Affaires et économie

Industrie de la construction : le mystère canadien

Dans les cocktails des foires internationales de la construction, on parle du «mystère canadien». Car les plus grandes entreprises de construction du Canada sont des naines !

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Photo : Getty Images

Dans les cocktails des foires internationales de la construction, on parle du « mystère canadien ». Car les plus grandes entreprises de construction du Canada sont des naines. SNC-Lavalin ne se classe qu’au 100e rang des plus grandes sociétés du monde. Et la géante au pays, PCL Construction Enterprises, d’Edmonton, arrive 48e !

Pourtant, le marché canadien de la construction est considérable : environ 4 % de l’industrie mondiale, selon Global Construction 2025, une grande étude effectuée par Oxford Economics dans les 46 pays qui représentent plus des trois quarts du marché de la planète.

Le marché canadien, quoique nettement moins important que les marchés chinois (18 %), américain (12 %) ou japonais (8 %), est tout de même égal à ceux de la France et de l’Allemagne. Or, les multinationales française et allemande Vinci et Hochtief occupent les 5e et 7e rangs !

Qu’est-ce qui freine les grandes entreprises canadiennes ?

Question de présentation, d’abord. Vinci attribue 100 % de son chiffre d’affaires à la construction, alors qu’une large part provient des concessions (elle exploite un peu plus du tiers des 12 000 km d’autoroutes en France).

En comparaison, SNC-Lavalin n’attribue que 40 % de son chiffre d’affaires de huit milliards de dollars à la construction. Son activité d’ingénierie — quatre milliards de dollars — la place 8e parmi les sociétés d’ingénierie. Si elle attribuait la totalité de son chiffre d’affaires à la construction, elle tiendrait la 50e place.

Malgré ces mises au point, les géantes canadiennes restent beaucoup plus petites que leurs concurrentes françaises, allemandes, espagnoles. Pourquoi ?

Il y a surtout une question de choix et de marché.

Les sociétés canadiennes n’ont pas fait d’aussi grandes acquisitions pour assurer leur croissance. La française Vinci a déboursé des milliards pour acquérir ses deux principales concurrentes britanniques. Quant à SNC-Lavalin, elle cultive sa spécialité en ingénierie et refuse de faire de la construction pour seulement « faire du chiffre ».

En outre, l’entretien des infrastructures est, depuis 50 ans, le grand négligé des budgets canadiens, ce qui prive les constructeurs nationaux de milliards de dollars en contrats récurrents. Cela se mesure : la construction ne représente que 6 % du PIB canadien, contre 10 % pour la moyenne des pays développés et presque 17 % pour les pays émergents.

Les « naines » canadiennes ont tout de même du potentiel. SNC-Lavalin tire le tiers de ses revenus de construction et d’ingénierie de contrats à l’étranger. Pour PCL, c’est 75 %. Soit presque 20 fois plus que la moyenne des sociétés chinoises, qui dépendent presque entièrement de leur marché intérieur.

Les sociétés canadiennes sont donc bien placées pour surfer sur la tendance mondiale, car la croissance la plus forte viendra de l’étranger. D’ici 2025, les pays émergents passeront de 33 % à 65 % du marché mondial de la construction.

Il faudra construire, entre autres, 270 millions de logements et maisons en Chine et en Inde d’ici 10 ans. Il en faudra 27,5 millions au Brésil et encore 20 millions au Nigeria, soit autant qu’aux États-Unis !

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LES GÉANTES MONDIALES DE LA CONSTRUCTION

Ce classement est basé sur les revenus attribués à la construction par les sociétés participantes.

1. China State Construction & Engineering : 97 870,2 milliards $US
2. China Railway Construction : 96 195 milliards $US
3. China Railway Group : 88 944  milliards $US
4. China Communications Construction Group : 54 181,7 milliards $US
5. Vinci (France) : 54 107 milliards $US
6. Grupo ACS (Espagne) : 51 029,3 milliards $US
7. Hochtief (Allemagne) : 37 012,8 milliards $US
8. Bouygues (France) : 35 993 milliards $US
9. Bechtel (É.-U.) : 30 706 milliards $US
10. China Metallurgical Group : 27 256,3 milliards $US
48. PCL Construction Enterprises (Edmonton) : 7 350,9 milliards $US
100. SNC-Lavalin (Montréal) : 3 023 milliards $US

(Source : Engineering News-Record)