Affaires et économie

Quand l’État se fait gardien de Québec Inc.

 Pour empêcher la vente de Rona à l’américaine Lowe’s, le député libéral Raymond Bachand propose que Québec achète un gros bloc d’actions du quincaillier. François Legault, de la CAQ, souhaite que l’État devienne un partenaire important des grands chantiers du Nord. Le Parti québécois, lui, veut réaffirmer « la propriété du Québec sur les ressources naturelles »…

Photo : Jean-Yves Létourneau/La Presse

On dirait bien que l’interventionnisme de l’État a de nouveau la cote, comme au début des années 1960, quand la nationalisation d’Hydro-Québec et la création de la Caisse de dépôt et placement du Québec sont devenues des symboles du Québec moderne.

Ceux qui militent avec ferveur pour un État gardien de la propriété québécoise ou agent dynamique de la croissance ont peut-être oublié les coups moins reluisants de cet État entrepreneur…

La propriété des ressources minières, par exemple, n’est pas une idée nouvelle au PQ : le gouvernement de René Lévesque, qui voulait que le Québec bénéficie davantage de son statut de plus grand producteur mondial, a fondé en 1978 la Société nationale de l’amiante. À la même période, les chercheurs commençaient à établir un lien entre l’amiante et le cancer. En 1989, l’Agence américaine de protection de l’environnement a interdit l’utilisation de tous les produits à base d’amiante. Québec a revendu, en 1992, pour 34 millions de dollars, ce qui lui avait coûté plus d’un demi-milliard.

La transformation du minerai de fer de la Côte-Nord, pour sa part, a fait rêver le gouvernement libéral de Jean Lesage, qui a fondé en 1964 l’aciérie Sidbec. Celle-ci a accumulé au fil des ans des pertes de près d’un milliard de dollars, avant d’être revendue en 1994 pour une somme dérisoire.

Les architectes de la Révo-lution tranquille ont également tenté de créer une industrie automobile québécoise. En 1964, la Société générale de financement (SGF) – le bras économique de l’État – et la française Renault ont créé la Société de montage automobile (SOMA) : l’usine, située à Saint-Bruno, a fermé ses portes en 1974.

Les malheurs de la SGF (fusionnée en 2011 avec Investissement Québec) ne se sont pas arrêtés là. Son bilan pour les années 2000 à 2009 se solde par des pertes d’un milliard de dollars.

La Caisse de dépôt a aussi ses histoires plus ou moins heureuses. Elle a acheté Steinberg avec un partenaire, Socanav, à qui elle a laissé la gestion de l’épicier, malgré son absence de con-nais-sance du commerce de détail. Steinberg a fait faillite en 1992. Heureusement, la Caisse a hérité du portefeuille immobilier de la famille Steinberg, aujourd’hui Ivanhoé Cambridge.

Morale de cette histoire : l’État entrepreneur doit faire face aux mêmes lois du marché que ses concurrents privés – sauf en situation de monopole, comme c’est le cas pour la SAQ, Hydro-Québec ou Loto-Québec. Il se condamne à l’échec quand il veut renflouer des entreprises peu rentables et court un risque élevé quand il investit dans une entreprise soumise au cycle des prix et de la demande mondiale, comme dans le secteur minier.

Évaluer le succès peut s’avérer aussi difficile que d’évaluer le risque. En 2000, la Caisse de dépôt a payé 3,2 milliards de dollars pour 45,3 % des actions de Québecor Média, une entité constituée pour contrer les visées de la torontoise Rogers (aussi propriétaire de L’actualité) sur Vidéotron. Participation que les deux parties évaluent, en 2012, à 2,75 milliards.

La Caisse de dépôt ne retire encore aucun profit de cette aventure, même en tenant compte des 324 millions versés en dividendes. Reste toutefois qu’une mauvaise affaire pour la société d’État n’en est pas nécessairement une pour le Québec : grâce à l’injection de capitaux de la Caisse, Québecor Média et sa filiale Vidéotron ont pu poursuivre leur croissance, et des milliers d’emplois ont été créés.

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Achetée par la Caisse de dépôt et Socanav en 1989, la chaîne d’épiceries Steinberg a fait faillite en 1992.

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3,06 milliards de dollars

 

C’est ce qu’ont rapporté à l’État, au cours du dernier exercice, Hydro-Québec, la Société des alcools du Québec et Loto-Québec.