S’occuper des enfants, ça vaut de l’argent

Dans un couple, la personne qui en fait le plus pour la famille devrait-elle recevoir de l’autre une compensation financière ? 

Publié dans :
Bien dépenser
Famille et couple
Melanie Lambrick pour L’actualité
Temps de lecture : 3 min.

L’avocate Dominique Barsalou s’est intéressée au droit de la famille le jour où elle a pris conscience qu’elle était devenue « la statistique ». La femme qui, avec l’arrivée des enfants, avait réduit ses heures de travail pour consacrer davantage de temps à la famille. 

« C’est vraiment à ce moment qu’on voit les écarts de revenus se creuser entre les hommes et les femmes », note l’avocate montréalaise. Ça commence avec les baisses de salaire dues aux congés parentaux ; ça se poursuit avec les congés pris pour s’occuper des petits les jours de maladie ou de grève à la garderie ; ça s’accentue avec les promotions qu’on n’obtient pas ; et ça se termine avec le temps consacré à l’aide aux aînés.

Ce sont généralement les femmes qui priorisent la famille plutôt que le travail, même si des hommes aussi le font. Mais peu importe qui joue ce rôle dans le couple, l’autre ne devrait-il pas reconnaître la valeur « du travail domestique, du travail avec les enfants, et même du travail relationnel » ? demande Dominique Barsalou.

Dit autrement : la personne qui travaille davantage devrait-elle dédommager celle qui se dévoue pour la famille ? 

La réponse à cette question variera énormément en fonction des gens, souligne la chercheuse Hélène Belleau, de l’INRS. Certains, souvent les hommes, « pensent en silo. L’argent est une chose, le travail domestique en est une autre, et il n’y a pas de lien entre les deux. » D’autres, souvent les femmes, « fonctionnent en vases communicants. Je travaille moins, je fais moins d’argent, alors je fais plus de tâches domestiques », constate-t-elle dans ses études sur ces questions.

Si les deux membres d’un couple ne pensent pas de la même façon, il risque d’y avoir des tensions, selon la professeure. « Il y en a un qui va dire : “J’ai payé tout ça pendant que tu ne travaillais pas.” Et l’autre répondra : “J’ai mis de côté ma carrière pour m’occuper des enfants.” Chacun aura l’impression d’avoir fait d’énormes sacrifices. »

D’où l’importance, croit Hélène Belleau, de discuter de l’organisation financière et familiale avant d’avoir des enfants, afin de s’assurer que les deux partenaires sont sur la même longueur d’onde. Sinon, il faudra négocier pour trouver un terrain d’entente.

Pour les couples qui décident de dédommager la personne qui en fait plus pour la famille, il est essentiel de « penser aux effets à court, moyen et long terme », insiste la professeure. 

Par exemple, il n’y a pas que les revenus d’emploi qui baissent avec le congé parental. En fonction de l’employeur, les cotisations au régime d’épargne-retraite peuvent cesser. Cette pause a beau être ponctuelle, elle peut représenter des dizaines de milliers de dollars en moins à la retraite à cause des intérêts composés. Une autre preuve que le temps, c’est de l’argent.

Un petit à-côté

Si l’un des membres du couple fait des « jobines » le soir ou le week-end pour arrondir les fins de mois, à qui appartient cet argent ? Si cela nécessite que vous vous occupiez des enfants, n’en méritez-vous pas une partie ? Toutes les réponses sont bonnes… à condition que les deux partenaires aient la même.

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