REER ou CELI ?

À la veille de la date limite pour cotiser au REER, certains se demandent s’ils ne devraient pas plutôt investir dans un CELI. Voici comment le savoir.

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Économiser en prévision de la retraite était simple autrefois. Pour payer moins d’impôt, un seul choix s’offrait à vous : le Régime enregistré d’épargne-retraite (REER). Le REER représentait une bonne affaire pour les épargnants. Non seulement vos cotisations vous donnaient droit à d’alléchantes économies fiscales, mais votre pécule fructifiait à l’abri de l’impôt jusqu’à ce que vous le retiriez. Puis voilà qu’en 2008 est né le petit frère du REER : le compte d’épargne libre d’impôt (CELI). Tout d’un coup, économiser à long terme est devenu plus complexe. Cette année, les droits de cotisation au titre du CELI s’élèveront à 20 000 $ pour la plupart des Canadiens, ce qui en fait un outil d’épargne des plus intéressants. Si le CELI partage plusieurs points communs avec le REER, il s’en distingue aussi à bien des égards. Choisir le bon régime adapté aux bons objectifs d’épargne n’est donc pas chose facile. Dans la mesure où le CELI et le REER vous permettent de mettre vos revenus de placement à l’abri de l’impôt, ils peuvent vous aider à prospérer plus rapidement. Mais il y a une différence cruciale entre les deux – et c’est là la clé pour savoir quel régime privilégier. En vertu du REER, vos cotisations sont déductibles de votre revenu imposable, ce qui vous donne droit habituellement à un remboursement d’impôt. Mais beaucoup de gens oublient que les sommes retirées du REER seront considérées comme un revenu et qu’ils devront acquitter de l’impôt en conséquence. En contrepartie, avec le CELI, vous devez payer de l’impôt sur le montant de vos cotisations (et n’obtenez donc pas de remboursement d’impôt), mais vos retraits, eux, restent exempts d’impôt. En regard de cette différence, le CELI est généralement un meilleur choix si vous prévoyez toucher un revenu plus élevé pendant l’année où vous retirez l’argent que pendant l’année où vous l’avez déposé. À l’inverse, le REER est une meilleure solution si vous bénéficiez d’un revenu élevé pendant l’année où vous cotisez, mais d’un revenu moindre pendant l’année où vous effectuez un retrait. Quand recourir au CELI ? Comme le CELI offre une plus grande souplesse que le REER, il représente souvent un meilleur choix pour les jeunes Canadiens ou pour ceux qui souhaitent épargner à court terme – en vue de l’achat d’une propriété ou d’une voiture, par exemple. Mais, dans certains cas, le CELI est aussi une meilleure solution d’épargne-retraite. Par exemple, beaucoup de conseillers financiers recommandent aux épargnants ayant un faible taux d’imposition marginal de s’en servir comme outil d’épargne-retraite. En règle générale, explique Marc Lamontagne, conseiller financier à honoraires chez Ryan Lamontagne, à Ottawa, vous gagnerez probablement à investir à long terme dans un CELI si votre revenu annuel est inférieur à 41 000 $. Le principal avantage, c’est que l’argent que vous y puiserez à la retraite ne sera pas considéré comme un revenu ; par conséquent, personne n’ira sabrer une partie de vos prestations de retraite, comme vos prestations de Sécurité de la vieillesse (SV) ou de Supplément de revenu garanti (SRG). Pour illustrer nos propos, prenons l’exemple fictif de Julie Saulnier, une éducatrice en garderie de 30 ans qui réside au Québec. Afin de garnir son bas de laine en prévision de la retraite, Julie entend économiser 5 000 $ par année jusqu’à l’âge de 65 ans. Comme elle touche un revenu annuel 35 000 $, elle jouit d’un taux d’imposition moindre de 20 %. Julie devrait-elle se tourner vers le CELI ou le REER ? Puisqu’elle bénéficiera d’un taux d’imposition moindre pendant ses années de cotisation, Julie aurait tout intérêt à investir dans un CELI. En supposant un rendement annuel de 6 %, son pécule de retraite s’élèvera à 395 290 $ après impôt si elle investit dans un CELI, comparativement à 383 270 $ si elle investit dans un REER (moyennant le réinvestissement de son remboursement d’impôt annuel). Ainsi, le CELI lui vaudra des économies supplémentaires de 12 000 $. Le CELI est également un choix sensé pour ceux qui ont droit à un bon régime de retraite à prestations déterminées de leur employeur, et ce, peu importe leur revenu. « Dans ce type de situation, il est presque toujours plus avantageux de cotiser à un CELI qu’à un REER », souligne Al Feth, conseiller à honoraires de Waterloo, en Ontario. « Les retraits obligatoires que vous devez effectuer dans votre REER dès l’âge de 72 ans pourraient vous faire passer à une tranche d’imposition supérieure et amputer vos prestations du Régime de pensions du Canada (RPC) et de SV. Vous n’aurez pas ce problème avec le CELI, puisque l’argent que vous retirerez à la retraite ne sera jamais imposé. » Finalement, si vous touchez un salaire élevé et que vous prévoyez excéder le maximum déductible au titre des REER, le CELI représente un deuxième instrument d’épargne intéressant. Quand recourir au REER ? Malgré la souplesse du CELI, le REER demeure le meilleur instrument de placement à long terme pour bon nombre de Canadiens qui touchent un salaire annuel de 50 000 $ ou plus, et ce, particulièrement pendant la quarantaine et la cinquantaine, lorsqu’ils sont au sommet de leur courbe de rémunération. Mais n’oubliez pas que l’un des principaux avantages qu’offre le REER, c’est de vous permettre d’économiser de l’impôt sur vos cotisations ; et cela ne fonctionne que si vous réinvestissez votre remboursement. Comme le fait remarquer Talbot Stevens, formateur en gestion des finances établi à London, en Ontario, beaucoup de Canadiens ont malheureusement déjà prévu comment ils allaient dépenser leur remboursement avant même de l’avoir reçu. « C’est de l’argent perdu, surtout si vous le dépensez pour vous offrir des biens improductifs comme des voyages ou des gadgets électroniques, déplore-t-il. Vous devez absolument réinvestir votre remboursement d’impôt dans votre REER chaque année si vous voulez profiter pleinement de ce régime. » L’autre avantage qu’il y a à utiliser le REER comme outil d’épargne-retraite est surtout d’ordre psychologique : comme on doit payer de l’impôt sur les retraits, on est moins porté à toucher à l’argent, à moins d’en avoir réellement besoin. « Beaucoup de gens n’envisagent pas le CELI comme des économies de retraite, observe Talbot Stevens. Le CELI est plus liquide, plus vulnérable. Vous devez donc faire preuve de discipline pour en tirer vraiment parti en tant qu’outil d’épargne-retraite. » Mais il ne faut pas oublier que, si ces règles sont généralement valables, il y a toujours des exceptions. Un bon conseiller peut vous aider à passer en revue les possibilités qui s’offrent à vous pour vous assurer de prendre la bonne décision selon votre situation. Combien pouvez-vous cotiser ? Vos cotisations à votre REER peuvent atteindre jusqu’à 18 % de votre revenu brut annuel, pour un maximum de 22 450 $ (année d’imposition 2011). Pour les particuliers âgés de 18 ans ou plus, les droits de cotisation au CELI s’élèvent à 5 000 $ par année. Comme le CELI célèbre son 4e anniversaire cette année, les droits de cotisation de ceux et celles qui n’ont pas encore cotisé s’établissent à 20 000 $ pour 2012.