Les connaissances financières peuvent diminuer avec l’âge

Alors que les personnes âgées sont convaincues de prendre de bonnes décisions financières, une étude suggère que leur capacité à traiter de questions d’argent décline avec l’âge.

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Cela prend des années d’efforts et de persévérance pour se constituer un bas de laine en vue de la retraite. On pourrait donc croire qu’à la fin de sa carrière professionnelle, une personne a développé les capacités nécessaires pour gérer ses affaires. Malheureusement, selon une récente étude, l’aptitude à faire des choix financiers avisés pourrait diminuer en vieillissant.

En août dernier, Michael Finke et Sandra Huston de l’Université du Texas et John Howe de l’Université du Missouri ont publié une étude qui révèle que les connaissances financières diminuent de façon importante après 60 ans. D’après leurs recherches, les notions liées à l’investissement s’amenuisent de 3,4 % par année, celles liées à l’assurance, d’environ 2 % et les notions de base, de 2,4 %.

Toutefois, si les chercheurs ont enregistré une baisse des connaissances chez les aînés, ils ont établi que leur confiance en leurs capacités d’investissement se maintenait ou augmentait avec le temps. « Une confiance accrue et de plus faibles habiletés peuvent expliquer les choix malavisés des personnes âgées en matière de crédit et d’investissement », notent les auteurs de l’étude. Il s’agit là d’une combinaison perdante. Les auteurs ajoutent cependant que ces personnes n’ont rien à craindre si elles se préparent à une perte de leur savoir-faire.

Cynthia Kett, associée de Stewart & Kett, des conseillers financiers de Toronto, a déjà remarqué ce phénomène dans son travail. Toutefois, d’après son expérience, la diminution du niveau de compétences se produit bien après 60 ans et n’est pas seulement due aux changements cognitifs liés à l’âge, comme le suggère l’étude.

Selon elle, les changements de style de vie, surtout à la retraite, ont des répercussions majeures sur l’aptitude à gérer ses finances. De nombreuses personnes ne savent tout simplement pas quoi faire de leur argent lorsqu’elles cessent de recevoir un chèque de paie, dit-elle. « Elles ne sont pas conscientes qu’elles doivent apporter des modifications à leur portefeuille ou, si elles le sont, elles ne savent pas quoi faire. C’est une grande source d’anxiété. »

Susan Eng, vice-présidente à la défense des droits de l’Association canadienne des personnes retraitées (ACPR), croit elle aussi que les Canadiens perdent leur bagage financier en vieillissant, mais que cette perte est due davantage à des différences générationnelles qu’à des changements cognitifs.

Bien des Canadiens, notamment les personnes nées avant le baby-boom, n’ont jamais acquis suffisamment de connaissances financières, précise Susan Eng. Si les résultats de l’étude sont fondés, elle craint que les personnes âgées courent encore plus de risques. « Des preuves scientifiques du déclin du savoir financier confirmeraient la vulnérabilité de cette population. »

Elle redoute que de prétendus experts en retraite ciblent ces personnes moins aguerries sur le plan financier et les incitent à investir dans des projets insensés ou les fraudent carrément.

Un membre de l’ACPR a déjà reçu un appel l’informant que son petit-fils était en difficulté, raconte Susan Eng. Son interlocuteur lui demandait de se rendre à la banque, de retirer de l’argent et de le lui remettre. Il s’est bien rendu à la banque, mais le caissier a compris que c’était une fraude et lui a recommandé de ne pas faire de retrait. « Ces fraudeurs profitent de l’honnêteté et de la générosité des gens. »

Comment les retraités peuvent-ils se protéger contre le déclin de leurs facultés financières ? Les auteurs de l’étude suggèrent en premier lieu de faire appel aux services d’un conseiller financier. Cynthia Kett est d’accord avec cette idée, mais elle croit que les personnes âgées devraient aussi être accompagnées d’un membre de leur famille. Ce dernier connaîtra mieux la situation familiale et sera en mesure de prendre la relève en cas de besoin.

Une autre option consiste à simplifier la gestion de ses affaires. Lorsqu’ils sont jeunes, les gens peuvent avoir plusieurs comptes, différents types d’investissement ou des fonds variés, indique Cynthia Kett. En vieillissant, il vaut mieux éviter les outils trop complexes et se limiter à une ou deux stratégies d’investissement, dit-elle. Cela aide à conserver la maîtrise de ses affaires.

Il est également important de réviser son portefeuille et son plan financier au moins une fois par année. Si ce conseil est valable pour les personnes de tout âge, il est capital pour celles dont la mémoire s’émousse peu à peu. Ainsi, Cynthia Kett communique plus régulièrement avec sa clientèle âgée, souvent au moyen de lettres imprimées en gros caractères.

Toutes ces mesures peuvent aider les retraités, confirme Susan Eng, mais elle aimerait qu’on mette l’accent sur la transmission de connaissances financières de base et sur une réglementation plus musclée pour contrer les fraudes envers les aînés. Sans ces changements, dit-elle, nous verrons de plus en plus de retraités commettre de coûteuses erreurs financières.

« Certains publicitaires croient qu’ils peuvent gagner la confiance des personnes âgées, dit-elle. Il est certain que les aînés sont plus naïfs avec l’âge. S’il faut ajouter à cela une perte de connaissances financières, il est temps de commencer à s’inquiéter. »