2011 : le meilleur et le pire

On m’a demandé de définir deux scénarios pour 2011, l’un optimiste et l’autre pas.

Ce qui pourrait arriver de mieux en 2011

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2011 sera la soeur jumelle de 2010. La croissance sera modeste, le dollar canadien sera souvent tenté de s’élever au-dessus du billet vert. Le taux de chômage restera raisonnable et on continuera de créer des emplois. Le marché immobilier soulèvera des inquiétudes, surtout à Toronto et à Vancouver, mais tiendra bon. Les Asiatiques continueront d’acheter nos ressources naturelles et il y aura de nouveaux psychodrames reliés à l’endettement des États.

Au Québec, les hausses de taxes, l’endettement personnel (147 % du revenu disponible) et la diminution graduelle des programmes d’infrastructures devraient ralentir la croissance, mais on parle quand même chez Desjardins d’une croissance de 2,3 % cette année. Il n’y a pas de quoi pavoiser, mais rien pour se suicider non plus.

Si le Québec et le Canada étaient seuls au monde, je ne serais pas particulièrement inquiet. Nos dettes sont évidemment trop lourdes, mais nos gouvernements semblent avoir un plan de match pour réduire les déficits et nos créanciers ont l’impression que tout est sous contrôle. Espérons maintenant que nos gouvernements ne nous écrasent pas trop sous les taxes.

À la même époque l’an dernier, on craignait pour une reprise de la récession après quelques mois de reprise. Les économistes les plus pessimistes appelaient ça le« double-dip », la seconde plongée d’une économie qui n’arriverait pas à se relever pour de bon. Il semble que les choses ne se passeront pas ainsi. La reprise est faible, chétive et vulnérable, mais elle tient bon.

L’économie américaine, la plus menacée d’un second enlisement, maintient sa croissance (2,6% au troisième trimestre), même si elle ne créé pas suffisamment d’emplois. Les consommateurs ont retrouvé le chemin des magasins et les profits des entreprises étaient en hausse de 26 % en novembre comparativement au même mois en 2009.

Les dettes des États continueront de semer l’inquiétude, mais on trouvera, comme en 2010, des solutions de derniers recours pour éviter qu’un État se retrouve en défaut de paiement.

À mesure que les pays malmenés sur les marchés sont plus gros et que les sommes nécessaires pour les sortir du trou seront plus considérables, les négociations seront plus ardues et les solutions pour éviter le pire plus créatrices. Il y aura du tordage de bras, du raccommodage pas toujours élégant et des grincements de dents, mais on trouvera une sortie à chaque fois qu’un État sera dans la mire. Sans compter la Chine, devenue le sauveur d’une Europe en crise.

Le pire scénario de 2011

La crise des dettes souveraines repart de plus belle.

On trouvera une solution pour le Portugal. Pour l’Espagne aussi, même si on parle ici d’une économie de la taille de l’économie canadienne. Mais qu’adviendrait-il si l’Italie ou pire, le Japon, se retrouvait en situation de défaut de paiement ?

L’analyse Dylan Grice de la Société Générale (une banque française) prévoit que le Japon fera faillite en 2019, mais cela pourrait se produire avant. Le Japon consacre actuellement 27 % de ses recettes fiscales aux intérêts sur sa dette, 57 % si on inclut le remboursement d’une portion du capital (13,6 % au Québec), même si ce pays ne paye que 1,5 % sur ses obligations. Imaginez si les taux d’intérêts se mettaient à augmenter…

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Le premier État qui se trouvera en défaut de paiement enclenchera une onde de choc dont on mesure mal la violence. Dépendant de la taille de l’État fauché, cela pourrait provoquer une hausse des taux d’intérêt, la faillite de banques privées et la déstabilisation des États qui voudraient les rescaper, la fin de l’euro, des dévaluations spectaculaires de certaines devises, des radiations majeures dans les portefeuilles des caisses de retraite et une instabilité spectaculaire sur les marchés.

Voilà pourquoi les États et les organismes internationaux viennent toujours à la rescousse des États mal pris, même si cela leur coûte une fortune financièrement et que ce n’est pas très populaire dans l’opinion publique. Ils ont peur que tout dérape. Ils leur restent une stratégie, celle du colmatage. Sauf qu’on arrête pas une hémorragie avec un Band-Aid.

