L’économie en 2015 : le champ de mines

Quels sont ces événements que nos ministres des Finances, Joe Oliver et Carlos Leitao, peuvent difficilement anticiper, et sur lesquels ils n’ont aucune espèce de contrôle ? En voici quelques-uns.

prix_petrole_largeBlogue EconomieComme toutes les années, celle qui s’amorce cette semaine sera parsemée d’embûches et de pièges.

Si ceux-ci sont généralement prévisibles, bien malin (et très chanceux) est celui qui peut prédire quels en seront les répercussions et les conséquences.

Quels sont ces événements que nos ministres des Finances, Joe Oliver et Carlos Leitao, peuvent difficilement anticiper, et sur lesquels ils n’ont aucune espèce de contrôle ? En voici quelques-uns, capables d’influer ou de marquer la conjoncture économique.

Le prix du pétrole continuera-t-il de baisser en 2015 — et si oui, jusqu’à quel niveau ? Et pour combien de temps, avant d’amorcer un mouvement à la hausse ? Quelles seraient les répercussions d’une baisse prolongée sur l’activité économique dans l’ouest du pays et sur les recettes du gouvernement fédéral ?

La reprise américaine peut-elle tenir en circuit fermé, alors que l’Europe et le Japon stagnent ? Que la Russie, le Venezuela, le Nigeria et d’autres importants producteurs de pétrole s’étouffent ? Et que la Chine et la plupart des autres pays émergents ralentissent ?

Si l’économie américaine poursuit sa lancée, la Fed, la banque centrale américaine, décidera-t-elle de hausser son taux directeur ? Cette décision aura-t-elle des conséquences au Canada et pourrait-elle influer sur la décision de la Banque du Canada qui maintient son taux de financement à un jour à 1 % depuis septembre 2010 ?

La Grèce se trouvera-t-elle en défaut de paiement si le parti d’extrême gauche qui mène aujourd’hui dans les sondages gagne les élections du 25 janvier ? L’onde de choc produite par un tel résultat menacera-t-elle l’euro ou affaiblira-t-elle davantage les pays européens détenteurs de titres d’emprunt grecs ? L’un ou l’autre de ces scénarios pourrait-il nous conduire vers une nouvelle crise financière ?

Le groupe autoproclamé État islamique est-il stoppé ou juste ralenti par les frappes aériennes ? De nouveaux attentats terroristes sont-ils en train de se préparer ? La Chine et le Japon régleront-ils de façon pacifique leur différend territorial en mer de Chine ? La Russie prépare-t-elle une invasion de toute l’Ukraine — invasion qui détournerait l’attention des Russes subissant de front les chocs de l’embargo occidental et la chute du prix du pétrole ?

Le virus Ebola semble relativement contenu, mais rien n’indique qu’il ne réussira pas à s’implanter en Europe ou en Amérique. Quelles seront les répercussions pour le décollage économique de l’Afrique, et sur l’ensemble des pays qui sont ou seront touchés ?

On le voit bien : les risques économiques et géopolitiques sont nombreux. Chacun de ces événements peut conduire à un enchaînement de conséquences aujourd’hui imprévisibles, ou jugées non probables. Nous vivons sur un champ de mines, sans avoir exactement ce qui peut nous sauter en pleine face.

C’est sans compter les actions délibérées de pays comme l’Arabie saoudite, décidée à maintenir le pétrole au plus bas coût possible pour se débarrasser de concurrents, ou de sociétés minières qui jouent le même jeu avec le fer. Dans les deux cas, les prix mondiaux ont été cassés en deux.

Le marché est mondial, et ce n’est pas nous au Québec ni au Canada qui allons décider quel prix nous obtiendrons pour le minerai extrait sur notre territoire, ni quel prix nous paierons pour le pétrole que nous consommerons.

Et je n’essaie même pas d’extrapoler la réaction des marchés à tous ces événements. Pour le moment, la seule reprise américaine les pousse à la hausse. En revanche, nous savons qu’ils sont plus réactifs que la nitroglycérine et que tout peut basculer.

L’année 2014 se termine dans une sorte de douce euphorie sur les places financières, mais la Bourse peut-elle rester longtemps décollée d’une conjoncture économique et politique qui s’assombrirait soudainement ? Poser la question, c’est y répondre.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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Et cela sans compter sur les dépenses des ménages québécois qui tourneront surement au ralenti après les hausses d’impôts, de taxes et de tarifs de 2014 et celles qui viendront en mars 2015…………………..

