REER : la lune de miel est terminée

Robb Engen a laissé tomber ce qui était jusqu’à maintenant son véhicule de placement favori : le REER. Et de plus en plus de gens qui ont un revenu semblable au sien font de même.

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Robb Engen a laissé tomber ce qui était jusqu’à maintenant son véhicule de placement favori : le REER. Et de plus en plus de gens qui ont un revenu semblable au sien font de même. Depuis trois ans, Robb Engen n’a pas déposé un sou dans son REER. Ce directeur du développement et blogueur financier de Lethbridge, en Alberta, a cessé d’y investir quand il a trouvé du travail dans le secteur public et qu’il a pu bénéficier d’un programme d’avantages sociaux. Mais ce n’est pas à cause de son nouveau régime de retraite qu’il a abandonné son véhicule de placement préféré ; il a plutôt succombé au charme du compte d’épargne libre d’impôt (CELI). Plus de 5 millions de Canadiens ont ouvert un CELI depuis le lancement de ce programme en 2009, mais ce n’est que maintenant, alors que les droits de cotisation s’élèvent à 20 000 $ (soit 5 000 $ par année depuis 2009), qu’il est en voie de devenir le principal outil d’épargne pour la retraite au Canada. « L’an dernier, les REER semblent avoir été boudés massivement, dit Robb Engen, qui essaie de maximiser sa cotisation annuelle au CELI. Pour moi, qui suis dans la trentaine, un CELI présente beaucoup plus de potentiel. » C’est aussi ce que pensent de nombreux jeunes Canadiens, ajoute Frank Wiginton, planificateur financier agréé et auteur du livre How To Eat An Elephant: One Day a Month To Financial Success. « Le CELI, dit-il, est l’outil de planification fiscale le plus puissant que le gouvernement fédéral nous ait donné. » Contrairement au REER, explique-t-il, l’argent dans un CELI est entièrement libre d’impôt. Ce qui fait une énorme différence pour les personnes à la retraite dont le taux d’imposition est égal, voire supérieur, à celui qu’elles avaient lorsqu’elles travaillaient. Un REER sera profitable seulement si vous êtes certain que votre taux d’imposition sera moins élevé à la retraite. Si vous investissez régulièrement et épargnez des milliers de dollars au cours de votre vie active, vous pourriez vous retrouver à payer le taux d’imposition maximum de 46 % à votre retraite. Et si vous décédez avant d’avoir vidé votre compte, vos dernières économies pourraient aussi être imposées au taux maximum. Cela annule tous les bénéfices d’un REER. Frank Wiginton précise que les gens doivent évaluer leur facture globale d’impôt avant de décider quel compte choisir. Si vous pensez que votre taux d’imposition à la retraite sera moins élevé, le REER est un choix sensé. Sinon, privilégiez le CELI. « Tentez d’évaluer combien d’impôt vous devrez payer tout au long de votre vie », dit-il. Le planificateur financier agréé ajoute que le REER est généralement un bon choix pour les gens qui gagnent de 75 000 à 120 000 $ par année. Il y a fort à parier que leur taux d’imposition soit moins élevé à leur retraite. Mais il admet qu’il s’agit là d’une supposition qui n’a pas été vérifiée. Les personnes qui gagnent plus de 120 000 $ par année devraient d’abord investir dans un REER, en maximisant leur contribution, puis dans un CELI. Comme leur taux d’imposition est déjà de 46 %, il ne pourra pas être plus élevé à la retraite ; au pis, il sera le même. Avec un revenu de moins de 75 000 $ par année, les avantages du REER tendent à disparaître. Moins vos revenus sont élevés, moins cet outil de placement est utile. Les personnes qui gagnent moins de 41 000 $ par année devraient carrément l’oublier. Comme leur taux d’imposition est déjà peu élevé, les chances sont minces qu’il soit plus bas à leur retraite. Il faut aussi garder à l’esprit que les prestations du Supplément de revenu garanti (SRG) que vous recevrez à la retraite sont imposées en fonction de votre revenu. Ainsi, si vous devez payer 22 % d’impôt en raison du revenu de votre REER, ce taux s’appliquera aussi à votre SRG. Par contre, si vous retirez de l’argent d’un CELI, qui n’est pas imposable, vous ne paierez de l’impôt que sur votre SRG, et le taux risque donc d’être moins élevé. Pour Robb Engen, il n’y a pas de doute, le CELI est un bien meilleur choix que le REER. « C’est une formule plus souple et probablement plus sensée pour moi puisque j’anticipe avoir des revenus plus élevés à la retraite. Je ne voudrais pas avoir à payer plus d’impôt. »