1.      Qui a été le meilleur chef de l’histoire du PQ?
Alexandre Cloutier: Le fondateur. René Lévesque a déblayé le chemin pour tout le monde.
Jean-François Lisée: C’est sûr qu’on hésite entre René Lévesque et Jacques Parizeau. Mais je vais dire Lévesque, parce que juste de créer ce parti-là, c’était titanesque.
Martine Ouellet: Je n’ai pas connu beaucoup René Lévesque, alors je vais dire Jacques Parizeau. C’est mon mentor, j’ai travaillé avec lui.
Paul St-Pierre-Plamondon: René Lévesque.
2.      Qui a été le chef le plus sous-estimé?
Alexandre Cloutier: Probablement Pauline Marois. C’est une femme exceptionnelle, je l’ai vue gérer un conseil des ministres, et ça commandait le respect. Mais il y a un décalage entre ce qu’elle est et l’image que les Québécois ont entretenu d’elle.
Jean-François Lisée: Lucien Bouchard. D’ailleurs, tout le modèle québécois que Philippe Couillard est en train de démanteler, ce n’est pas celui de Lesage ou de Lévesque, c’est celui de Bouchard: les CLD, l’économie sociale, les CPE. C’est énorme le travail social-démocrate que ce conservateur à la tête du PQ a réalisé pendant ses quelques années de pouvoir.
Martine Ouellet: Encore là, Jacques Parizeau. Il avait une image de froideur. Mais on lui a prêté une image qu’il n’avait pas. Il était cependant très exigeant. Lorsqu’on allait lui présenter un dossier, il posait toutes les bonnes questions. Et s’il n’avait pas les réponses, il fallait refaire le travail.
Paul St-Pierre-Plamondon: Mmm… Je ne trouve vraiment pas de réponse.
3.      La plus grande réussite dans l’histoire du PQ?
Alexandre Cloutier: Les CPE.
Jean-François Lisée: La loi 101. S’il n’y avait pas eu la loi 101, la situation du français se serait beaucoup plus dégradée au Québec que c’est le cas actuellement.
Martine Ouellet: Je dirais les CPE. Mais il y a beaucoup d’autres réussites.
Paul St-Pierre-Plamondon: Le degré de mobilisation inouï qu’a généré le mandat de René Lévesque. L’idée que des gens croient assez dans leur société et dans leurs concitoyens pour s’investir, c’est un petit miracle démocratique. C’est une réalisation grandiose, et j’en rêve pour le Québec d’aujourd’hui.
4.      La plus grande erreur dans l’histoire du PQ?
Alexandre Cloutier: L’application des lois électorales au référendum de 1995. Il aurait fallu resserrer les règles pour s’assurer que les électeurs étaient réellement tous admissibles. Il faut tirer des leçons pour la prochaine fois.
Jean-François Lisée: De ne pas avoir tenu le premier référendum quand Joe Clark était au pouvoir à Ottawa! Joe Clark était un premier ministre anglophone, à la tête d’un gouvernement minoritaire soutenu par les créditistes au Québec, et qui était prêt à négocier la souveraineté-association. Il aurait fallu que Lévesque convainque les créditistes de maintenir Joe Clark au pouvoir. Il ne s’en est pas préoccupé. Joe Clark a perdu, Trudeau est revenu, et le contexte a été complètement différent.
Martine Ouellet: Je pense que c’est l’imposition par loi spéciale des conditions de travail des enseignants, en 1982. On m’en parle encore. Je ne peux pas dire sur le fond si la situation économique le justifiait, mais il aurait fallu trouver une façon de réparer.
Paul St-Pierre-Plamondon: Il n’a pas su refléter l’état de la démographie du Québec dans la composition de ses membres. Il n’a pas su inviter chaque groupe à faire partie de cette grande famille démocrate. L’abandon de certains groupes, en se disant que de toute manière le parti n’aura jamais leurs votes, c’est pour moi la plus grande erreur.
5.      Votre plus grand avantage dans cette course?
Alexandre Cloutier: L’expérience. Les gens l’oublient parce que je suis le plus jeune, mais je suis celui qui a le plus d’expérience. J’ai gagné quatre élections dans ma circonscription, ainsi qu’une investiture contestée.
Jean-François Lisée: Je suis zen.
