Affaires et économie

Comment se comparent le Québec et l’Ontario en niveau de vie ?

En matière de consommation privée des ménages, le retard du niveau de vie du Québec par rapport à celui de l’Ontario était de 1 % en 2012.

Blogue EconomieLorsqu’on veut comparer les niveaux de vie moyens de deux villes ou de deux provinces, il faut mesurer les revenus en dollars qui sont dépensés par habitant, mais il est également indispensable d’avoir une bonne idée des prix des biens et des services qui sont achetés avec ces revenus. Car c’est le volume réel des biens et services consommé qui mesure le niveau de vie, et non pas les dollars comme tels. Ce volume réel consommé est égal au rapport entre les dollars de revenu et le niveau moyen des prix.

Un exemple peut aiguiser l’intuition. Supposons que je dépense 84 dollars dans l’année au Québec pour acheter des pommes de laitue iceberg, tandis que mon voisin ontarien consacre 90 dollars au même poste. Par contre, je paie chaque pomme 1,50 dollar et lui, 1,80 dollar. Je vais donc pouvoir me procurer 56 pommes et lui, seulement 50. De nous deux, c’est évidemment moi qui ai le niveau de vie de plus élevé. Mon volume réel de pommes de laitue consommé (56) est supérieur au sien (50) malgré que ma dépense en dollars (84 dollars) soit inférieure à la sienne (90 dollars).

Le problème se pose exactement de cette façon quand on veut comparer les niveaux de vie de l’ensemble du Québec et de l’ensemble de l’Ontario.

Gardons notre attention sur la consommation privée des ménages, qui est la source la plus importante de leur niveau de vie. (Il y a aussi leur consommation de services publics et leur accès au temps de loisir, mais faisons-en abstraction pour simplifier.) En 2012, selon Statistique Canada, le revenu qui a été consacré à la consommation privée s’est chiffré à 26 230 dollars par habitant au Québec et à 29 020 dollars par habitant en Ontario. En dollars, les Québécois ont donc dépensé 9,6 % de moins par habitant que les Ontariens.

Vous me voyez venir. Pour compléter la comparaison des niveaux de vie, il faut savoir dans quelle mesure les prix des biens et services consommés par les ménages ont été différents dans les deux provinces cette année-là. Nous avons tous l’impression que la vie coûte moins cher au Québec qu’en Ontario. Est-ce bien le cas ?

Les prix à la consommation : 13 % plus bas à Montréal qu’à Toronto selon Statistique Canada

Commençons par comparer Montréal et Toronto. Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), un appartement coûte de 35 à 40 % moins cher à louer à Montréal qu’à Toronto. Les prix des maisons neuves ou en revente sont de 40 % à 50 % moins élevés à Montréal. Pour l’électricité résidentielle, selon Hydro-Québec, c’est 40 % moins cher à Montréal. Au Québec, la garde d’un enfant coûte 7 dollars par jour ; en Ontario, c’est quatre à six fois plus cher.

Il y a quelques produits dont les prix sont plus élevés à Montréal qu’à Toronto. Des exemples : l’essence, le riz, la bière, les tomates, les courses de taxi. Ce sont les exceptions qui confirment la règle.

Mais sortons des exemples particuliers et considérons le portrait d’ensemble que trace l’enquête mensuelle de Statistique Canada sur les prix à la consommation. Cette enquête est basée sur un échantillon de 80 000 relevés de prix de 600 produits de consommation à travers le Canada. Selon les indices comparatifs que l’organisme publie périodiquement pour les grandes villes canadiennes, les prix à la consommation étaient en moyenne 13 % plus bas à Montréal qu’à Toronto en octobre 2012.

Cette différence de prix n’a pas tendance à se résorber avec le temps. L’indice des prix à la consommation a même augmenté un peu moins à Montréal et dans l’ensemble du Québec qu’à Toronto et dans l’ensemble de l’Ontario depuis quinze ans, de sorte que l’écart entre les deux villes et les deux provinces s’est, au contraire, légèrement accru pendant cette période.

Le tableau ci-dessous présente les résultats d’octobre 2012 pour divers groupes de biens et de services. Parmi les articles qui affichaient des prix beaucoup plus bas à Montréal qu’à Toronto, on note le logement (locatif ou en propriété), l’électricité, la garde d’enfants, les dépenses d’automobile autres que l’essence et les droits de scolarité universitaire. Par contre, l’essence ressort plus chère à Montréal qu’à Toronto.

