Les robots s’invitent dans vos finances

Les services de conseillers-robots transforment l’industrie financière, mais vous conviennent-ils pour autant?

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Les conseillers-robots proposent un éventail de portefeuilles que chaque client peut choisir en quelques clics. (Photo: Pexels)

Une nouvelle façon de gérer son argent commence à ébranler le secteur de l’investissement: les conseillers-robots. Parfaitement adaptés à notre monde numérique, ces gestionnaires de portefeuille en ligne sont conçus pour assurer une gestion professionnelle des avoirs à faible coût, même si la somme à investir est modeste.

L’incidence de ces plateformes émergentes sur la gestion du patrimoine a été immédiate. Les grandes banques et les autres joueurs importants de l’industrie en ont vite flairé le potentiel: rien n’est plus simple que de gérer ses comptes et de rééquilibrer son portefeuille quand tout se fait automatiquement et sans paperasse! Reste maintenant à savoir quelle part du marché ces robots réussiront à conquérir et comment la communauté financière traditionnelle ripostera.

Même si les conseillers-robots gèrent encore très peu d’actifs au Canada, au moins 11 sociétés utilisant ce type de gestion ont vu le jour depuis deux ans, dont Wealthsimple, Nest Wealth et le Portefeuille futé de la Banque de Montréal. Il y a fort à parier que les grandes banques et les autres courtiers exécutants ne se laisseront pas damer le pion par ces nouveaux joueurs. Ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que le marché de l’investissement va changer et qu’il est temps que les investisseurs s’y intéressent.

«Ce sera tout un bouleversement!» assure Mark Yamada, président de la société PUR Investing Inc., qui propose un logiciel de planification financière.


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Simple, pas simpliste

Comment ces conseillers-robots fonctionnent-ils au juste? La réponse est à la fois simple et complexe. Ils automatisent partiellement le processus de placement, en plus de construire et de conserver un portefeuille diversifié, à faible coût, avec des fonds négociés en Bourse (FNB). Mieux encore, tout cela se fait sans paperasse, dans le confort de la maison ou, plus probablement, depuis un téléphone intelligent entre deux réunions. Impopulaire auprès des fournisseurs, mais bien ancrée dans l’usage, l’appellation «conseiller-robot» pour désigner ce nouveau genre de service prête à confusion, puisqu’il est aussi possible de s’adresser à un conseiller en chair et en os si nécessaire. Les conseillers-robots peuvent faire économiser environ 1 % en frais aux petits et moyens épargnants, une aubaine par rapport à l’ensemble des frais exigés pour les services habituels d’un conseiller financier privilégiant les fonds communs de placement. À la longue et avec le cumul, cela peut représenter des économies énormes.

Les gestionnaires robotisés proposent généralement un nombre limité de portefeuilles composés de FNB et judicieusement construits à partir d’un questionnaire en ligne qui évalue les objectifs et la tolérance au risque de chaque investisseur. Les portefeuilles sont automatiquement rééquilibrés lorsqu’ils s’éloignent de leur répartition d’actifs cible.

Normalement, tout se fait sans papier, même la signature lors de l’inscription. On peut accéder en tout temps à son compte en ligne ou en passant par une application mobile sur son téléphone ou sa tablette. Avec un investissement minimal de 5 000 dollars — et parfois il n’y a aucun plancher —, les petits épargnants sont les bienvenus. De plus, des conseillers humains qualifiés peuvent répondre aux questions et fournir des conseils de base en matière de placements par clavardage, courriel ou téléphone.

Même si ces options sont attrayantes pour les investisseurs de tous âges, elles conviennent particulièrement aux jeunes. «C’est un changement qui va transformer les mentalités, et il survient à un moment où les générations sont en transition rapide, pense Mark Yamada. Les Y n’investiront plus comme le faisaient leurs parents et leurs grands-parents.»

