Méfiez-vous des dettes transmissibles sexuellement

Vous porter garant d’un emprunt que contracte votre douce moitié n’est peut-être pas l’idée du siècle, car si le prêteur vous le demande, c’est qu’il doute de sa capacité à rembourser.

Illustration : Melanie Lambrick pour L’actualité

Imaginez recevoir une lettre exigeant de payer les arriérés du prêt automobile de votre ex. Persuadé qu’il y a une erreur, vous téléphonez au prêteur, qui rappelle que vous vous êtes porté garant de l’emprunt. Qu’importe si votre couple s’est séparé il y a des mois, qu’importe si la voiture est partie en même temps que votre ex ; ce dernier ne paie plus, alors légalement, c’est à vous de faire les versements.

Hélène Belleau, professeure à l’INRS, appelle cela une « dette transmissible sexuellement ». Pendant que le couple va bien, l’un des deux amoureux demande à l’autre de se porter garant d’un emprunt. Après la rupture, si l’ex a des ennuis financiers — ou s’il est mal intentionné —, l’autre se rend compte qu’il est pris avec les pots cassés.

« Ce sont surtout des femmes, dit la chercheuse. Ce qu’on voit, c’est qu’elles vont rembourser les dettes de leur ex, pendant des années parfois, et sans en parler parce qu’elles ont honte. » Un peu comme une infection transmise sexuellement.

« L’endossement d’un prêt pour un proche, j’en ai dans 5 % de mes dossiers », dit la syndique de faillite Guylaine Houle. Malheureusement, cette décision est souvent émotionnelle plutôt que rationnelle, précise-t-elle. « Les gens ne réalisent pas qu’ils sont 100 % responsables si l’autre ne paie pas. »

Si une banque exige une personne garante, c’est que « l’emprunteur n’a pas les moyens de rembourser », souligne Guylaine Houle. Peu importe ce que dit votre cœur, voulez-vous vraiment prendre le risque à la place de la banque ?