Affaires et économie

La guerre du pétrole et nous

Depuis un mois, nous payons 15 cents de moins le litre d’essence, grâce à la guerre de prix que se livrent les pays producteurs. Encore mieux, cette baisse pourrait être encore plus accentuée si le prix du baril de pétrole continue de baisser.

Illustration: iStock
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C’est déjà Noël pour les automobilistes et camionneurs. Depuis un mois, nous payons 15 cents de moins le litre d’essence grâce à la guerre de prix que se livrent les pays producteurs. Encore mieux, cette baisse pourrait être encore plus accentuée si le prix du baril de pétrole continue de baisser.
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Depuis son sommet, en juillet, le prix du baril de pétrole Brent — qui sert de référence ailleurs qu’en Amérique du Nord — a chuté de 25 %. La baisse est de 28 % pour le prix nord-américain, le WTI.

Si la baisse ne se répercute pas totalement sur le prix à la pompe, c’est qu’elle est relativement récente et que les taxes — 32,2 cents le litre, à Montréal — limitent les gains que nous pourrions en tirer.

L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial, a délibérément baissé le prix de vente de son pétrole. Au début, on a cru que c’était pour rendre la vie difficile à l’Iran, le grand rival régional, et à la Russie, le deuxième exportateur mondial.

En agissant ainsi, l’Arabie saoudite affaiblit aussi par la bande le groupe terroriste État islamique, qui se finance en vendant du pétrole saisi dans ses conquêtes territoriales.

Oublions les enjeux politiques, car il s’agirait plutôt d’une simple guerre de parts de marché. Producteur à faible coût, l’Arabie saoudite ne veut pas voir ses clients lui préférer du pétrole provenant des États-Unis et d’ailleurs, dont le coût de production est plus élevé. Les Américains sont devenus, cette année, le premier producteur mondial de gaz et de pétrole grâce à la fracturation hydraulique.

Pour les Québécois, les effets de cette baisse du prix du pétrole sont plutôt bénéfiques — du moins à court terme.

Il reste plus d’argent dans nos poches pour acheter d’autres biens ou épargner davantage. D’autres secteurs de l’économie devraient donc en profiter. Pensons aussi à la diminution des coûts de transport, avec la dilution du prix du kérosène et du diesel.

La baisse du prix du baril de pétrole se répercute sur le dollar canadien, qui se trouve sous les 88 cents américains. Les exportateurs manufacturiers du centre du pays devraient en profiter.

Malheureusement, il n’y a pas que des retombées positives.

Si vous êtes un militant environnementaliste, vous serez déçu d’apprendre que les ventes de véhicules sont en forte hausse depuis quelques mois au Canada et aux États-Unis, parce que le prix de l’essence est moins cher. Pire, les consommateurs achètent davantage de gros véhicules que de petites voitures économiques peu gourmandes en essence. Dans leur tête, ce n’est plus nécessaire.

La conversion d’un parc d’automobiles à l’énergie fossile à un parc de véhicules électriques sera beaucoup plus difficile si le prix de l’essence est bas. Le consommateur n’y trouvera tout simplement pas son compte. De plus, les investisseurs seront encore plus prudents avant de placer leurs billes dans les technologies propres.

Si vous êtes un investisseur boursier, vous avez aussi constaté que l’indice de la Bourse de Toronto est composé de plusieurs titres énergétiques et qu’il subit de plein fouet la baisse du prix du carburant. Ce n’est pas très bon pour nos épargnes et pour nos fonds de pension.

En voulant inonder le marché de leur pétrole pas cher, les Saoudiens découragent enfin l’investissement dans de nouveaux gisements.

Pour nourrir une demande quotidienne de 93,5 millions de barils par jour, l’industrie pétrolière est un acteur de poids dans l’économie mondiale, avec des investissements mondiaux de 720 milliards de dollars américains en 2013. Plusieurs de ces investissements seront remis en question si le coût d’extraction des nouveaux gisements est supérieur au prix de vente sur les marchés mondiaux.

De nouveaux gisements, comme ceux que l’on pourrait trouver à l’île Anticosti, pourraient être facilement oubliés si le pétrole reste bon marché.

Enfin, une baisse du prix du pétrole et une diminution des investissements auront des répercussions sur les revenus des provinces productrices et du gouvernement fédéral.

N’oublions pas que les paiements de péréquation distribués par le gouvernement fédéral sont calculés à partir de la capacité fiscale de chacune des provinces, incluant les sommes obtenues de leurs ressources naturelles.

Les résidants et les entreprises de l’Alberta sont de grands contributeurs à ce programme et le Québec un grand bénéficiaire. Une détérioration de l’économie albertaine ne serait pas sans conséquence.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.