À l’heure actuelle, encore peu de clients au Canada font appel aux conseillers-robots. La jeune pousse Wealthsimple est l’une des premières sociétés de gestion financière en ligne au pays et elle est la seule qui publie ses chiffres à ce jour; en décembre 2015, elle comptait 10 000 clients et 400 millions de dollars en fonds sous gestion. Et ces chiffres pourraient bien grimper rapidement, comme on a pu le voir aux États-Unis avec les pionnières Betterment et Wealthfront, qui détiennent chacune plus de trois milliards de dollars américains en actifs. Désireux eux aussi de se faire une place au soleil, de nombreux nouveaux joueurs prennent d’assaut ce marché prometteur. En coulisse, plusieurs brassent des affaires et créent des partenariats. Déjà, la Corporation Financière Power a annoncé un investissement de 30 millions de dollars dans Wealthsimple.

Mais le plus grand coup d’éclat a sans doute été le lancement du très publicisé Portefeuille futé de la Banque de Montréal en janvier dernier, l’aboutissement d’un travail de sept mois. «Pour une banque, c’est une vitesse supersonique», plaisante David LeRiche, directeur chez BMO Gestion de patrimoine. «Nous tenions beaucoup à atteindre cette position rapidement et en premier [parmi les grandes banques canadiennes]. Nous avons une occasion de devenir un leader dans ce nouveau secteur», ajoute-t-il. Aussi faut-il s’attendre à ce que d’autres banques et institutions financières emboîtent le pas. Comme le résume Mark Yamada: «Quand les banques s’aventurent sur un terrain, c’est qu’il est fertile.»

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Répondre à une demande

Les conseillers-robots viennent à la rescousse des «mal-aimés du centre», comme les appelle Randy Cass, PDG de Nest Wealth, qui vient de lancer son service automatisé à l’échelle nationale. Cette catégorie de gens se situe à mi-chemin entre ceux qui aiment tout faire eux-mêmes (et qui peuvent investir à moindre coût dans des comptes de placement autogérés, moyennant temps, efforts et connaissances) et ceux qui ont recours aux services complets de conseillers (qui peuvent offrir de solides conseils, mais dont les frais pour bâtir un portefeuille de fonds communs de placement totalisent souvent près de 2 %). Les plus grands investisseurs ont d’autres options, comme faire appel à un courtier ou à un conseiller en placement, qui peuvent fournir d’excellents conseils pour moins cher; l’ennui, c’est qu’il faut investir au moins quelques centaines de milliers de dollars, et parfois plus, pour que les frais ne dépassent pas 2 %.

Les conseillers-robots, eux, sont une solution pour les investisseurs qui veulent éviter de se casser la tête tout en épargnant des sommes considérables en frais de gestion. Bien que ces frais varient selon les conseillers-robots, la plupart de leurs investisseurs paient au total moins de 1 %, même s’ils n’ont que quelques milliers de dollars à placer. Ces «frais totaux» comprennent ceux liés à l’utilisation de ce service automatisé et les frais de gestion des FNB. Notons que certains conseillers-robots demandent beaucoup plus pour de petites sommes investies.

Bien entendu, les investisseurs qui ont le temps, les connaissances et la volonté pour investir efficacement eux-mêmes dans des FNB sont assurés d’économiser encore plus.

En automatisant certaines étapes du processus d’investissement, les conseillers-robots gagnent en efficacité et limitent l’intervention humaine lorsqu’elle n’est pas nécessaire. Ainsi, si une société a des milliers de clients avec les mêmes besoins et la même tolérance au risque, pourquoi ferait-elle appel à différents conseillers de compétence inégale pour construire et entretenir des milliers de portefeuilles individuels (ce qui représente des coûts, sans compter que les résultats sont variables)? Au lieu de cela, un conseiller-robot élabore divers modèles de portefeuilles qui, comme les voitures, sont adaptés aux profils des clients. «Si la formule marche dans l’industrie automobile, pourquoi pas ailleurs?» demande Mark Yamada.

