Les étoiles de la Bourse

Chaque année depuis sept ans, le magazine MoneySense bat le marché avec son portefeuille d’actions All-Stars. L’an dernier, ses gains étaient de 19,7 %. Ses prévisions seront-elles encore gagnantes en 2011 ?

Les étoiles de la Bourse
Ill. : Katy Lemay (Anna Goodson)

Les investisseurs en Bourse le savent : obtenir un rendement annuel supérieur aux indices de marché n’a rien de facile. Bien peu de non-professionnels réussissent à le faire, ne serait-ce qu’une ou deux fois dans leur vie. Et la plupart des meilleurs gestionnaires de fonds d’investissement n’y parviennent même plus après quelques années. Défiant ces probabilités, le magazine canadien MoneySense a composé un portefeuille d’actions soigneusement sélectionnées, les titres All-Stars, en se fixant pour cible de battre le marché. Et en 2010, il y est parvenu… pour la septième année de suite : les titres All-Stars de son « top 200 » ont produit un rendement de 19,7 %, battant de 5,5 % l’indice composé S&P/TSX, de la Bourse de Toronto.

Il s’agit là d’un rendement similaire à celui des années passées. En effet, si une personne avait investi une même somme dans chacun des titres All-Stars et avait réinjecté chaque année ses gains dans la nouvelle fournée, elle aurait obtenu un rendement annuel moyen de 19,1 % au cours des six dernières années, sans compter les dividendes. C’est 12,6 % de mieux que le rendement annuel de l’indice composé S&P/TSX, qui récoltait seulement 6,5 % par année au cours de la même période.

Ce genre de rendement ne s’obtient toutefois pas sans risques, puisque rien ne permet d’assurer que le gain escompté sera au rendez-vous d’année en année. Mais la méthodologie que MoneySense a mise au point pour repérer les titres les plus intéressants s’est avérée efficace sur une longue période.

Chaque année, les 200 entreprises canadiennes les plus importantes sont sélectionnées sur la base de leurs revenus. À partir des données de l’agence Bloomberg (réunies en date du 21 octobre 2010 pour l’année 2011), chaque titre est ensuite évalué pour son attrait en tant que placement de type « valeur » et en tant qu’inves­tissement de type « croissance ». Les investisseurs qui recherchent des titres « valeur » aiment les actions de grandes sociétés qui se négocient à un faible prix par rapport à leur actif net et qui versent de généreux dividendes. Ceux qui préfèrent les actions de type « croissance » se tournent plutôt vers des entreprises qui ont le vent en poupe et dont les bénéfices sont en progression.

Grâce à une grille d’analyse et à une série de calculs complexes, deux notes (de A à F) sont finalement attribuées aux entreprises : une pour leur aspect « valeur », l’autre pour leur aspect « croissance ». Un nombre restreint d’entreprises – celles qui auront obtenu au moins un A et un B – formeront le groupe des titres All-Stars. Pour 2011, seulement 12 entreprises ont réussi à décrocher cet honneur (voir le tableau page suivante).

Les investisseurs qui choisissent les placements de type « valeur » privilégient les actions qui se vendent au rabais. Les entreprises dont le ratio entre le prix des actions et l’actif net est faible sont donc sélectionnées en premier. Un faible ratio de ce type garantit, dans une certaine mesure, que l’investisseur ne paiera pas l’action trop cher.

Le ratio cours-bénéfice des 12 derniers mois (soit le rapport entre le coût des titres en Bourse et le profit net par action) est également utilisé comme critère. Une entreprise obtient aussi des points lorsque les analystes sont en mesure de prévoir que ses profits augmenteront dans l’année qui vient. Enfin, des points additionnels sont accordés aux sociétés qui versent des dividendes. Par contre, celles qui vivent à crédit sont pénalisées. Seulement 21 sociétés ont obtenu un A cette année pour le critère « valeur ».

Les entreprises de type « croissance » sélectionnées sont celles qui ont connu une bonne progression de leur bénéfice par action et de leurs ventes au cours des trois dernières années. La croissance de l’actif au cours de la dernière année est un autre critère de sélection.

Des points additionnels sont accordés aux actions d’entreprises qui ont eu un meilleur rendement que les autres. Le rendement de l’avoir des action­naires (c’est-à-dire le rapport entre les bénéfices et ce que les actionnaires ont investi dans l’entreprise) est également noté. Il s’agit d’un indicateur clé pour évaluer la qualité d’une société. Enfin, le ratio entre le prix de l’action et les ventes est pris en compte. Une entreprise qui a un ratio élevé pourrait s’avérer n’être qu’une « étoile filante ».

Sur les 200 entreprises qui ont été examinées, 21 ont obtenu la note A cette année et ont été retenues pour faire partie du groupe de « croissance ».

Au total, seulement 12 entreprises ont réussi à obtenir au moins un A et un B dans chacune des deux catégories. Sur ce nombre, six sont des sociétés qui faisaient déjà partie du groupe l’an dernier : ATCO, Dorel, Fairfax Financial, High Liner Foods, Leon’s Furniture et Groupe TVA. Les nouvelles venues sont : Alimentation Couche-Tard, AutoCanada, Domtar, Goodfellow, Groupe Aeroplan et Magellan Aerospace.

High Liner fait partie du groupe des All-Stars depuis deux ans et a progressé de plus de 57 %. Et c’est la seule entreprise, en plus du conglomérat albertain du secteur de l’énergie ATCO, qui a obtenu la note A à la fois pour les critères « valeur » et « croissance ».

La plus importante des entreprises au chapitre de la capitalisation est la société d’assurances Fairfax Financial, dirigée par le réputé investisseur Prem Watsa. Ce dernier a réussi à maintenir la rentabilité de l’entreprise pendant la récession et la reprise qui a suivi. En raison de ses résultats sur une longue période, il est souvent surnommé le Warren Buffett du Nord.

On notera que sur les 12 sociétés favorites, la moitié ont leur siège social officiel au Québec, même si, dans le cas de Domtar, l’essentiel des activités se fait aux États-Unis depuis la fusion avec Weyerhaeuser. Outre cette papetière, Alimentation Couche-Tard, Groupe TVA (filiale de Quebecor), le fabricant de bicyclettes et d’articles pour enfants Dorel, Groupe Aéroplan et le grossiste et distributeur de bois Good­fellow ont leur siège au Québec.

Dans ce dernier cas de même que pour le fabricant de pièces pour l’industrie aérospatiale Magellan et pour Auto­Canada (réseau de concessionnaires dont le siège est en Alberta), il s’agit de petites sociétés, qui sont davantage appropriées pour les portefeuilles d’investisseurs plus expérimentés.

Rappelons que la liste des All-Stars a été établie à partir des données compilées le 21 octobre 2010 et mises à jour le 21 janvier 2011, notamment pour tenir compte de l’évolution du prix des actions. Avant de se précipiter, il est donc recommandé de s’assurer que la situation des entreprises n’a pas changé de manière sub­stantielle et de se documenter : prendre connaissance des derniers communiqués de presse et résultats financiers, et scruter les pages Affaires afin d’être au fait des plus récents événements. C’est en prenant des décisions éclairées qu’on accroît ses chances de succès.

 

* Norm Rothery, Ph. D., CFA, est le fondateur de StingyInvestor.com. Il peut détenir certains
titres mentionnés dans ce texte, initialement publié dans MoneySense (déc. 2010-janv. 2011). Traduction et adaptation : L’actualité.

(Cliquez sur le tableau pour l’agrandir)