Votre bas de laine est-il assez gros?

Une grande majorité des Québécois n’ont aucune idée des sommes qu’ils doivent accumuler pour réaliser leurs rêves de retraite. Ni même pour vivre décemment. Et vous, épargnez-vous assez?

Votre bas de laine est-il assez gros?
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Combien doit-on avoir accumulé en REER pour toucher, entre 65 et 80 ans, une rente annuelle équivalant à 25 000 dollars après impôts — en dollars de 2007? Il y a de fortes chances que vous n’en ayez aucune idée. Quatre Québécois sur cinq n’ont jamais évalué ce dont ils auront besoin pour maintenir leur niveau de vie actuel.

Alors? Si vous êtes âgé de 25 ans, vous avez 40 ans devant vous pour accumuler 865 459 dollars dans votre REER. Soit une cotisation annuelle de 4 191 dollars. Vous avez 50 ans et commencez tout juste à mettre des sous de côté? Vous devrez amasser d’ici 15 ans 375 219 dollars. Soit une cotisation REER annuelle de 14 435 dollars. (Ces scénarios tiennent compte d’un rendement de 7%, d’un taux d’inflation moyen de 3%, et des revenus de rentes publiques bruts de 11 816 dollars, indexées à 2%).

Pour nombre de Québécois, de telles économies s’annoncent cependant irréalistes. «La population s’est appauvrie dans une certaine mesure, dit Dany Provençal, économiste à l’Union des consommateurs. Mais, surtout, on ne cesse de presser le citron de la consommation depuis 25 ans.»

Le taux d’endettement (crédit à la consommation + crédit hypothécaire / revenu) atteint aujourd’hui plus de 32%, alors qu’il était près de 16% en 1981. Au banc des accusés, les cartes et les marges de crédit, désormais accessibles aux adolescents. «Les institutions financières annoncent ces services en disant qu’ils aident à responsabiliser les jeunes», déplore Dany Provençal. Les faillites personnelles sont en hausse au Québec, alors qu’elles reculent dans le reste du Canada. «Des jeunes de 25 ans qui font faillite, on ne voyait pas ça avant», dit Pierre Fortin, professeur d’économie à l’Université du Québec à Montréal. «Il faudrait resserrer l’accès au crédit. Mais il n’y aucun gouvernement qui a envie de le faire, ce se serait un suicide électoral.»

En outre, on peut aujourd’hui obtenir une hypothèque avec une mise de fond équivalant à seulement 5% de la valeur de la propriété. «Avant, les jeunes grattaient pendant des années pour s’acheter une première maison. La mise de fond était de 25%, dit Pierre Fortin. Aux États-Unis, la concurrence est tellement forte entre les institutions de prêt qu’on peut même trouver des hypothèques à amortissement négatif!» (L’emprunteur ne rembourse qu’une partie des intérêts… tant qu’il est propriétaire de la maison.)

N’empêche, si on en a les moyens, l’acquisition d’une propriété n’est pas un mauvais placement en prévision de la retraite, tempère Jocelyne Houle-LeSarge, directrice générale de l’Institut québécois de planification financière. La maison reste d’ailleurs le principal actif des ménages au Canada, soit 30% de la valeur nette de tous leurs avoirs. «Il faut bien rester quelque part, dit-elle. Mais tant qu’elle n’est pas vendue, une maison est un actif qui dort.» Raison de plus pour épargner ailleurs, ajoute-t-elle.

Du reste, les gens sont mal informés, croit Andrée De Serres, professeure à l’École de gestion de l’UQAM. «Or, ils doivent assumer des risques qu’ils ne connaissaient pas quand ils se contentaient, comme il y a 25 ans, d’investir dans des certificats de dépôt protégés par l’assurance-dépôt fédérale, dit-elle. Avec les fonds communs de placement, ils ne sont plus de simples épargnants : ils sont devenus des investisseurs.»

À l’automne 2006, Andrée De Serres, à la tête d’un regroupement d’universitaires et de professionnels de l’industrie financière, a réclamé la mise en place d’une politique québécoise susceptible de stimuler l’épargne. Préoccupée par l’imprévoyance des Québécois face à la retraite, mais également soucieuse de prévenir d’autres scandales à la Norbourg, la Coalition pour la protection des investisseurs a recommandé, entre autres, la création d’un fonds d’indemnisation pour les investisseurs, l’élargissement de la concurrence dans le secteur des fonds communs — notamment pour provoquer une baisse des frais imposés aux épargnants québécois, parmi les plus élevés au monde — et l’amélioration de l’offre dans les régions, où souvent la caisse populaire et la Banque nationale locales exercent un monopole sur le marché des REER.

Planifier ses finances en vue de ses «vieux jours», c’est bien, mais la retraite n’est pas seulement une question d’argent, dit Jocelyne Houle-LeSarge. Il faut savoir ce qu’on entend en faire. «Durant les premières années, on a besoin de plus d’argent pour voyager, s’offrir des loisirs à notre goût, parce qu’on est plus en forme, dit-elle. Ce n’est que lorsqu’on ralentit nos activités, en raison d’une perte progressive d’autonomie — cinq ans avant la mort, bientôt 10 —, qu’on accepte de resserrer nos dépenses.»

«Quand on veut se payer un voyage dans le sud, on trouve toujours le moyen de se renseigner et de mettre des sous de côté, poursuit-elle. Pour la retraite, c’est pareil.»