Le dilemme de la super épargnante

À 28 ans, Sophie Grenier possède des économies qui feraient l’envie de la majorité des gens de sa génération. Elle envisage l’achat d’une propriété. Quelle stratégie devrait-elle adopter?

Depuis qu’elle s’est lancée à son compte comme traductrice, en mars dernier, Sophie Grenier* roule à plein régime. «Moi qui pensais ne pas payer d’impôts en 2015 parce que j’aurais un revenu dérisoire, je me retrouve au contraire avec un chiffre d’affaires plus qu’intéressant. Je dois maintenant revoir toute ma stratégie de placement», explique cette résidante du quartier Saint-Sacrement, à Québec.

À 28 ans, Sophie Grenier possède des économies qui feraient l’envie de la majorité des gens de sa génération, qui connaissent davantage les dettes que les bas de laine. Non seulement elle n’a aucun passif, mais elle cumule déjà 50 000 $ dans un REER et 14 000 $ dans un CELI. Elle a constitué ce patrimoine en tant que traductrice salariée, où elle était très bien payée. Cet argent comprend aussi son ancien fonds de retraite, qu’elle gère maintenant. Elle ne possède pas de voiture et vit dans un deux-pièces, qui lui sert également de bureau.

En épargnant au maximum, cette diplômée de l’Université de Sherbrooke veut être l’antithèse de ses parents. «Je ne veux pas vivre comme eux, qui ont connu la précarité toute leur vie. Je veux décider de l’heure de ma retraite», confie-t-elle.

Pour assurer ses arrières en passant d’employée à travailleuse indépendante, Sophie Grenier a placé son argent dans des instruments d’épargne accessibles, d’où elle peut retirer ses fonds sans délai ni pénalité, mais qui lui procurent de faibles rendements. Sa nouvelle carrière va si bien qu’elle n’a plus besoin de ce compte de secours et elle envisage l’achat d’une propriété dans un horizon de cinq ans. Quelle stratégie devrait-elle adopter?

Gaétan Veillette, planificateur financier au Groupe Investors, a analysé les avoirs et les objectifs de cette épargnante modèle. Comme objectif à court terme, il lui suggère d’accumuler une mise de fonds importante. «Si elle verse un acompte de 20 % sur le prix d’achat de sa première propriété, elle n’aura pas besoin d’une assurance prêt hypothécaire et économisera des milliers de $», dit-il. Par exemple, en achetant un condo de 250 000 $ avec une mise de fonds de 20 %, soit 50 000 $, elle économiserait 8 550 $ par rapport à une mise de fonds minimale de 5 %, soit ce qu’aurait coûté la prime d’assurance de la SCHL. Une jolie somme à consacrer à d’autres projets.

Puisque Sophie Grenier envisage un achat dans cinq ans, le planificateur financier placerait dans des fonds équilibrés 25 000 $ de son REER, qui seront utilisés en vertu du régime d’accession à la propriété (RAP), ainsi que la totalité de son CELI. « Ce sont des placements qui procurent un rendement de 4 % à 6 %, tout en présentant des risques modérés. Ils pourront être encaissés pour constituer la mise de fonds », explique-t-il.

Quant à l’autre portion de son REER, qui servira à la retraite, elle pourrait l’investir dans des placements plus à risque. Gaétan Veillette répartirait ses épargnes dans trois à cinq fonds distincts, ce qui maximiserait la diversification de son portefeuille. «Dans le contexte actuel, où les taux d’intérêt sont très bas, je recommande des fonds communs composés à majorité d’actions, afin de profiter de la reprise des marchés boursiers», dit-il.

L’erreur à éviter pour Sophie Grenier serait d’investir son argent en vue de la retraite dans des placements trop prudents. «Si on obtient un rendement inférieur au taux d’inflation, on s’appauvrit à long terme plutôt que s’enrichir», soutient Gaétan Veillette. À méditer.

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Il existe des chances que ton argent ne vale plus rien. Aussi bien acheter de l’immobilier : les gens auront toujours besoin de se loger, même si un litre de lait coûte 50 millions. Bref, placer du cash en cash, je ne crois pas à ça.

« Ce sont des placements qui procurent un rendement de 4* % à 6* %, tout en présentant des risques modérés. Ils pourront être encaissés pour constituer la mise de fonds »

*Pour des raisons de confidentialité, nous avons utilisé des taux d’une autre époque.