le mieux qu’on puisse faire maintenant, c’est d’ouvrir un compte Ally à 1,8 % alors que l’inflation atteint 2 %. »

Comptes d’épargne à taux élevé et CPG

Bien sûr, même le rendement le plus minime sera toujours préférable à un rendement nul. C’est pourquoi David Sherlock recommande à tous ceux qui envisagent de piger dans leurs épargnes au cours des 12 prochains mois d’utiliser un compte d’épargne à taux élevé.

En plus d’être protégés par la Société d’assurance-dépôts du Canada, qui assure le capital jusqu’à 100 000 $ en cas de faillite de l’institution financière, ces comptes n’impliquent généralement pas de frais de gestion élevés.

Cependant, vous devez porter attention à certains détails lorsque vous magasinez ce type de compte. Mathieu Paradis, un conseiller financier de la firme Raymond James à Ottawa, indique que les investisseurs doivent se méfier des taux attrayants offerts à l’ouverture d’un compte. Certaines institutions proposent un taux plus élevé pour attirer la clientèle, mais elles le baissent quelques mois plus tard.

Renseignez-vous sur l’historique des taux offerts par l’institution afin de voir si elle a l’habitude de proposer des taux plus élevés pour mieux les réduire ensuite, explique Mathieu Paradis. Vous aurez peut-être envie de profiter de ce taux mirobolant pendant deux mois, mais, au moins, vous ne serez pas surpris lorsqu’il baissera.

Les certificats de placement garanti (CPG) constituent une autre solution, bien que leurs taux soient actuellement moins intéressants que ceux des comptes d’épargne à taux élevé. Par exemple, un CPG d’un an d’Ally rapporte 1,7 % alors que le compte d’épargne à taux élevé rapporte 1,8 %. Autre avantage de ce compte d’épargne : contrairement à un CPG, vous n’avez pas à vous préoccuper de la date d’échéance.

Obligations et fonds du marché monétaire

Pendant des années, les fonds du marché monétaire et les obligations à court terme dont les dates d’échéance variaient de 30 jours à 2 ans étaient les véhicules de placement les plus populaires. Mais, selon Mathieu Paradis, investir dans des obligations aujourd’hui est un jeu dangereux.

D’abord, les fonds du marché monétaire et les obligations du gouvernement rapportent moins que les comptes d’épargne à taux élevé. Ne serait-ce que pour cette seule raison, il est absurde d’utiliser ce type d’investissement à revenu fixe, dit-il. De plus, si vous investissez dans un fonds d’obligations, vous devrez payer des frais de gestion.

Bien que les fonds d’obligation coûtent moins cher que les fonds d’actions, les frais de gestion diminueront vos profits. La différence est notable quand votre rendement est de 1,5 % et que le ratio des frais de gestion s’élève à 0,75 %.

Un autre problème avec les obligations, ajoute David Sherlock, c’est que si les taux d’intérêt augmentent, la valeur marchande des obligations diminuera. En règle générale, vous souhaitez conserver votre obligation jusqu’à sa date d’échéance pour récupérer le capital et les intérêts. Cependant, si vous devez retirer les fonds immédiatement et que les taux ont monté, votre obligation vaudra moins que le montant que vous avez payé à l’achat.

C’est pour cette raison que David Sherlock ne recommande pas non plus l’achat de fonds négociés en bourse (FNB) reflétant l’indice du marché obligataire. Si les taux augmentent, la valeur de ce FNB, qui reproduit l’indice des obligations, pourrait diminuer.

Les obligations de sociétés

Les obligations de sociétés constituent le véhicule qui pourrait vous procurer le meilleur rendement. Ce type d’obligation offre habituellement un rendement plus élevé, car le risque est également plus élevé. En effet, dans ce cas, vous prêtez de l’argent à une entreprise et non au gouvernement.

Mathieu Paradis apprécie ce rendement supplémentaire, mais il s’inquiète de voir un investisseur exposé aux risques d’une ou deux entreprises. Si la situation se gâte et qu’une entreprise n’honore pas ses engagements, l’investisseur pourra dire adieu à sa nouvelle terrasse ou à ses vacances.

Mais David Sherlock pense qu’il est difficile de résister au rendement de 3 % ou 4 % offert par les obligations de sociétés alors que les taux d’intérêt sont si bas. En outre, il croit que les risques de ce type d’investissement ne sont plus aussi importants qu’autrefois. Les entreprises sont en meilleure santé financière que pendant la récession, et leurs dépenses sont moins élevées. Il ajoute que les investisseurs ont le choix parmi plusieurs fonds composés d’obligations de sociétés performantes.

Pour atténuer les risques, David Sherlock suggère d’utiliser une approche hybride pour les investissements à court terme. Ainsi, il recommande d’investir 10 % de nos économies dans des obligations de sociétés pour obtenir un rendement supplémentaire et de placer le reste dans un compte d’épargne à taux élevé. « Cela permet d’obtenir un meilleur rendement tout en restant prudent », affirme-t-il.

En fin de compte, les investisseurs n’ont pas beaucoup de choix pour leurs épargnes à court terme. Malgré cela, même si vos épargnes ne suivent pas l’inflation, vous pouvez vous consoler en pensant que vous aurez au moins accès à vos fonds si vous en avez besoin.