15 observations sur le budget Bachand

Le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, a déposé un budget sans coup fumant, mais qui pour l’essentiel maintient le cap vers l’élimination du déficit dès l’année fiscale 2013-2014. Voici ce que j’en pense.

1. Ce sera une belle réussite si le gouvernement atteint son objectif de retour au déficit zéro en 2013-2014. Le gouvernement fédéral et l’Ontario n’y sont pas arrivés et ont reporté l’échéance. Le Québec maintient le cap et tout indique qu’il y parviendra.

2. Les cibles gouvernementales de réduction des dépenses ne sont pas atteintes, mais il y a un net ralentissement du rythme de croissance des dépenses publiques.

3. Au lieu d’examiner en profondeur l’ensemble de ses programmes et d’éliminer ce qui est devenu superflu ou non prioritaire, le gouvernement préfère ralentir la croissance sur l’ensemble des missions existantes. Ces coupes paramétriques lui évitent de faire des choix difficiles et potentiellement impopulaires auprès de certaines clientèles. Par exemple, on aurait pu couper dans l’aide aux entreprises, notamment dans les crédits d’impôt. Je ne suis pas sûr de leur impact et ils coûtent cher.

4. Le ministre des Finances aime à dire que le gouvernement fait les deux tiers de l’effort budgétaire pour retrouver l’équilibre budgétaire et que les particuliers font l’autre tiers. Dans l’année budgétaire qui commence le 1er avril, les revenus du gouvernement (sans les transferts fédéraux) augmenteront de 6,8 % alors que ses dépenses seront limitées à 3 %. J’ai le réflexe de croire que c’est moi qui fournis les deux tiers de l’effort !

5. Le gouvernement soutient que la ponction fiscale supplémentaire ne nuit pas à l’économie québécoise. Il donne l’exemple d’une famille de quatre personnes, avec deux enfants et deux revenus de travail totalisant ensemble 50 000 dollars. Ce ménage se serait enrichi (revenu personnel disponible, donc après impôt) de 13,9 % de 2003 à 2012. En apparence, tout est merveilleux, jusqu’au moment où on constate que cette augmentation ne tient pas compte de l’inflation ! Le gouvernement fait lui-même la preuve que les Québécois se sont appauvris depuis neuf ans.

6. Le déficit gouvernemental est de 3,3 milliards de dollars en 2011-2012, mais la dette brute augmente de 10,3 milliards de dollars et atteindra 183,8 milliards de dollars au 31 mars.

7. Le service de la dette, c’est-à-dire les intérêts que nous payons sur nos emprunts, devrait augmenter de 10,5 % au cours du prochain exercice budgétaire. Le service de la dette représente 11,4 % des dépenses du gouvernement. On a vu pire, 16,3 % en 1999-2000, mais nous sommes très vulnérables dans l’éventualité d’une montée des taux d’intérêt.

8. La démographie commence à nous jouer des tours. 39 % de l’augmentation des dépenses du gouvernement s’explique par la démographie, 61 % par le prix des services publics.

9. Le gouvernement trouve 1 milliard de dollars pour créer et financer Ressources Québec qui investira dans des entreprises minières, pétrolières et gazières actives au Québec. Je comprends la logique politique et je ne commenterai pas sur le fond. Sachez quand même que la Caisse de dépôt et placement détenait au 31 décembre 2010 des actions qui valaient 1,2 milliard de dollars dans les sociétés minières actives au Québec.

10. En 2010-2011, le Québec a perçu 305 millions de dollars en redevances minières, plus que pendant les dix années précédentes mises ensemble. Pour l’ensemble des ressources naturelles, le Québec a perçu 1,2 milliard de dollars.

11. Puisqu’on parle de ressources naturelles, le gouvernement albertain a augmenté en moyenne ses dépenses de 7,8 % depuis 2003, sa croissance économique devrait être le double de celle du Québec en 2012, la province n’a pas de taxe de vente et les impôts sont moins élevés qu’ailleurs au pays. 25 % de ses revenus proviennent des redevances.

12. J’aime bien les mesures voulant favoriser le maintien des travailleurs plus expérimentés sur le marché du travail. Nous en aurons besoin, car le nombre de travailleurs potentiels diminuera de 1,1 % au Québec entre 2010 et 2030 alors qu’il augmentera de 7,7 % au Canada. Pourquoi ces mesures sont-elles si modestes et commencent seulement à 65 ans ? Le Québec doit combattre le « décrochage » du milieu du travail dès 55 ans.

13. J’aime également le nouveau Régime volontaire d’épargne-retraite, qui me semble être essentiellement un REÉR collectif en milieu de travail. Il faut encourager l’épargne, on ne le répétera jamais assez.

14. L’économie québécoise ralentit. Sa moyenne de croissance était de 2,0 % entre 1982 et 2009. On prévoit des augmentations de 1,5 % en 2012 et de 1,9 % en 2013. L’économie mondiale va croître deux fois plus vite et les pays émergents compteront pour 75 % de l’augmentation.

15. Si le Québec appliquait la même structure d’imposition des particuliers de l’Ontario, il prélèverait 3,7 milliards de dollars de moins. C’est le ministère des Finances qui vous le dit !

 

 

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Très bizzare qu’aucun journaliste souligne que si ce n’était pas des Milliards qui nous proviennent des provinces riches, nous serions en faillite comme la Grèce. Je sais que pour le ‘fameux modèle Québecois’, c’est gênant de mentionner que l’on a besoin de l’aide du Canada. Rien n’empêche que Bachand devrait arrêter de se flatter, ils nous prend pour des abrutis avec ces éloges pour le Québec, la province la plus endêté du Canada.