Tableau. Écarts entre les prix de divers groupes de biens et de services à la consommation à Montréal et à Toronto en octobre 2012

Groupe

Prix à Montréal par rapport aux prix à Toronto

Aliments achetés en magasin

+3 %

Aliments achetés au restaurant

-3 %

Logement locatif

-29 %

Logement en propriété

-26 %

Eau, électricité, gaz, mazout

-27 %

Dépenses courantes du ménage (y compris les services de garde d’enfants)

-9 %

Ameublement et articles ménagers

+2 %

Achat et location d’automobiles

+1 %

Essence

+10 %

Autres dépenses pour l’automobile

-30 %

Autobus, métro, taxi, avion, train

-3 %

Soins de santé et soins personnels

-1 %

Loisirs

-8 %

Éducation, formation, lecture

-53 %

Alcools et tabacs

-4 %

Ensemble

-13 %

Source : Statistique Canada, L’indice des prix à la consommation, no 62-001 au catalogue.

Au total, Statistique Canada calcule que l’indice d’ensemble était 13 % plus bas à Montréal qu’à Toronto. Mais ce résultat de l’agence nationale de statistique est-il fiable ?

Le logement à Montréal : moins cher parce que de qualité inférieure ?

Un chargé de cours de HEC Montréal, M. Vincent Geloso, vient d’en contester la validité. Dans un document de recherche récemment publié par le Centre sur la productivité et la prospérité de l’institution, cet auteur rejette l’idée que les prix à la consommation soient plus bas au Québec qu’en Ontario. Il affirme non seulement que le coût de la vie au Québec n’est pas inférieur à celui de l’Ontario, mais qu’« au contraire, il est plus élevé. »

Il avance trois arguments pour soutenir ce point de vue.

Le premier argument est que, « si le coût de la vie au Québec apparaît plus bas dans les statistiques, c’est parce que celles-ci ne considèrent pas la qualité inférieure des biens consommés au Québec par rapport au reste du Canada. » Selon lui, c’est pure illusion que de croire que le coût du logement de 25 à 30 % plus bas à Montréal qu’à Toronto enregistré par Statistique Canada et rapporté au tableau ci-dessus résulte d’un coût de la vie plus faible dans la métropole québécoise.

À son avis, le coût du logement à Montréal est plus bas non pas parce que des logements qui sont identiques dans les deux villes coûtent moins cher à Montréal qu’à Toronto, mais uniquement parce que les Montréalais sont moins riches que les Torontois et, par conséquent, occupent des logements de moins bonne qualité, donc moins chers.

Cette interprétation des données de Statistique Canada sur l’écart entre les prix à Montréal et à Toronto est incorrecte. L’organisme déploie depuis toujours d’immenses efforts pour éviter que les différences de prix qu’il enregistre et publie puissent être attribuées à des différences de qualité. Un exemple de ces efforts est que, pour parvenir à cette fin dans le cas particulier du logement locatif, il réalise 15 000 lectures de loyers chaque mois sur les 80 000 relevés que comprend l’enquête entière sur les prix à la consommation.

Dans le cas des comparaisons entre villes, Statistique Canada dit chercher à s’assurer que « les produits sélectionnés soient très semblables » et que « les variations des niveaux d’indice entre villes [soient] causées par des écarts de prix pur et non par des différences dans les caractéristiques des biens ou services, telles la taille et/ou la qualité. » Lorsqu’il rapporte un écart de 25 à 30 % entre Montréal et Toronto pour le coût du logement, l’organisme a déjà fait tout ce qu’il a pu pour que la comparaison s’applique à des logements qui ont les mêmes caractéristiques et sont de même qualité dans les deux villes.

M. Geloso n’a pas tort de penser que les Montréalais occupent en moyenne des logements plus modestes que les Torontois. On peut le voir en comparant les résultats publiés par Statistique Canada à ceux de la SCHL pour le loyer du logement locatif. Selon la SCHL, tel que mentionné plus haut, le loyer moyen des appartements à Montréal était de 35 à 40 % plus bas qu’à Toronto en 2012. Selon Statistique Canada, le loyer moyen à Montréal était plutôt 29 % plus bas (voir le tableau).