Et ça saigne de partout car le monde occidental croule sous les dettes. En 2011, les États-Unis auront besoin de 4 000 milliards de dollars pour financer leur dette, les gouvernements européens de 3 000 milliards et le Japon de 2 500 milliards de dollars, soit l’équivalent de la moitié de son économie. La dette de tous les États du monde atteint 38 600 milliards de dollars.

Nos voisins sont dans un sérieux pétrin. Les 50 États américains font face à un manque à gagner de 140 milliards de dollars cette année, l’encours de leurs obligations atteint 3000 milliards de dollars, sans compter le déficit cumulé des régimes de retraite de 3500 milliards et des engagements de 500 milliards pour les soins médicaux des retraités. La dette du gouvernement fédéral américain dépasse maintenant les 14 000 milliards de dollars. Elle est passée de 13 000 milliards le 1er juin à 14 000 milliards le 31 décembre. Faites le calcul : la dette américaine a gonflé de 5,46 milliards de dollars par jour depuis juin !

On critique constamment le monde de la finance, son importance démesurée et les revenus hallucinants qu’il s’octroie, mais nos habitudes personnelles et collectives ont créé ce monstre. Ils sont les pushers et nous sommes les clients. Leur drogue est irrésistible. Elle s’appelle le crédit.

C’est dans ce contexte qu’il faut apprécier l’endettement personnel et collectif des Québécois. Les endettos-sceptiques se réjouiront en disant qu’il y a bien pire que nous. Sans doute. Ils oublient seulement de considérer que nos dettes nous rendent plus vulnérables que les autres Canadiens. Plus vulnérables que bien d’autres peuples.

Cet automne les économistes du Mouvement Desjardins estimaient que des hausses de taux d’intérêt de 3,25 % ou de 5 % au cours des cinq prochaines années pourraient faire augmenter du tiers le nombre de faillites personnelles en 2015. Une telle hausse des taux d’intérêt appliquée à tous les emprunts actuels du Québec pourrait faire augmenter le service de la dette d’un montant variant de 5 à 8 milliards de dollars par année. Des dollars qu’il faudrait trouver dans nos poches et en réduisant les services à la population.

Une hausse importante des taux d’intérêts pourrait provoquer une sacrée tempête dans les États trop endettés.

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Dans le cas du premier scénario, les pauvres demeurent pauvres.
Dans le cas du deuxième scénario les riches n’ont rien à craindre puisque les gouvernements renflouent les riches industriels et les banques.
Et donc les pauvres demeurent pauvres.
Une façon de s’en sortir: un nouveau contrat social avec un nouveau système monétaire, un régime bancaire d’état.
Ça fait assez longtemps que ce sont les mêmes qui mènent surtout que les coupables sont ceux qui informent que ce système « monopoly » est bon pour le peuple.

«Les 50 États américains font face à un manque à gagner de 140 milliards de dollars cette année!»

Ca fait à peu près 470 dollars par américain. Le déficit du Québec (3 miliard) équivaut 379$ par Québécois. Ca va mal en maudit au Québec surtout lorsqu’on sait que les États américains n’ont pas une assurance-maladie à payer à tous leurs citoyens, des garderies à 7$, des congés de maternité et de paternité (même pour les travailleurs mexicains), des universités à 2000$ ,etc

Maudit que ça va mal au Québec! lol

Une bonne partie du problème c’est de croire que les autre sont « pires que nous »

Or c’est totalement faux.

Le taux d’endettement des ménages Canadiens a dépassé celui des américains, et ça c’est après une dure récession et une hausse vertigineuse du chômage chez nos voisins. Ici le domaine immobilier, qui est basé sur une croissance démentielle de l’endettement, compte toujours pour 20% de l’économie (le vilain secret de la « résilience » canadienne) et sa déflation reste à venir…

La dette publique que les américains doivent servir est de 9.4G, soit 63% du PIB et son service représente moins de 5% du budget fédéral. L’autre partie qui mène au chiffre de 14G (le chiffre sans cesse répété par les médias) inclut les obligations intra-gouvernementales envers la Social-Security. Cette partie de la dette pourrait (et sera sans doute) allégée via des réformes sur les pensions, entre autre.

http://scottgrannis.blogspot.com/2011/01/thoughts-on-national-debt.html

Au Canada la dette publique a dépassé 82% du PIB. Et nous ne sommes pas en reste pour les engagement sociaux, le fond de la RRQ coure vers l’insolvabilité et nous n’avons pas la moindre idée comment financer la santé à l’avenir, entre autre…

Non seulement notre situation n’est pas meilleure que cette des américains, elle est pire. Notre marge fiscale est beaucoup plus faible et notre démographie moins dynamique et je le répète par que c’est crucial, l’inévitable ralentissement immobilier n’a pas encore été absorbé par l’économie.