Martine Ouellet: La clarté, et mon expérience économique. J’ai fait toute ma carrière en développement économique à Hydro-Québec, et c’est un élément essentiel concernant la gestion de l’État. J’ai géré un des plus gros ministères, les Ressources naturelles, et on a livré.
Paul St-Pierre-Plamondon: De venir de l’extérieur.
6.      Votre plus grand handicap dans cette course?
Alexandre Cloutier: L’éloignement. Être député du Lac-Saint-Jean dans une course à la direction, c’est un défi immense pour réussir à être présent partout. Ma volonté d’être présent à la maison avec mes enfants entraîne une gestion de l’agenda complexe. Les gens ne réalisent pas que je fais de 2 000 à 3 000 km par semaine.
Jean-François Lisée: Je suis trop zen… !
Martine Ouellet: Le manque de notoriété.
Paul St-Pierre-Plamondon: De venir de l’extérieur aussi.
7.      Le mot qui vous définit le mieux?
Alexandre Cloutier: Réformateur.
Jean-François Lisée: Audacieux.
Martine Ouellet: Une femme de terrain.
Paul St-Pierre-Plamondon: Constructif.
8.      Votre modèle ou inspiration politique ?
Alexandre Cloutier: J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour le charisme de Lucien Bouchard, et sa capacité de «lire» les Québécois. Mais j’ajouterais le charme de René Lévesque, la détermination de Barack Obama et le sens de l’humour de l’Écossais Alex Salmond.
Jean-François Lisée: Churchill, De Gaulle, Roosevelt.
Martine Ouellet: Outre M. Parizeau, je dirais Gro Harlem Brundtland, ancienne première ministre de Norvège, qui a posé la définition du principe de développement durable.
Paul St-Pierre-Plamondon: René Lévesque. Et la Scandinavie, parce que les deux héritages me semblent inextricablement liés.
9.      Quel est le meilleur conseil qu’on ait pu vous donner?
Alexandre Cloutier: D’accepter le côté imprévisible de la politique. Quelqu’un m’a déjà dit: quand tu auras fini ta carrière politique, tu auras probablement changé deux ou trois choses, pas plus. Tu es mieux de savoir lesquelles avant d’arriver au pouvoir. Il faut toujours garder en tête ses motivations profondes.
Jean-François Lisée: Ceux qui m’ont dit de me lancer dans la course. Je dirais en fait que le pire conseil qu’on m’ait donné, c’est: reste là, ne bouge pas. J’ai toujours voulu sortir de ma zone de confort, et c’est rare que ç’a été un mauvais choix.
Martine Ouellet: Il y a déjà assez longtemps, peut-être 18 ans, des gens m’ont dit: si tu y crois, ça va marcher, si tu n’y crois pas, ça ne marchera pas.
Paul St-Pierre-Plamondon: De surmonter la peur. La peur que les autres veulent te transmettre, même s’ils t’aiment, parce qu’ils projettent leur propre insécurité. Transformer la peur en adrénaline plutôt qu’en inaction.
10.      Quel est le livre ou l’œuvre qui vous a le plus marqué?
Alexandre Cloutier: La biographie de Nelson Mandela.
Jean-François Lisée: Voir Jean Duceppe jouer La mort d’un commis voyageur dans l’amphithéâtre de la polyvalente de Thetford Mines. C’était la première fois que j’étais face au sentiment de la détresse humaine. Ça m’a énormément marqué.
Martine Ouellet: Le cycle de fondation, d’Isaac Asimov.
Paul St-Pierre-Plamondon: Le contrat social, de Jean-Jacques Rousseau. On sous-estime comment la criminalité, la productivité, l’empathie découlent d’une compréhension ou d’une incompréhension de ce qu’est le contrat social d’une société.
11.      Ce que vous voudriez qu’on retienne de vous quand vous aurez quitté la politique?
Alexandre Cloutier: J’espère que mes enfants seront fiers de ce que leur père a fait.
Jean-François Lisée: Il a mis en œuvre l’article 1 du Parti québécois.
Martine Ouellet: Qu’avec l’ensemble des Québécois on a fait la république du Québec. Et que le Québec est devenu le 194e État à l’ONU.
Paul St-Pierre-Plamondon: Le service public. Si je sors de la politique et qu’on retient ça, j’aurai réussi.