La différence de 6 à 11 points entre les deux estimations résulte du fait que la comparaison de la SCHL couvre les différences de loyers entre les appartements de toutes qualités, tandis que celle de Statistique Canada ne porte que sur les différences de loyers entre appartements de caractéristiques et de qualités identiques.

Autrement dit, si le chiffre de Statistique Canada est moins élevé que celui de la SCHL, c’est précisément qu’il se trouve à purger le chiffre de la SCHL du fait que les Montréalais font des choix différents et optent pour des logements plus modestes. En retranchant cet effet, l’organisme statistique se trouve à comparer seulement des logements comparables en qualité. Son estimation d’un écart de loyer de 29 % entre les deux villes est une vraie différence de prix : les Montréalais paient moins cher pour la même chose.

Différences de coût de la vie : deux motifs de prudence

Statistique Canada recommande toutefois la prudence au sujet de l’utilisation des estimations rapportées au tableau ci-dessus pour mesurer les différences de coût de la vie entre les villes. Deux motifs le justifient.

Le premier motif est que « ces indices servent à la comparaison de prix de certains produits sélectionnés seulement et ne sont pas développés pour faire une comparaison exhaustive de tous les produits et services achetés par les consommateurs. »

Il y a une raison simple pour laquelle la liste des produits qui sont assez semblables pour pouvoir faire l’objet d’une comparaison de prix valable entre villes n’est pas exhaustive. C’est que, pour certains couples de villes, le nombre de biens et de services de consommation qui sont de qualités assez semblables pour que leurs prix puissent être comparés peut être assez petit. Cela peut rendre les résultats fragiles. Pensons, par exemple, à une comparaison entre Charlottetown et Régina.

Heureusement, toutefois, ce n’est pas le cas du couple Toronto-Montréal. Ces deux villes géographiquement proches sont les plus grandes du pays. Elles offrent la plus vaste sélection de produits semblables dont les prix peuvent être comparés. Statistique Canada rapporte d’ailleurs avoir procédé à un couplage attentif et particulier des produits des deux métropoles. La comparaison des prix de Montréal et de Toronto est sans contredit la plus fiable de toutes.

Le second motif de prudence est que, selon Statistique Canada, « le concept utilisé pour les indices de prix du logement n’est pas propice aux comparaisons du coût de la vie entre les villes. »

La mise en garde s’applique aux logements en propriété. Dans leur cas, les indices de prix utilisés ne sont pas basés directement sur les débours des propriétaires, comme les frais d’intérêt hypothécaires, les coûts d’entretien et de réparation, les primes d’assurances, les taxes foncières, etc. À la place, Statistique Canada, imitant en cela le Bureau of Labor Statistics américain, utilise le marché de la location pour obtenir une approximation des coûts des services de logement consommés par les propriétaires dans chaque ville.

À long terme, les indices de prix qui résultent de cette méthode dite d’« équivalence locative » retrouvent ceux qui sont basés sur la méthode des « débours des propriétaires ». Par contre, à court terme, les indices de prix qui proviennent de ces deux méthodes peuvent diverger, puisque l’équivalence locative ne représente pas les débours des propriétaires. C’est pourquoi Statistique Canada déconseille d’utiliser ses indices lorsqu’on veut mesurer, comme telles, les différences de pouvoir d’achat ou de coût de la vie des propriétaires entre les villes.

Heureusement encore une fois, Statistique Canada note que la méthode d’équivalence locative employée pour construire ses indices de prix est exactement la même que celle qu’il utilise dans les comptes économiques nationaux pour estimer les dépenses de consommation en dollars pour le logement en propriété.

Ainsi, bien que les indices de prix pour le logement en propriété s’écartent des notions de pouvoir d’achat du dollar de consommation et de coût de la vie, ils sont parfaitement appropriés pour diviser les dépenses de consommation en dollars, puisque celles-ci sont basées sur le même concept d’équivalence locative. Le rapport entre les deux produit ainsi une estimation fiable du volume réel consommé.

Les produits subventionnés font-ils sous-estimer le coût de la vie ?