Tôt ou tard le Canada (et spécialement le Québec) devra – comme le font les américains depuis 4 ans – faire face à la réalité, sera-ce en 2011, qui sait mais de toute façon ça viendra. En fin de compte le plus tôt sera le mieux, même si ça fait mal.

Vous reprenez ce que l’on voit un peu partout concernant les hausses possibles des taux d’intérêt. Selon les sondages, les Canadiens estiment pourtant qu’ils pourraient résister à une hausse des taux. Je me demande bien ce qu’ils répondraient si on leur demandait la question suivante : seriez-vous obliger de modifier votre train de vie si vous devriez débourser 2,00 $ pour un litre d’essence d’ici à un an. Un ami économiste me posait justement la question, car certains pensent que le prix de l’essence pourrait atteindre 2,00 $ d’ici à la fin de l’année. Une telle augmentation selon moi serait pire qu’une augmentation des taux de 1 pourcent par année échelonnée sur cinq ans.

Si la plus grosse part de l’endettement des familles, comme le souligne Pierre Brasseur, c’est l’immobilier, alors je pense que ce n’est pas trop inquiétant. On peut toujours négocier un terme sur cinq ans aux taux d’aujourd’hui pour se protéger et mieux planifier ses dépenses entretemps. Pour les individus, ce sont les autres augmentations du cout de la vie qui sont à craindre, à commencer par la taxation. Nous sommes gouvernés par des incompétents qui ont augmenté notre endettement de manière exponentielle. Si vous, Monsieur Duhamel, connaissez le plan pour contenir le déficit du gouvernement canadien vous devriez écrire un article pour nous en faire connaitre les détails. Je ne peux me fier que sur les déclarations du ministre des finances – il annonce toujours des réductions de revenus et des augmentations des dépenses. C’est comme cela depuis que les Conservateurs ont prit le pouvoir et je ne vois aucun signe de changement de cap.

@ Loraine King

Selon une étude du Mouvement Desjardins publié en novembre 2010, si les taux d’intérêts devaient passer à 4,25 % d’ici 5 ans (ils sont actuellement à 1%), le taux d’augmentation des faillites personnelles oscillerait entre 16,7% à 33,3%.

http://www.desjardins.com/fr/a_propos/etudes_economiques/actualites/point_vue_economique/pv1102.pdf

La hausse du taux de faillite serait similaire à la hausse observée aux USA depuis le début de la récession.

Merci David – et si on suit le lien de Monsieur Duhamel, on peut lire que

Hélène Bégin conseille aux ménages de profiter du report de la hausse du taux directeur de la Banque du Canada pour assainir leur bilan financier, en s’attaquant dès maintenant aux dettes à la consommation, lesquelles occupent la moitié de leur service de la dette. Ils pourront ainsi dégager une marge de manoeuvre budgétaire qui amortira l’impact des futures – et inéluctables – hausses.

Il est donc possible d’amortir l’impact des hausses futures si on agit maintenant. Les gens sont en general beaucoup moins imbecile que que les antagonistes nous font croire : je connais trop de jeunes familles pour les compter qui ont ces derniers mois signes des hypotheques sur cinq ans plutot que de rester a taux fixe.

Je demeure plus inquiete de l’impact des hausses des taxes et des prix de l’energie, particulierement du petrole. Plus difficile, quasiment impossible, d’amortir ces hausses.

Il y a malheureusement trop de gens comme vous qui ne savent pas lire les programmes politiques des partis. Je vous en ai deja parle. Le Globe and Mail ce matin fait un excellent travail sur ce sujet :

http://www.theglobeandmail.com/news/politics/budget-watch-under-the-radar-tax-expenditures-keep-on-eating-up-cash/article1859340/

@ Loraine King

En maintenant les taux d’intérêt bas, on incite les gens à s’endetter (à consommer), pas à économiser ou rembourser ses dettes.

C’est la raison même qui est utilisé pour garder les taux bas: on s’imagine stimuler l’économie en augmentant le crédit.

Et les programmes de sparti politiques n’ont rien à voir la dedans. Le problème c’est la Banque du Canada, pas le PCC, le PLC, le NPD ou le BQ.