Affaires et économie

Pipeline ou pas pipeline?

Le Québec trouve-t-il son compte dans le gigantesque projet de 12 milliards de dollars de TransCanada qui veut transporter par oléoduc le pétrole de l’Ouest canadien vers les raffineries de l’Est?

Photo: Getty Images
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Le projet soulève en effet de sérieuses questions. En voici quelques-unes.

Pétrole ou pas pétrole?

C’est l’enjeu principal. Nos verts professionnels n’en veulent pas et lui préfèrent les énergies dites alternatives. Malheureusement, ces énergies sont chères et ne réussissent pas encore à s’imposer sur le marché. Leur temps viendra, mais en attendant les terriens consomment 89 millions de barils de pétrole par jour. C’est de loin la ressource naturelle la plus transigée au monde. Nous faisons notre part: les Québécois en consomment environ 14 milliards de litres par année, surtout pour leur autos et leurs camions.

Importer ou exporter?

Sans surprise, Stephen Guilbeault, le directeur principal d’Équiterre, a réitéré son aversion totale et définitive pour tout ce qui touche les hydrocarbures. Il m’a quand même étonné quand il a dénoncé avec dédain ce projet qui aurait le malheur de transporter du pétrole «destiné aux marchés d’exportation». En effet, une partie du pétrole serait acheminé à de nouvelles installations portuaires construites à Québec et à Saint John, au Nouveau-Brunswick, pour desservir d’autres marchés.

Je peux trouver qu’on exagère quelquefois le rôle des exportations dans la santé économique d’un pays, mais il ne faudrait pas lever le nez avec mépris sur les ventes que nous réalisons à l’étranger. Le Canada et le Québec sont des économies particulièrement ouvertes, qui dépendent en partie du commerce international pour assurer les emplois et notre niveau de vie. Dire non à tous les projets de pipeline, cela veut dire en bout de piste qu’on préfère importer le pétrole étranger.

Par bateau, train ou pipeline?

Que va-t-il se passer si les écologistes ont gain de cause et réussissent à empêcher les projet de TransCanada et d’Enbridge? Ce sera le statu quo. Des pétroliers continueront d’approvisionner la raffinerie de Saint-Romuald, en face de Québec et il y a toujours cet oléoduc en service depuis 1941 entre Portland, au Maine, et Montréal pour la raffinerie de Suncor. Si on tient à utiliser du pétrole de l’Ouest, on utilisera le train, tout simplement. La mort des projets ne veut pas dire la mort du pétrole ni l’élimination de tous les risques.

Une étude de l’Agence mondiale de l’Énergie réalisée à partir de données américaines pour la période allant de 2004 à 2012, conclut qu’il y a plus de déversement en train, mais que ceux-ci sont plus importants quand il s’agit d’oléoducs. C’était avant deux gros accidents ferroviaires, le déversement de mars 2013 au Minnesota et celui de Lac-Mégantic.

Il ne faut pas oublier quand on compare leur bilan que le train ne transporte que 10% de la production pétrolière nord-américaine. Les pipelines sont utilisés depuis 1853 au Canada et l’ensemble des canalisations couvre 82 500 kilomètres. On y transportait en 2011 5,3 milliards de pieds cubes de gaz naturel et 1,2 milliard de barils de pétrole brut et de produits pétroliers.

Les retombées

Elles sont difficiles à évaluer tant que le projet n’est pas soumis dans les détails à l’Office national de l’Énergie. On devine qu’une bonne partie des 1400 kilomètres de canalisation qu’il faudra construire le seront en territoire québécois. Voilà des emplois dans la construction, qui devraient compenser en partie les ralentissements dans les infrastructures publiques et le résidentiel.

Les raffineries québécoises auront une nouvelle source d’approvisionnement potentielle. Le Québec est, ne l’oublions pas, un exportateur net de produits pétroliers raffinés.

De façon indirecte, les finances du gouvernement fédéral sont au mieux quand l’industrie pétrolière carbure à plein régime et les calculs sur lesquels est établi le programme de péréquation deviennent plus avantageux pour le Québec.

Pipeline contre pipeline

Enbridge et TransCanada ont tous les deux l’intention d’approvisionner l’Est canadien de pétrole de l’Ouest. Si leurs intérêts concordent en ce qui a trait à l’acceptation sociale de l’oléoduc comme moyen de transport, il s’agit néanmoins de projets concurrents.

Enbridge est déjà en très bonne intelligence avec Valéro, qui exploite la raffinerie de Saint-Romuald.

Gaz Métro s’inquiète par ailleurs que ses approvisionnements de gaz naturel en provenance de l’Ouest canadien soient compromis si le projet de TransCanada voit le jour. En effet, la grande partie de ce projet consiste à transformer un gazoduc existant en oléoduc. Il est bon que vous sachiez aussi qu’Enbridge est un actionnaire de Gaz Métro.

Où Gaz Métro pourrait-t-il s’approvisionner si la canalisation en provenance de l’Ouest est coupée? En augmentant ses achats actuels dans le Nord-Est des États-Unis. Vous l’avez deviné, il s’agit ici de gaz de schiste.

Enfin, j’ai le malheur de rappeler à ceux qui aiment les clivages entre d’un côté les méchantes énergies polluantes et de l’autre les belles énergies vertes, que TransCanada, Enbridge et Gaz Métro sont tous les trois propriétaires d’éoliennes; TransCanada et Gaz Métro sur le territoire québécois.