Les conseillers-robots proposent généralement de 5 à 10 modèles de portefeuilles de placement diversifiés qui couvrent les principales catégories d’actifs et qui sont composés de FNB; ils se distinguent par leur niveau de risque sur le marché et conviennent à toutes les stratégies de placement, de la plus prudente à la plus dynamique. Un portefeuille type inclut normalement des obligations, des actions (canadiennes, américaines, étrangères) et, parfois, d’autres genres d’actifs comme des fiducies de placement immobilier, des fonds de pays émergents ou encore des obligations à rendement élevé. Ces portefeuilles peuvent être détenus dans des comptes non enregistrés, des CELI, des REER, des FERR et, bien souvent, dans des comptes spécialisés comme les régimes enregistrés d’épargne-études (REEE). Il va de soi que dès que le conseiller-robot a trouvé un portefeuille qui convient à votre profil, vous acceptez de lui en confier la gestion au jour le jour. Les conseillers-robots sont accrédités comme gestionnaires de portefeuille et doivent donc gérer vos placements en observant une obligation «fiduciaire», c’est-à-dire qu’ils doivent agir dans votre intérêt. Cette norme est plus stricte encore que l’obligation «d’évaluation de la convenance au client» à laquelle sont tenus la plupart des conseillers financiers et qui prescrit qu’on ne peut vous vendre des placements qui ne vous conviennent pas.

Idéal pour un monde numérique

Les conseillers-robots s’adressent certes aux clients de tous âges, mais ils sont particulièrement attrayants pour les jeunes investisseurs technophiles. Ceux-ci n’ont pas connu les conseillers en placement traditionnels de la génération de leurs parents et ont de trop petites sommes à investir pour intéresser ces experts.

«Nous nous adressons d’abord aux jeunes investisseurs», explique le PDG de Wealthsimple, Mark Katchen, âgé de 28 ans. «L’idéal, ce sont les 25 à 45 ans.» Le client cible de la société a des revenus à investir et sait qu’il doit faire fructifier son argent intelligemment, mais n’a ni le temps ni l’envie de s’atteler à cette tâche lui-même. «Ces gens accordent souvent une très grande importance à leur carrière, et le temps est ce qui leur manque le plus. Ils préfèrent confier ce travail à un professionnel de confiance qui l’effectuera correctement et à bon prix. Voilà notre clientèle première», précise-t-il.

Les conseillers-robots ne supplanteront pas définitivement les conseillers humains, mais il sera dorénavant plus difficile pour ces derniers de justifier leurs honoraires élevés s’ils se contentent de construire et de rééquilibrer des portefeuilles. «De nombreux conseillers qui, jusqu’ici, ont bien gagné leur vie en facturant des frais élevés ne pourront continuer à faire le travail qu’effectuent maintenant les conseillers-robots pour moins cher sans réorienter et bonifier leurs services», affirme Mark Yamada. Les conseillers peuvent y parvenir en se consacrant davantage à des activités comme la planification financière ou fiscale et les consultations par rapport au comportement de l’investissement. Et vous aurez tout de même à recourir à un conseiller humain si vous souhaitez participer activement à la gestion quotidienne de votre portefeuille mais avez besoin de l’avis d’un expert.

Les services-conseils automatisés pourraient même devenir un nouvel outil pour les conseillers traditionnels: nombreux sont ceux qui songent à intégrer les plateformes robotisées dans leur travail pour pouvoir se concentrer sur des activités plus rentables. «Nous venons en paix», ironise le PDG de Nest Wealth. Les REER collectifs ou les régimes de retraite à cotisations déterminées pourraient aussi tirer parti de ces services automatisés. Les employés qui cotisent à ces régimes font souvent des choix discutables en matière d’investissements, d’autant plus que les employeurs ont toujours rechigné à débourser d’importantes sommes pour des conseils d’experts. Qu’à cela ne tienne, Nest Wealth et Wealthsimple ont une stratégie pour attirer ces clients.

Pour l’heure, les conseillers humains répondent probablement mieux aux besoins des investisseurs plus âgés. Très souvent, ce groupe a des exigences complexes en matière d’investissements et de planification financière (qui requièrent des conseils poussés) ainsi que des sommes importantes à investir (ce qui permet de rentabiliser les frais de consultation). Mais les conseillers-robots ne sont pas en reste pour séduire cette part du marché. Déjà, WealthBar propose d’élaborer en ligne un plan financier complet comprenant une stratégie de décaissement des actifs à la retraite agencée au type de portefeuille et à la stratégie d’investissement de la société. «Nous pouvons nous charger de la plupart des plans de base», conclut Tea Nicola, la PDG de WealthBar.

Cet article a été adapté de MoneySense.

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