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Les sites de courtage en ligne ont été populaires au cours de l’année 2021. Des investisseurs ont eu des surprises au moment de faire leurs impôts…

maxicam / Getty Images / montage : L’actualité

La période des impôts apporte parfois de petites surprises. Gilbert Morin, lui, vient d’en avoir une grosse. Alors que le Montréalais, que nous avons accepté de désigner par un pseudonyme pour des raisons de confidentialité, s’attendait à une année ordinaire fiscalement parlant, son comptable lui a appris qu’il devait près de 50 000 dollars aux agences du revenu du Canada et du Québec. Ce sont ses transactions de courtage direct qui ont occasionné ce boulet. Et si on se fie à la popularité des sites de courtage en ligne au cours de l’année 2021, il n’est probablement pas le seul dans cette situation. 

Fin 2019, ce courtier en assurance de dommages de 38 ans s’est retrouvé avec des économies d’environ 200 000 dollars, grâce entre autres à quelques primes et à la vente de son autocaravane. Puis est arrivée la pandémie. Comme d’autres Canadiens, Gilbert Morin a eu le goût de « jouer à la Bourse ». Depuis au moins trois ans, un ami l’encourageait à ouvrir un compte de courtage en ligne à sa banque ou à sa caisse. C’est facile, lui disait-il. Il suffit de suivre un peu l’actualité et de s’abonner à quelques fils Reddit pour connaître les noms et abréviations des actions les plus populaires.

Au fil des mois, Gilbert Morin a ainsi acheté des titres comme Zoom, Tesla, GameStop, AMC, Alibaba, Moderna, Amazon, Netflix, Etsy, DocuSign et quelques cryptomonnaies. Bref, les grosses vedettes de la Bourse Nasdaq pendant la première année de la pandémie. À partir de mai 2020, les valeurs ont explosé, et celle des titres de Gilbert Morin a pris jusqu’à 10 000 dollars par semaine. Fin 2020, son placement de 200 000 dollars en valait près de 300 000.

Début 2021, la volatilité s’accentue et il trouve que certaines de ses actions commencent à tirer la patte. Il s’intéresse donc à des fonds négociés en Bourse (FNB), comme le fonds d’innovation ARKK, qui se concentre sur les valeurs technos et l’univers du minage des cryptos. L’année précédente, le titre ARKK avait grimpé de 152 %. En février 2021, il liquide tout et mise son magot, qui vaut alors 400 000 dollars, dans ce fonds techno vedette. 

Malheureusement pour lui, le vent tourne. Les espoirs d’une fin prochaine de la pandémie et d’un relâchement des mesures sanitaires galvanisent les titres valeurs de la vieille économie au détriment de l’innovation technologique. Les actions des compagnies de chemin de fer, des pétrolières, des banques et même des grandes chaînes de restaurants fonctionnent mieux que son FNB. En septembre 2021, la fortune de Gilbert Morin a fondu de 25 %. 

Début 2022, son portefeuille vaut 200 000 dollars. Comme dans le jeu des serpents et échelles, il est revenu à la case départ. C’est du moins ce qu’il pense.

Le fisc attend au détour

Le comptable de Gilbert Morin analyse toutes les transactions de 2021 et conclut que le gain en capital a été de 200 000 dollars. La moitié étant imposable, la somme de 100 000 dollars s’ajoute à ses revenus de 2021. Il devra verser 50 000 dollars au fisc.

Pourquoi doit-il payer de l’impôt puisqu’il n’y a plus de gain ? vous demandez-vous peut-être. Retournons en arrière quelques instants. Lorsque, en février 2021, Gilbert Morin a vendu toutes ses actions pour investir dans le fonds ARKK, il a concrétisé ses profits. Peu importe qu’il ait réinvesti cet argent et perdu ses gains, le fisc veut avoir sa part.

On peut retenir de sa mésaventure que l’impact fiscal doit toujours être évalué AVANT d’investir et de vendre. Les produits financiers peuvent générer des intérêts, dividendes et gains en capital, il faut donc déterminer au préalable le type de compte à utiliser selon ses objectifs et les probabilités de rendement. On peut, par exemple, se servir de son CELI pour négocier les titres les plus dynamiques : les gains y seront totalement libres d’impôt, même s’ils sont importants. On peut par ailleurs détenir les placements générant des intérêts et dividendes de sources étrangères (imposables au maximum) dans un REER. Les comptes non enregistrés devraient servir aux actions et FNB d’actions, pour lesquels le long terme est recommandé. 

Pour amoindrir ou même annuler le choc d’un gain en capital substantiel, il est possible d’utiliser des pertes en capital d’un autre investissement au cours d’une même année. S’il reste des pertes non utilisées, elles peuvent réduire les gains des trois années précédentes ou même des années futures.

Conseils en vrac

Mélanger divertissement et patrimoine est un cocktail explosif. Négocier activement ses titres boursiers doit même se faire avec retenue. 

L’Agence du revenu du Canada ne précise pas le nombre de transactions au-delà duquel elle considérera que vous dégagez des « revenus d’entreprise », mais si vous négociez quasiment tous les jours, cela pourrait faire sourciller. Et dégager des revenus d’entreprise fait que vos gains pourraient être pleinement imposables. Même s’ils sont dans un CELI ou un REER. 

Si vous ne vous fiez qu’à la rentabilité et aux frais d’un produit pour vous enrichir, vous faites fausse route. Il vous faut tenir compte de vos revenus, votre épargne, vos besoins financiers immédiats et futurs, l’horizon de temps avant de faire des retraits, les types de comptes (REER, CELI, REEE, etc.). L’investisseur autonome a tendance à avoir une vision en tunnel et néglige la diversification par catégories et produits financiers, la prise de profit selon les cibles, le rééquilibrage stratégique entre classes d’actifs, l’inflation et, comme nous venons de le voir, la fiscalité.

Pour gérer son argent soi-même, il faut à mon avis trois ingrédients essentiels : le temps, les compétences et l’humilité.

  • Le temps vous offrira le luxe de la patience lorsque les marchés entrent en séquence négative.
  • Des compétences financières et comptables vous ramèneront à la raison lorsque ce sera trop beau pour être vrai.
  • L’humilité vous rappellera que la chance du débutant est passagère. Vous allez sans doute faire de très bons coups et d’autres seront lamentables.
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S’il avait vendu son FNB suite à sa perte de valeur pour réaliser une perte en capital, n’aurait-il pas pu l’appliquer à son gain en capital initial et réduire son gain net imposable?