Réparer ses vêtements, une bonne idée ?

Réparer ses vêtements peut permettre d’économiser beaucoup d’argent. Mais à moins de s’y connaître en couture, mieux vaut confier le travail à des professionnels.

Fabio Balbi / Getty Images / Freepix / montage : L’actualité

Ça y est, le trou est apparu — une fois de plus. 

Peu importe la qualité des jeans que j’achète, leur vie se termine invariablement avec une brèche au niveau de la fourche. C’est l’un des petits drames de ma vie que j’ai appris à accepter avec le temps.

Mais là, c’est mon jean favori qui vient de subir ce sort. Vous savez, celui qui est beau, confortable, et que l’on porte trop souvent ? Incapable de me résoudre à le jeter, j’ai eu une drôle d’idée : et si je le réparais moi-même ?

Je suis depuis longtemps un apôtre de l’autoréparation, une façon à la fois gratifiante et écologique d’économiser. Si j’ai pu réparer une sécheuse, un frigo et une chaise de bureau haut de gamme sans rien y connaître, ce n’est certainement pas un jean qui va me résister !

Comme pour tout projet de réparation, j’ai commencé mon aventure sur Google, où je suis immédiatement tombé sur la vidéo How to Repair Ripped Jeans 3 Ways. À en croire son auteure, une certaine Kelsey qui compte deux millions d’abonnés YouTube, je n’ai même pas besoin de machine à coudre. Il suffit d’une aiguille, d’un fil et de quelques points spéciaux pour que, bingo, le trou disparaisse comme par magie. Voyez vous-même.

Or, s’il y a une chose que j’ai apprise au cours de ma carrière de réparateur amateur, c’est qu’il ne faut pas se fier à la première vidéo venue. Surtout si ça semble trop facile pour être vrai. Mon vieil iPhone, que j’ai endommagé davantage en tentant de remplacer une pièce défectueuse à l’intérieur, peut en témoigner…

En consultant les vidéos et les guides en ligne, j’ai tiré trois constats. Un : la machine à coudre est essentielle si je ne veux pas y passer la journée. Deux : je ne possède pas le matériel de réparation spécialisé nécessaire, dont de l’adhésif, du fil résistant et du denim exactement de la même couleur que mon jean. Trois : je n’ai visiblement pas les compétences et la patience requises pour effectuer une réparation invisible.

Ça ne me dérange pas que ma sécheuse soit bosselée depuis que je l’ai réparée. Mais l’objectif avec mon jean favori est de pouvoir le porter en public sans que des fils disparates pendent de ma fourche. De toute évidence, il me faut l’aide d’un professionnel.

Est-ce que ça se répare ?

Bonne nouvelle : « Les jeans, ça se répare très bien », m’assure Jonathan Laplante, copropriétaire des Altérations De fil en aiguille, dont les 14 points de service se trouvent grosso modo entre Québec et Montréal. Comme le denim est un tissu très durable, on peut reprendre des coutures, faire des patchs et colmater des trous sans trop de difficulté. « J’ai des jeans que j’entretiens depuis 15 ans ! »

L’entrepreneur encourage d’ailleurs les gens à contacter un couturier ou une couturière pour bien plus que les jeans. Manteau, short, chemise, veste, pantalon, robe, complet : mis à part quelques exceptions, dont les tissus très délicats et les pièces extensibles, tels les leggings, il est généralement possible de « prolonger la vie d’un vêtement longtemps ».

Ce peut être en réparant une fermeture éclair ou une déchirure, certes, mais aussi en adaptant un vêtement à la mode du jour — ou à notre corps qui change. Le tour de taille d’un pantalon peut ainsi être rétréci pour les personnes qui maigrissent, et même agrandi pour ceux et celles qui engraissent. « Généralement, on peut l’augmenter de deux pouces sans trop de problèmes », dit Jonathan Laplante.