Le deuxième argument avancé par M. Geloso pour contester l’idée que le coût de la vie est plus bas au Québec est que « les indices du coût de la vie sont faussés par les différences de politiques publiques entre provinces canadiennes. »

Au Québec, l’électricité, la garde d’enfants et la scolarité universitaire sont subventionnées par le gouvernement provincial. Pour ces produits, les dépenses de consommation en dollars qui sont enregistrées dans les comptes économiques de Statistique Canada sont les montants subventionnés qui sont payés par les ménages. Les prix à la consommation qui sont rapportés par l’organisme, eux, sont les tarifs effectivement perçus à l’achat.

Selon M. Geloso, il est incorrect d’affirmer que ces bas prix démontrent que le coût de la vie est plus faible au Québec qu’en Ontario, où les tarifs sont loin d’être aussi fortement subventionnés. Il fait observer que les Québécois doivent payer des impôts pour financer les subventions gouvernementales qui permettent d’abaisser les prix de ces produits. Les subventions ont beau alléger le coût de la vie, les impôts ensuite prélevés pour les financer viennent annuler cet allégement.

Dans le cas des garderies, par exemple, pour chaque parent qui bénéficie du tarif quotidien de 7 dollars, il y a d’autres Québécois qui paient avec leurs impôts la subvention de 45 dollars qui est requise pour compléter le financement, le coût total d’une journée de garde étant présentement de 52 dollars. En ne tenant pas compte de ces impôts, selon M. Geloso, on se trouve à sous-estimer le vrai coût de la vie au Québec relativement à l’Ontario.

Il a tout à fait raison. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue la question à laquelle nous cherchons à répondre ici : par quel indice de prix diviser le montant en dollars qui est dépensé pour acheter un produit, afin d’obtenir le volume réel de ce produit qui est consommé ?

La réponse ne souffre d’aucune équivoque : il faut diviser la dépense subventionnée par le prix subventionné. Si je dépense annuellement 1 750 dollars pour faire garder ma fille par un CPE, je dois diviser ce montant subventionné par le prix subventionné de 7 dollars par jour afin d’obtenir le volume réel des services obtenus, soit 1 750 ÷ 7 = 250 jours de garde d’enfant. Dans le cas du parent ontarien qui débourse 10 000 dollars dans l’année au tarif quotidien de 40 dollars, le volume réel de services est le même (250 jours de garde), mais, cette fois-ci, il s’obtient en divisant le montant non subventionné par le prix non subventionné, soit 10 000 ÷ 40 = 250 jours.

Dans les deux exemples, il faut diviser la dépense enregistrée dans les comptes économiques de Statistique Canada par le prix effectivement payé à l’achat du service et inscrit par l’agence statistique. L’opération ne constitue aucunement une affirmation que la subvention à la garde rend le coût de la vie plus bas pour les Québécois. Elle reconnaît simplement que le dénominateur et le numérateur utilisés pour calculer le volume réel de services consommé, c’est-à-dire le nombre de jours de garde dans l’année, doivent être cohérents l’un par rapport à l’autre.

Les Québécois sont-ils obligés de travailler plus pour obtenir moins ?

Le troisième argument que M. Geloso fait valoir pour soutenir que le coût de la vie est plus élevé au Québec est que « les Québécois doivent travailler plus longtemps que la plupart des autres Canadiens pour obtenir les biens et services qu’ils consomment. »

Le temps de travail nécessaire pour acquérir un bien ou un service est égal au rapport entre son prix et le salaire horaire. Par exemple, si 100 litres d’essence me coûtent 154 dollars et que je gagne 22 dollars l’heure, j’aurai besoin de travailler sept heures pour me les payer. Plus je dois travailler longtemps pour obtenir un produit, plus mon pouvoir d’achat en rapport avec ce produit est faible.

Dans le but de démontrer que les Québécois doivent travailler plus longtemps pour consommer la même chose que les autres, M. Geloso compare le temps de travail requis pour acquérir 34 produits différents au Québec et en Ontario en 2013. Il se base en même temps sur le fait que les salaires étaient 9 % plus bas au Québec.

Sa démonstration est cependant irrecevable, parce que les 34 produits comparés ne sont pas statistiquement représentatifs de l’ensemble des biens et des services consommés, qui en compte plus de 600 dans l’enquête de Statistique Canada sur les prix à la consommation. Les 34 sont délibérément choisis de façon que, dans la grande majorité des cas (29 sur 34), le temps de travail nécessaire à leur acquisition ait été plus élevé au Québec qu’en Ontario en 2013.

