Affaires et économie

La revanche de Québec

La région de Québec est devenue une leader de la scène économique canadienne, et ce n’est pas un feu de paille.

photo : Nathalie Quirion
photo : Nathalie Quirion

Il y a quelques années, à la radio comme à la télévision, le défunt groupe d’humoristes montréalais Les Bleu Poudre passait son temps à se moquer des gens de Québec et de leur Bonhomme Carnaval. Mais Québec a pris sa revanche. La région de la Capitale-Nationale est devenue avec le temps une leader de la scène économique canadienne, laissant Montréal loin derrière. C’est Québec 1, Les Bleu Poudre 0.

Au printemps dernier, en pleine récession, la grande région de Québec (formée de la ville même de Québec, de Lévis et de la banlieue proche) a enregistré un taux de chômage incroyablement bas : 4,6 %. À l’exception de Regina, toutes les agglomérations urbaines du Canada comptaient plus de chômeurs que Québec. À Montréal, par exemple, le taux de chômage était deux fois plus élevé. Selon toute vraisemblance, parmi les 10 plus grandes villes du Canada, seule Québec verra son activité économique globale progresser en 2009. La région traverse la récession tambour battant, sans s’arrêter, comme le célèbre lapin de la publicité.

On pourrait croire qu’il s’agit d’une illusion. Ce ne serait pas Québec qui s’illustrerait, mais les autres villes canadiennes qui accuseraient durement le coup de la récession, surtout en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. Observation juste. Mais ce serait une erreur de penser que l’effervescence économique de la région de Québec est un feu de paille. Tout indique qu’il s’agit d’une tendance lourde.

Avant même la récession, de 2002 à 2008, le taux de chômage de la grande région de Québec avait déjà baissé sous la moyenne canadienne, après lui avoir été supérieur pendant des décennies. Le secteur public de la capitale n’y a été pour rien. Au contraire, la part de ce secteur dans l’emploi total de la région a beaucoup diminué depuis une douzaine d’années. Si cette part était restée inchangée, l’agglomération québécoise aurait enregistré 17 000 emplois de plus dans le secteur public en 2008. Ces 17 000 emplois ont bel et bien été maintenus, mais par le secteur privé plutôt que par le secteur public. Le virage est majeur : c’est le secteur privé – et non le secteur public – qui porte l’économie régionale depuis 10 ans.

Comment se fait-il que la région de Québec pète le feu depuis une décennie ? Premièrement, bien qu’il continue le plus souvent à offrir de meilleures conditions de travail que le secteur privé, le secteur public est devenu plus routinier (fonction publique) ou plus stressant (santé). Il emballe moins qu’autrefois. Les jeunes de Québec sont plus attirés que leurs aînés par le privé et manifestent une solide culture entrepreneuriale.

Deuxièmement, ces jeunes sont les plus scolarisés du pays. Parmi les 25-34 ans, seulement 6,5 % n’ont aucun diplôme. Unfaçon de dire la chose est que, mesuré à la fin de la vingtaine, le taux de décrochage scolaire est deux fois moins élevé à Québec qu’ailleurs dans la province. Plus encore, la moitié des jeunes de Québec passent au moins 16 années à l’école. Le même pourcentage qu’à Ottawa et à Toronto.

Troisièmement, les entreprises de tous les horizons ont parfaitement compris que l’agglomération de Québec offre non seulement la main-d’œuvre la plus qualifiée du Canada, mais également (avec Sherbrooke) les coûts d’installation et d’exploitation les plus concurrentiels au pays. Elles se sont ruées sur les parcs industriels de Québec, de Lévis et des environs. Ceux-ci sont maintenant pleins à craquer.

Quatrièmement, depuis 20 ans, on a assisté à Québec à un mariage fructueux entre l’aménagement urbain et l’économie du savoir. Cela a donné, entre autres, le Parc technologique de l’arrondissement de Sainte-Foy, le nouveau quartier Saint-Roch, l’Innoparc de Lévis et le Technopôle Défense et sécurité de Valcartier. Les secteurs de l’assurance, de l’électronique, des services informatiques, des jeux vidéo, des télécommunications, de la santé et de la défense en sont les plus évidents bénéficiaires.

L’économie du 21e siècle sera fondée sur les cerveaux. La région de Québec l’a bien compris ; elle a agi en conséquence, et les résultats prouvent qu’elle a eu raison.