Le problème c’est le service de la dette. Le reste c’est de la politicaillerie presque sans intérêt et avec ce qui nous pend au bout du nez on en parlera probablement plus d’ici quelques mois ou années.

Le service de la dette qui grimpe si vite alors que les taux d’intérêts sont très bas, historiquement bas même, c’est très inquiétant.

Car les taux finiront pas monter c’est certain, d’ailleurs avec la reprise américaine ils montent déjà et s’ils montent aux USA ils devront monter aussi au Canada pour continuer d’attirer les investisseurs.

Et à bien y penser les ménages Canadiens et Québécois sont extrêmement endettés aussi…

Ne vous y méprenez pas, malgré les belles paroles du ministre et l’aveuglement de la plupart des analystes (notamment ceux invités par ce pauvre Gérald Filion…), nous sommes réellement au bord du gouffre.

Et ce budget ne fait que nous en approcher.

A lire, la chronique de Michel Girard qui résume très bien l’essentiel de la situation:

http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/opinions/chroniques/michel-girard/201203/21/01-4507640-votre-hypotheque-provinciale-30-888.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B40_chroniqueurs_379112_accueil_POS1

« Le service de la dette représente 11,4 % des dépenses du gouvernement. On a vu pire, 16,3 % en 1999-2000»

Voilà qui est très bien dit et rarement dit
Une question: comment la dette peut augmenter de 10 milliards alors que le deficit est d’à peine 1,5 milliard.

Vous allez me dire les infrastructures. Mais le budget des transports est de 4G pour l’entretien des routes. C’est comptabilisé dans le budget.
Alors où le 8,5G?

J’ai beau tout lire les dossiers dans les journaux, je ne vois pas où ils ont caché ce 8,5G?

Les revenus sont de 69G et les intérêts sur la dette 10G soit 14% des revenus.
Et ça c’est avec des taux d’intérêt historiquement bas qui ne peuvent que grimper à court ou moyen terme. En fait ils sont si bas qu’ils pourraient facilement doubler en quelques années…

Avec une dette qui depuis 3 ans grossit 3 fois plus vite que l’inflation, deux fois plus vite que les salaires.

Et l’économie qui (au mieux) stagne, l’emploi qui va mal. Un endettement des ménages qui bat des records.

Y’en as tu qui ont besoin d’un dessin?

« Le service de la dette représente 11,4 % des dépenses du gouvernement. On a vu pire, 16,3 % en 1999-2000»

Essentiellement à cause de la baisse des taux d’intérêt. Malheureusement au lieu redresser la situation le gouvernement en a profité pour faire exploser la dette…

Maintenant il devra le faire pendant que les taux montent…

@M. Duhamel,

Le critique du PQ dit que le gouvernement maintient artificiellement un strict contrôle des dépenses en imputant à la dette plusieurs dépenses.

C’est sûr que cela est facile d’éliminer le déficit quant on impute des dépenses courantes à la dette.

Selon vous, est-ce que cette accusation est fondée? Si oui, auriez-vous des exemples à nous donner?

Merci.

@rené houde

Nommez-nous les provinces qui nous envoient de l’argent? ET combien?

La péréquation ne vient pas des provinces, elle vient d’Ottawa.

L’enveloppe est de 15G. Le Québec en paie 20%, soit 3G; il en recoit 8G. Pour un net de 5G
Maintenant la dette à Ottawa coute 35G par année. Le Québec en paie 20% soit 7G. Juste là on perd donc 2G

C’est à part ce qu’on perd en défense, pêcheries, agriculture, affaires indiennes.

Puisque la hausse des taux est inévitable, probablement après la présidentielle aux USA, le service de la dette demeure le plus grand danger auquel font face les gouvernements – et les citoyens qui malheureusement s’endette eux aussi.

Concernant votre point #3, je pense que le noeud du problème, et des solutions, est là. Les gouvernements doivent examiner sérieusement tous les programmes et prendre en compte ce qui est prioritaire de ce qui l’est moins et éliminer ce qui est superflu ou même non-prioritaire. Ralentir la croissance sur l’ensemble des programmes ne suffit pas. Les crédits d’impôt sont devenus une plaie majeure, certainement au fédéral ici et aux USA encore plus, et leur rendement (autre que politique) est plus que douteux. Très difficile politique de s’attaquer à ces vaches sacrées.

7. Le service de la dette, c’est-à-dire les intérêts que nous payons sur nos emprunts, devrait augmenter de 10,5 % au cours du prochain exercice budgétaire. Le service de la dette représente 11,4 % des dépenses du gouvernement. On a vu pire, 16,3 % en 1999-2000, mais nous sommes très vulnérables dans l’éventualité d’une montée des taux d’intérêt.

1999-2000, c’était sous un gouvernement péquiste et voilà qu’ujourd’hui, l’ex-ministre des finances, Pauline Marois, déchire ses foulards de chez Cardin et fait la leçon aux libéraux !

Faut donner ça au gouvernement, au Québec on est devenu des experts pour tirer le « lastic » au maximum, notamment en trouvant des stratagèmes pour impressionner les créanciers

D’abord il y a bien sûr cette comptabilité fantaisiste qui permet d’avoir un déficit de 1.5G pendant que la dette elle augmente pratiquement 10 fois plus vite…

Un autre exemple est ce fond créé expressément pour faire face à un resserrement du crédit:

http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/dossiers/budget-quebec-2012/201203/22/01-4508069-quebec-se-cree-un-tresor-de-6-milliards.php

Qu’à cela ne tienne, on ne perd rien pour attendre, même que plus le « lastic » sera étiré plus ça va faire mal quand il va péter.

bilan du budget : aucune mesure pour réellement créer de la richesse. En fait, on continue de ralentir sa création, et de devenir comme dans Atlas Shrugged