Payez (un peu) moins d’impôt grâce au télétravail

Bonne nouvelle, votre nouveau statut de télétravailleur permet de déduire certaines dépenses de bureau dans votre déclaration de revenus de 2020.

Westend61 / Getty images / Montage L'actualité

La pandémie a éjecté des millions de salariés hors des bureaux. Face à cette situation exceptionnelle, les autorités fiscales ont établi de nouvelles règles temporaires visant à faciliter la déduction par les employés des dépenses relatives au télétravail.

« À la demande des employeurs et des cabinets de comptables, les gouvernements ont allégé les règles et les ont harmonisées pour 2020. Sinon, la saison des impôts aurait été extrêmement compliquée pour tout le monde », explique Sophie Trépanier, première directrice principale en fiscalité et associée en fiscalité canadienne chez Raymond Chabot Grant Thornton.

La grande nouveauté, c’est que les télétravailleurs ont maintenant deux options en vue de réclamer des déductions relatives à leur bureau à domicile : la méthode à taux fixe, une mesure temporaire qui a été mise en place en raison de la COVID-19, et la méthode détaillée, soit celle qui a cours depuis des années.

Hyper-simple, la méthode à taux fixe permet aux salariés de déduire de leurs revenus imposables 2 dollars par jour de télétravail (pour un maximum de 400 dollars pour l’année). Donc, si vous travaillez de la maison depuis le premier confinement, à la mi-mars, et ce, à raison de cinq jours par semaine, vous pouvez déduire une somme de 400 dollars. Par contre, vous devez soustraire de vos semaines de travail à la maison les jours fériés, les vacances et les congés de maladie, si vous en avez pris. « Sur un salaire de 60 000 dollars, cette déduction n’apporte qu’une économie approximative de 150 dollars », dit la fiscaliste. Ce n’est pas le pactole, mais c’est mieux que rien.

Pour en bénéficier, les télétravailleurs doivent remplir deux formulaires : celui du provincial, Dépenses relatives au télétravail engagées en raison de la crise liée à la COVID-19 (TP-59.S), et celui du fédéral, État des dépenses d’emploi liées au travail à domicile en raison de la COVID-19 (T777S). Les gens n’auront pas besoin de chercher les formulaires. Ils seront intégrés dans les déclarations de revenus. « En optant pour la méthode à taux fixe, le télétravailleur ne peut déduire des dépenses supplémentaires, comme des frais liés à l’aménagement de son bureau à domicile ou les frais d’Internet », note Sophie Trépanier.

Pour déduire l’ensemble des dépenses, les télétravailleurs doivent recourir à la méthode détaillée, mais elle est diablement plus complexe et pas nécessairement plus avantageuse. Revenu Québec et l’Agence du revenu du Canada mettront en ligne sous peu des calculatrices afin que les télétravailleurs puissent déterminer quelle est la méthode de déduction la plus profitable pour eux.

La méthode détaillée exige que le télétravailleur calcule toutes les dépenses admissibles qui donnent droit à une déduction : fournitures de bureau, Internet, appels interurbains, appels faits par téléphone cellulaire (mais seulement ceux liés au travail). Les télétravailleurs doivent conserver les preuves de ces dépenses, comme les factures.

Les frais liés à l’utilisation de l’espace de travail sont aussi déductibles, au prorata de la superficie que celui-ci occupe dans la maison. Par exemple, si vous habitez dans une demeure de deux étages et que votre bureau occupe 10 % de l’espace, vous pouvez déduire 10 % des frais payés pour l’électricité, le chauffage, les produits de nettoyage, les accessoires d’éclairage et les réparations mineures. Si vous êtes locataire, vous devez déduire en plus une partie raisonnable du loyer relative à votre espace de travail. Par contre, comme propriétaire, vous ne pouvez pas déduire la valeur locative théorique de la superficie de l’espace consacré au travail.

Là où ça se complique, c’est lorsque cet espace de bureau n’est pas réservé à 100 % au télétravail, comme c’est souvent le cas à la maison. On doit diviser les dépenses au prorata de son utilisation. Si votre bureau sert à 50 % pour le travail, vous ne pouvez déduire que 50 % des dépenses.

L’achat de mobilier de bureau et de matériel informatique n’est pas déductible, car ces équipements sont considérés comme des biens durables. Par contre, si votre employeur a remboursé l’achat de votre nouveau bureau ou du matériel informatique, le fisc ne considère pas les 500 premiers dollars de ce remboursement comme un avantage imposable. « Cet allègement s’applique aussi aux gens qui utilisent la méthode à taux fixe temporaire », souligne Mme Trépanier.

La méthode détaillée exige que le télétravailleur demande à son employeur de remplir et de signer les formulaires TP64.3 de Revenu Québec et le T2200 de l’Agence du revenu du Canada. « Ces documents attestent que l’employé a dû effectuer ses tâches à domicile et indiquent les dépenses qui lui ont été remboursées », dit la fiscaliste. Pour la méthode temporaire, les employeurs n’ont rien à remplir.

Qu’importe la méthode choisie, les télétravailleurs doivent répondre à trois conditions afin d’avoir droit à la déduction pour bureau à la maison : avoir assumé eux-mêmes leurs dépenses de bureau ; ne pas avoir reçu un remboursement de leur employeur pour leurs dépenses ; et avoir travaillé plus de 50 % du temps à domicile durant une période d’au moins un mois (quatre semaines sans interruption) en 2020 en raison de la COVID-19.

Au contraire des travailleurs autonomes, les télétravailleurs ne peuvent déduire une partie des taxes foncières, des intérêts hypothécaires et de l’assurance habitation, ni demander la déduction pour amortissement de l’immeuble. Pour pouvoir le faire, vous devez quitter votre emploi et travailler à votre compte. Mais est-ce vraiment avantageux ? À vous de voir !

Vous avez jusqu’au 1er mai pour produire et transmettre votre déclaration de revenus pour 2020, à moins d’un nouveau report autorisé par les autorités fiscales, comme l’an dernier.

Laisser un commentaire