L’auteur exclut a priori de toute considération la quasi-totalité des biens et services qui ont la propriété inverse d’exiger moins de temps de travail au Québec, dont notamment le logement. Dans le cas du locatif, par exemple, M. Geloso a rejeté antérieurement le résultat de Statistique Canada indiquant que les loyers étaient 29 % plus bas à Montréal qu’à Toronto pour des logements de même qualité en 2012. Cela lui fait négliger qu’un Torontois doive travailler en moyenne dix heures de plus par mois qu’un Montréalais pour payer le loyer d’un appartement identique dans les deux villes.

Conclusion

Statistique Canada estime qu’en moyenne, en 2012, les prix de la consommation privée des ménages étaient 13 % plus bas à Montréal qu’à Toronto. Un document du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal préparé par M. Vincent Geloso a récemment contesté cette estimation de l’agence statistique et affirmé qu’elle surestimait l’écart de coût de la vie entre les deux villes.

L’analyse des arguments avancés par M. Geloso pour soutenir son affirmation fait ressortir trois conclusions :

1) Contrairement à ce qu’affirme M. Geloso, l’écart de 25 à 30 % dans le coût du logement entre Montréal et Toronto estimé par Statistique Canada traduit non pas le fait que les Montréalais occuperaient des logements de moins bonne qualité, mais plutôt le fait que les prix sont vraiment inférieurs à Montréal pour des logements de caractéristiques et de qualités identiques.

2) M. Geloso a raison d’affirmer que les prix subventionnés de l’électricité, de la garde d’enfants et de la scolarité universitaire sous-estiment le vrai coût de ces biens et services pour la société. Mais, pour mesurer le niveau de vie, les volumes réels consommés de ces produits ne peuvent être obtenus qu’en divisant les dépenses de consommation subventionnées par ces prix subventionnés.

3) Il est vrai, comme l’observe M. Geloso, qu’au Québec un certain nombre de biens et de services commandent des prix relativement élevés, au point d’exiger des Québécois qu’ils travaillent plus d’heures qu’en Ontario pour les acquérir. Toutefois, ces biens et services ne sont pas statistiquement représentatifs de l’ensemble. Ils excluent notamment le logement.

Au sens strict, il faut reconnaître que l’écart des prix à la consommation entre Montréal et Toronto publié par Statistique Canada – 13 % en 2012 – ne peut pas être totalement interprété comme un écart de coût de la vie entre les deux villes. C’est principalement 1) en raison du traitement du logement en propriété, qui est basé sur l’équivalence locative plutôt que sur les débours des propriétaires, et 2) en raison également des impôts plus élevés qui sont nécessaires au financement des produits subventionnés (électricité, garde d’enfants, scolarité universitaire).

Cependant, afin d’obtenir le volume réel des biens et services consommé qui mesure le vrai niveau de vie des ménages, il est parfaitement approprié de diviser leurs dépenses de consommation en dollars par les prix à la consommation estimés par Statistique Canada. Lorsqu’on compare Montréal et Toronto, l’écart de prix de 13 % est celui qu’il faut utiliser à cette fin.

Par ailleurs, lorsqu’on passe d’une comparaison de niveau de vie entre Montréal et Toronto à une comparaison entre l’ensemble du Québec et l’ensemble de l’Ontario, la différence estimative des prix à la consommation pour 2012 est de l’ordre de 8,6 % plutôt que de 13 %. L’écart entre les deux provinces est plus petit que l’écart entre les deux métropoles. Cela s’explique par le fait que les prix de Montréal ne sont que légèrement supérieurs à ceux du reste du Québec, tandis que les prix de Toronto sont nettement plus élevés que ceux du reste de l’Ontario.

Comme les dépenses de consommation par habitant des Québécois en dollars ont été inférieures de 9,6 % à celles des Ontariens en 2012, mais que les prix à la consommation du Québec ont été plus faibles de 8,6 %, il faut conclure qu’en matière de consommation privée le retard du niveau de vie du Québec par rapport à celui de l’Ontario a été de 1,0  %.