Quand une bonne dette tourne mal

Alors que l’incertitude économique s’accentue, la notion de bonne dette pourrait nous jouer un mauvais tour.

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Le concept de bonne ou de mauvaise dette est assez simple : la mauvaise dette perd de la valeur, tandis que la bonne dette en prend.

Par exemple, un important solde de carte de crédit constitue une mauvaise dette, parce que la valeur de tous ces gadgets et produits d’épicerie que vous avez achetés diminue dès que vous sortez du magasin. À l’opposé, un prêt hypothécaire s’avère une bonne dette, car vous acquérez un actif dont la valeur devrait s’apprécier avec les années.

Lorsque l’économie était florissante, il était facile de différencier une bonne dette d’une mauvaise. Les prêts étudiants vous permettent de poursuivre vos études, ce qui, à son tour, favorise l’obtention d’un emploi bien rémunéré. Par ailleurs, un prêt à l’investissement peut vous aider à réaliser un gain lorsque les marchés montent. Mais présentement, la distinction entre bonne dette et mauvaise dette se brouille.

« Les principes fondamentaux qui définissent une bonne dette et une mauvaise dette restent inchangés », explique Laurie Campbell, chef de la direction de Credit Canada Debt Solutions de Toronto. « Mais dans le climat d’incertitude économique actuel, même les bonnes dettes peuvent se retourner contre nous. »

Advenant un revirement de situation, c’est le marché de l’habitation qui pourrait faire les premières victimes. De nombreux experts estiment que lorsque les taux d’intérêt augmenteront, le marché de l’habitation s’effondrera, peut-être de façon importante. Bien qu’il soit trop tôt pour prédire la tournure des événements et leur incidence dans chaque ville, le fait demeure qu’une baisse soudaine du prix des logements peut rapidement transformer une bonne dette en une mauvaise.

Disons que vous avez contracté un prêt hypothécaire de 650 000 dollars pour acheter une maison de 750 000 dollars. Si la valeur de cette résidence chutait de 20 %, elle vaudrait maintenant 600 000 dollars, soit 50 000 dollars de moins que la somme empruntée pour l’acquérir. À long terme, le prix des logements pourrait croître de nouveau, mais si ce n’est pas le cas, vous vous retrouveriez avec un actif dont la valeur n’a pas augmenté ou, pire, s’est dépréciée au fil des ans.

Garrett Sutton, avocat de Reno (Nevada) et auteur du livre The ABCs of Getting Out of Debt (les principes de base pour stopper l’endettement), indique qu’une bonne dette vous permet de faire progresser vos objectifs financiers. Il a vu de ses propres yeux comment une bonne dette peut se métamorphoser en une mauvaise. Le Nevada possède l’un des plus hauts taux de saisie hypothécaire aux États-Unis. Pourquoi ? Parce que de nombreux habitants y ont acquis des propriétés qu’ils croyaient pouvoir vendre à profit un jour, mais dont la valeur a dégringolé lorsque le marché s’est effondré.

De nos jours, il n’y a que quelques situations où une dette peut être qualifiée de bonne, souligne Garrett Sutton. Malheureusement, les situations qu’il recense comportent des risques. On peut considérer l’achat d’un immeuble de placement comme une bonne dette, car on peut s’attendre à percevoir un revenu mensuel régulier. Il en va de même pour la propriété d’une entreprise offrant un flux de revenus stable. Bien sûr, il n’y a aucune garantie que ces investissements feront bon usage du crédit car, on le sait, les immeubles à revenus ont besoin de locataires et il arrive que des entreprises fassent faillite.

Si vous cherchez un moyen moins risqué d’emprunter, alors contractez un prêt pour investir dans un REER. Laurie Campbell y voit un recours judicieux à la dette, mais seulement si les fonds sont utilisés à bon escient. Placez l’argent dans un CPG afin de le protéger, dit-elle. Même si un CPG ne vous offrira qu’un modeste rendement, vous obtiendrez un remboursement d’impôt plus élevé. Si vous investissez ce montant dans votre REER, vous augmenterez le rendement du portefeuille avec le temps.

Il est toutefois important de rembourser le prêt le plus tôt possible, idéalement dans les 12 mois. « Si vous prenez 3 ans pour rembourser un prêt REER de 10 000 dollars, êtes-vous vraiment gagnant ? », se demande-t-elle. « C’est difficile à dire. »

La frontière entre une bonne dette et une mauvaise dette a beau se rétrécir, il existe des raisons autres que financières pour se porter acquéreur d’une résidence ou pour poursuivre ses études. De même, une mauvaise dette peut s’avérer très utile, par exemple l’achat d’une voiture pour se déplacer.

Au bout du compte, il faut être conscient que la dette peut servir nos intérêts ou les desservir. Surtout dans le contexte économique actuel, qui a vu bon nombre de Canadiens s’endetter lourdement. « Le mot « dette » n’est pas horrible en soi », soutient Garrett Sutton. « L’accès au crédit a permis à des gens de réaliser leurs objectifs financiers. Mais il faut toujours demeurer vigilant afin de séparer le bon grain de l’ivraie. »