Si vous éprouvez des remords en lisant ces quelques paragraphes, vous n’êtes pas seul. En écoutant l’entrepreneur parler, j’ai eu une pensée pour tous ces vêtements que j’ai jetés au fil des ans en les croyant irrécupérables. Cette belle chemise mauve dont la manche était légèrement déchirée ; ce pantalon habillé devenu trop serré à la taille ; ce short gris dont la fermeture éclair ne fonctionnait plus ; ce maillot qui était ressorti de la sécheuse fendu aux fesses… 

Pour quelqu’un qui chante les vertus de la réparation depuis des années, c’est plutôt gênant d’admettre que l’idée de réparer mes habits ne m’était jamais venue à l’esprit. Mais la leçon est apprise : à l’avenir, je demanderai l’avis d’un ou d’une pro avant de me départir de la moindre guenille.

Combien ça coûte ?

Quand les clients vont à l’Atelier Couture D, à Montréal, avec un vêtement endommagé, « ils pensent souvent que ce ne sera pas cher », me raconte le propriétaire Pierre Dextrase. « Ils me disent : “Fais juste passer avec un fil sur le trou.” » Or, une réparation de qualité nécessite du temps, du matériel et, parfois, une bonne dose de créativité.

Les cas simples, comme installer un bouton ou refaire une couture, peuvent coûter moins de 10 dollars. Mais les cas complexes, telles des réparations sur des tissus très minces, où il faut énormément de minutie, peuvent générer une facture de plusieurs dizaines de dollars, selon le taux horaire de la couturière ou du couturier.

Les mauvaises langues diront que ça ne vaut pas la peine financièrement de réparer ses vêtements. Il faut dire que s’habiller coûte de moins en moins cher. 

Depuis 2002, la valeur des chandails, pantalons ou bobettes a reculé de près de 20 %, comparativement à une hausse de 50 % pour l’ensemble des produits et services considérés par Statistique Canada pour mesurer l’inflation. Même en cette année hors normes où le prix d’à peu près tout explose, les vêtements sont épargnés, avec une augmentation d’à peine 0,1 % au cours des 12 derniers mois…

Pour les personnes qui s’habillent chez Shein, une entreprise de mode jetable extrême où les pièces coûtent souvent moins de 10 dollars, aller voir le couturier a peu de sens économique. Mais il suffit de dépenser quelques dizaines de dollars par article pour que la logique s’inverse.

Prenez le cas d’une de mes collègues, qui a récemment confié à sa couturière deux shorts et deux pantalons trop endommagés pour être portés par ses grands adolescents à l’aube de la vingtaine. L’un des vêtements avait des trous partout, et un autre avait besoin d’une patch au niveau de la fourche. Coût total de la réparation : 56 dollars. À moins de tomber sur une aubaine, difficile de trouver quatre vêtements neufs à ce prix.

Dénicher la perle rare

Le tarif d’une réparation varie beaucoup d’une enseigne à l’autre, précise Pierre Dextrase, de l’Atelier Couture D. Afin de choisir la bonne personne, déterminez votre objectif. 

Si le but est de prolonger la durée de vie d’une pièce pour enfant, sans trop d’égard à l’apparence du résultat, optez pour le prix le plus bas. Mais si vous désirez réparer un vêtement de grande valeur, financière ou sentimentale, « demandez à voir des exemples de réparations semblables », conseille Pierre Dextrase.

Notez toutefois que même en optant pour la plus talentueuse des couturières ou le plus habile des couturiers, il est fort possible que la retouche soit légèrement visible en regardant de près. Mais les gens que vous croiserez en portant votre vêtement bien réparé n’y verront probablement que du feu.

Et mon jean troué dans tout ça ? Au moment d’écrire ces lignes, il est chez un couturier spécialisé en denim. La réparation me coûtera 35 dollars et m’évitera l’achat d’un nouveau jean de qualité semblable à plus de 100 dollars.

D’autres couturiers et couturières m’avaient proposé un meilleur prix, mais celui que j’ai retenu m’a montré des photos de ses réparations précédentes, et j’ai été soufflé par son travail. C’est mon jean favori après tout ; il mérite ce qu’il y a de mieux.

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