100 millions de Canadiens d’ici 2100 ?

Un organisme appelé Century Initiative milite en faveur d’une forte expansion de la population du Canada, dans le but d’atténuer le vieillissement de la population et de fouetter la croissance du niveau de vie des Canadiens. Une stratégie vouée à l’échec, dit Pierre Fortin.

Photo : Daphné Caron

Le graphique ci-contre utilise l’indicateur officiel des Nations unies — le taux d’immigration nette — pour mesurer la performance du Québec et des 25 plus grands pays de l’OCDE en tant que terres d’accueil.

On constate que le Canada a dominé la scène mondiale ces dernières années. Le Québec se classe un peu derrière, mais devant l’Europe et les États-Unis.

Or, un organisme appelé Century Initiative, qui regroupe d’influents dirigeants de divers milieux de l’Ontario et des Prairies, milite depuis cinq ans en faveur d’une expansion de la population du Canada de 38 millions d’habitants en 2020 à 100 millions en 2100. Les buts visés sont d’atténuer le vieillissement de la population et de fouetter la croissance du niveau de vie des Canadiens. Naturellement, pour grossir ainsi la population du pays, il faudrait relever les seuils d’immigration de manière considérable.

La campagne de Century Initiative influence déjà la politique canadienne. Le ministre fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marco Mendicino, a en effet annoncé en novembre 2020 que le Canada chercherait à admettre 421 000 nouveaux résidents permanents en 2023, soit 50 % de plus qu’en 2017. C’est exactement le nombre réclamé par Century Initiative, qui en voudrait encore plus en 2026, soit 500 000. 

Le Canada de 100 millions d’habitants en 2100 envisagé par Century Initiative est une séduisante image de puissance et de fraternité. Mais en réalité, il est hautement improbable qu’une telle expansion de la population atteigne ses deux objectifs déclarés de vieillissement contrôlé et de niveau de vie accru.

Penser qu’augmenter l’immigration atténuera le vieillissement est un faux espoir. Les immigrants arrivent souvent avec leurs vieux parents, puis ils vieillissent eux-mêmes. Des chercheurs de l’Institut C.D. Howe de Toronto ont montré qu’une hausse de l’immigration au Canada, même aussi forte que celle préconisée par Century Initiative, aurait un effet minime sur le vieillissement en cours au pays.

L’idée qu’une forte expansion de la population soutenue par une immigration accélérée ferait augmenter le niveau de vie n’a pas non plus de base factuelle probante. Parmi les pays industrialisés, le niveau de vie (le PIB par habitant) n’est lié ni à la taille démographique ni au poids de la population immigrante. La corrélation est nulle. Un pays de plus grande taille affiche un PIB total plus élevé, puisqu’il dispose de plus de bras et de cerveaux pour produire des biens et services. Mais rien ne garantit que le niveau de vie moyen de sa population, son PIB par habitant, sera plus élevé.

Deux contre-exemples parmi d’autres : l’Allemagne est cinq fois plus populeuse que les Pays-Bas, mais son niveau de vie est le moins élevé des deux ; les immigrants sont quatre fois plus nombreux en Italie qu’en Corée du Sud, mais le niveau de vie est le même dans les deux pays. Il ne s’agit pas que d’anecdotes. Une synthèse exhaustive de la littérature scientifique préparée par les professeurs Brahim Boudarbat et Gilles Grenier, des universités de Montréal et d’Ottawa, a récemment confirmé que, tout pris en compte, les effets de l’immigration sur le niveau de vie sont généralement faibles ou incertains.  

Mais, quoi qu’en dise la science, c’est souvent le discours émotif qui guide l’orientation des politiques. Le gouvernement Trudeau a, de toute façon, déjà engagé le Canada sur la voie d’une expansion massive de son immigration. Les conséquences à prévoir ne sont pas réjouissantes.

Dans le cas du Québec, la poursuite de l’objectif « Canada 100 millions » aura pour effet d’accélérer la dégringolade de son poids dans la Confédération. Comme le Québec peine déjà à intégrer et à franciser ses 50 000 nouveaux résidents permanents annuels, il est plus que probable qu’il va continuer à augmenter ses cibles d’immigration avec prudence et modération. Par conséquent, ce sera surtout la population des autres provinces qui va absorber l’expansion des seuils d’immigration pancanadiens. De 23 % en 2020, le poids démographique de la province fondatrice du pays pourrait bien tomber à 10 % à la fin du siècle.

Dans le cas du Canada hors Québec, l’augmentation massive des seuils d’immigration qui est en cours est carrément téméraire. Il est presque certain qu’elle dépasse la capacité d’absorption sociale de la population du pays et elle risque de déchaîner les forces d’opposition à l’immigration. La montée actuelle de la xénophobie dans bon nombre de pays, dont les États-Unis et plusieurs pays d’Europe, où pourtant la proportion de la population née à l’étranger est bien plus faible qu’au Canada, démontre que ce danger est bien réel.

L’immigration est une formidable source de renouvellement et de progrès. Il faut travailler sans relâche à apaiser les appréhensions à son endroit. Mais quand va-t-on comprendre qu’aller trop vite risque de nous faire reculer plutôt qu’avancer ?

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«L’immigration est une formidable source de renouvellement et de progrès», écrit M. Fortin. Mais tout son texte essaie de nous démontrer le contraire. L’auteur nous bombarde de chiffres, peu étayés, ce qui prouve qu’on peut faire dire aux chiffres une chose et son contraire.

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Cette phrase ne contredit pas le reste du texte (la richesse peut être culturelle, par exemple), mais il s’agit probablement d’une formule insérée à la fin dans l’espoir d’éviter de se faire traiter de xénophobe, de raciste ou de facho. Et je le comprends: essayez de parler d’immigration autrement qu’en disant qu’il faut l’augmenter, pour voir…

Enfin un article crédible sur la question. La politique canadienne actuel de l’immigration relève de l’idéologie que je place dans le mouvement Woke. Celle ci est basée sur des analyses incomplètes des faits historiques. Elle est de ce fait biaisé. Les libéraux Woke de Trudeau veulent noyer la nation Québécoise et plus largement effacé l’identité Occidentale du Canada. Encore une décennie avec un flot incessant et ils réussiront. Mais que sera le canada exactement? Comment reconnaitront un Canadian? Un dicton québécois dit « trop c’est comme pas assez « a mon humble avis cela est applicable aussi a l’immigration .

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Où va-t-on les mettre tous ces immigrants? On a beau avoir le Canada des grands espaces, les immigrants se fixent presqu’exclusivement dans les grandes villes qui comptent de moins en moins d’espaces verts et qui grugent de plus en plus sur les terres arables qui nourrissent les Canadiens. C’est encore le développement à outrance où la pauvreté va se répandre de plus en plus car souvent les immigrants sont confinés dans les emplois que d’autres ne veulent pas faire et vivent souvent près du seuil de pauvreté.

Ça c’est sans parler des impacts d’une immigration internationale sur l’identité québécoise alors qu’on sait fort bien que l’immigration est surtout affaire de grossir la communauté anglo-canadienne puisque l’anglais est soit la langue principale soit la langue seconde de la grande majorité des immigrants. M. Fortin a raison, le Québec s’en trouvera encore une fois marginalisé et risque de devenir une grosse réserve de survivants de la francophonie. On pourra toujours consulter nos frères et sœurs autochtones, ils savent ce que c’est que de se faire envahir et marginaliser dans des réserves par des immigrants…

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