Affaires et économie

Camoplast Solideal : un géant discret

Le fabricant de pneus et de chenilles pour véhicules hors route n’hésite pas à sortir des sentiers battus. Depuis un an, il tente de de faire son chemin en Russie.

Avec près de 7500 employés, des ventes sur tous les continents et des usines dans cinq pays, Camoplast Solideal, dont on entend pourtant peu parler dans les médias, est un géant discret. Pour assurer sa croissance à l’international, l’entreprise, qui se spécialise dans la fabrication de pneus et chenilles pour véhicules hors route, mise surtout sur les pays en émergence.

Camoplast1-300x200L’an dernier, elle ouvrait une nouvelle division des ventes en Russie, dans le but de couvrir ce marché ainsi qu’une partie du territoire de la Communauté des États indépendants (CEI), composée des anciennes républiques soviétiques.

« C’est un pays qui est en renouvellement de ses infrastructures, où il y a beaucoup de construction, et où la progression du PNB se situe autour 3,7%. Comme joueur mondial dans notre domaine, on veut être présents là où il y a le plus d’activité économique, et la santé économique rime généralement avec construction », dit Benoît Bessette, vice-président marketing de Camoplast Solideal.

Or, qui dit construction dit manutention.

« Comme nous sommes un leader mondial pour chausser les véhicules de manutention, cela devient doublement intéressant pour nous d’arriver dans un pays où la construction est en hausse », ajoute-t-il.

Les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) correspondent tout à fait à ces critères.

« Quand nous arrivons sur ces marchés, le milieu de la construction est déjà en ébullition, on voit des grues partout et la demande pour nos produits est forte »

Un an après le début de l’aventure russe, les progrès accomplis sont positifs, explique M. Bessette. Dès les premiers mois de son arrivée en Russie, la société concluait sa première vente importante. Mais on ne s’implante pas dans cette région du globe du jour au lendemain.

« Nous sommes encore en train d’apprivoiser le pays à partir de notre bureau de Moscou. La Russie et la CEI sont un immense territoire », dit-il.

Camoplast Solideal ne vend pas directement aux propriétaires de flottes de véhicules et aux détaillants, mais en passant par des distributeurs.

« Après une première année, nous sommes en train de prendre la mesure du marché, d’apprendre le fonctionnement du réseau de distribution et de déterminer qui sont les meilleurs intervenants pour nous permettre de mieux nous positionner », ajoute le vice-président.

Parmi les défis à relever pour exporter en Russie, les entreprises étrangères font face à des droits de douanes assez élevés.

« Il faut trouver une clientèle qui soit prête à payer pour des produits étrangers fabriqués avec des standards supérieurs. »

Pour la multinationale, en plus de quelques joueurs locaux, la concurrence en Russie est la même qu’ailleurs dans le monde.

Toutefois comme Camoplast Solideal occupe plusieurs niches, elle ne fait pas face à un seul concurrent présent partout, mais à plusieurs grands joueurs présents à divers degrés dans l’une ou l’autre des spécialités qu’elle touche. Elle offre en effet plusieurs lignes de produits : pneus de manutention, pneus et chenilles de construction, chenilles d’agriculture, systèmes de chenilles pour VTT, chenilles de motoneiges et chenilles pour la défense.

Les fabricants de pneus sur route comme Goodyear, Bridgestone, Firestone et Michelin ont aussi des divisions de pneus hors route. Dans les pneus de manutention, il faut aussi compter sur la présence de Continental. Des sociétés moins connues du consommateur moyen, comme la suédoise Trelleborg, sont aussi présentes dans le pneu industriel ou agricole.

Pour l’instant, il est beaucoup trop tôt pour penser à ouvrir une usine en Russie, dit Benoît Bessette. « Avant de se donner des moyens de production sur place, il faut bien observer les capacités du marché et s’assurer que la demande est suffisante. Nous verrons pour la suite », ajoute-t-il.

Une croissance impressionnante

Camoplast a vu le jour en 1982. Au départ, elle a été formée grâce à l’acquisition de trois divisions de Bombardier par ses fondateurs, Normand Carpentier et Michel Lasalle, pour fabriquer principalement des chenilles de motoneige.

L’entreprise a grandi avec le temps grâce à des acquisitions, dont celle, en 1992, d’Accurate Industries, qui fabriquait des composantes de camion. En 1996, elle achetait la finlandais Skega, aussi spécialisée dans les chenilles de motoneige.

Les premiers pas internationaux des produits de Camoplast ont été réalisés grâce à des partenariats avec de grands manufacturiers de véhicules et d’équipements, comme Arctic Cat ou Yamaha, et plus tard John Deere ou Caterpillar.

« C’est comme cela que l’on a commencé à voir nos produits vendus partout dans le monde », dit Benoît Bessette.

Au cours de la dernière décennie, le chiffre d’affaires de la société est passé de 100 millions à 1 milliard. Pierre Marcouiller, président et chef de la direction de l’entreprise depuis 2000, déclarait récemment à l’occasion d’une conférence à l’École d’entrepreneurship de Beauce qu’il prévoyait faire accroître le chiffre d’affaires à plus de 1,4 milliards dans son récent plan stratégique. Et c’est loin d’être terminé. Selon M. Marcouiller, l’entreprise qu’il dirige a le potentiel pour avoir plusieurs milliards de chiffre d’affaires.

Il faut dire qu’un pas de géant a été accompli en 2010, alors que Camoplast faisait l’acquisition de Solideal, qui avait déjà un réseau international bien implanté. Elle comptait déjà 6000 employés, principalement basés en Asie, venus s’ajouter aux 1400 que comptait déjà Camoplast.

Solideal, fondée en Belgique en 1984, était déjà un joueur important dans fabrication de pneus, roues et chenilles en caoutchouc pour les marchés industriels et de la construction, et possédait des usines en Chine, en Corée du Sud et sept au Sri Lanka, où sont basés la majorité de ses employés. Une localisation nécessaire pour être près de la matière première dont on fait le caoutchouc, le latex provenant de l’hévéa, un arbre qui pousse dans les régions tropicales.

Au Québec, les systèmes de VTT sont toujours fabriqués à Shawinigan, tandis que d’autres produits, dont les chenilles agricoles, sont fabriqués aux États-Unis. Un centre de recherche et de développement est situé au siège social, à Magog, et un autre à Gent en Belgique.

Photo de Benoît Bessette, Camoplast Solideal (photo Camoplast)
Cet article a été publié une première fois sur le site d’Affaires sans frontières