« La Banque du Canada devra-t-elle en tenir compte et hausser son propre taux pour éviter que l’écart se creuse entre les dollars américain et canadien ? »

… On pourrait s’attendre qu’un chroniqueur économique sache que la Banque du Canada n’a pas comme rôle d’influencer le taux de change, qu’elle n’a pas comme rôle de maintenir le taux de change fixe (d’ailleurs si c’était le cas, pourquoi devrait-il être de 1 par rapport au USD?), que le taux de change n’est qu’un canal par lequel passe la politique monétaire et que Stephen Poloz résumait bien l’attitude de la Banque vis-à-vis du taux de change dans son discours sur le flottement du huard du 16 septembre dernier.

« Tout cela ne signifie pas pour autant que les variations du taux de change nous laissent indifférents. En fait, nous analysons de près les effets des mouvements de change sur l’économie. Notre objectif, toutefois, n’est pas d’atteindre une valeur particulière pour le dollar. L’objectif est d’atteindre notre cible d’inflation ».

On pourrait s’attendre que l’objectif unique de la politique monétaire canadienne soit connu d’un chroniqueur économique… C’est quand même la base.

J’ai reformulé le passage. Merci. J’avais en tête ce que disait M. Poloz quand il attribuait le taux d’inflation de 2,4 % en octobre en partie à la baisse du dollar canadien.

— « Ouvrez, ouvrez les frontières des États, des systèmes politiques et économiques, ainsi que les immenses domaines de la culture, du développement et de la civilisation. N’ayez pas peur ! » — Jean-Paul II (22 octobre 1978, sur la place Saint-Pierre de Rome)

Voici une douzaine de jours, Bloomberg publiait une infographie intitulée : « A Pessimist’s Guide to the World in 2015 » ; on peut la consulter par l’adresse ci-dessous :
http://www.bloomberg.com/graphics/2015-flash-points/

Cette infographie établit en quelques 15 points, les potentielles frictions dans le monde qui pourraient faire basculer la planète dans toutes les formes d’embrasement. Même notre cher Canada ne serait pas le moins du monde à l’abri puisqu’il se livrerait une possible bataille entre le Danemark, la Russie, la Norvège, les États-Unis et nous-même pour obtenir le contrôle de l’Arctique. Déjà voici quelques semaines, le riche Danemark réclamait pour lui seul le Pôle Nord. C’est tout dire !

La vérité, c’est que depuis quelques millénaires, c’est la peur qui domine le monde. La peur fait vendre plein de choses inutiles, elle conduit de la même façon les êtres humains à quelques formes de transcendances, justifie toutes les formes de transgressions pour les uns et à l’acceptation de toutes sortes de sacrifices pour les autres.

Pourquoi à ce chapitre, l’année 2015 serait-elle différente de ce qui se fait depuis des lustres ?

Rien n’empêche cependant, les gens, les pays, les communautés, les États de rechercher l’inverse : la paix, la tranquillité, le bien-être pour tout le monde et tout plein d’activités qui apportent de la joie, de l’abondance, du plaisir, de la satisfaction, du bienêtre.

— Nous avons le choix.

Bonne année à vous Pierre Duhamel et souhaitons justement que cette année 2015 soit marquée par le signe de l’ouverture pour une détente généralisée enfin restaurée.

Parlant d’économie, voici les comptes économiques des revenus et dépenses du Québec de 2014 et ce n’est pas une bonne nouvelle pour les séparatistes:

http://www.antagoniste.net/2015/01/07/le-prix-de-lindependance-2/

Extrait:

« Autrement dit, pour que l’indépendance soit à coût nul pour le Québec, le gouvernement devrait aller chercher 15,832 milliards de dollars dans les poches des Québécois, soit l’équivalent de 1 927$/habitant (ce qui représente 7 709$ pour une famille de 2 adultes et 2 enfants). Ce n’est pas donné l’indépendance…

P.-S. Cette année, le Québec va recevoir la somme record de 9,5 milliards en péréquation, un programme qui est exclusivement réservé aux provinces pauvres. Autrement dit, même si le Québec ne représente que 23% de la population, nous allons recevoir 55% de la péréquation. »

Des idées pour nous extorquer tous ces milliards PAR ANNÉE les péquistes?

Interprétations d’un grognon libertarien.

Autrement dit le fédéral nous ferait un cadeau de 15,832 milliards pis tu croé ça.

Tu croé que les autres provinces nous font ce cadeau de 15,832 milliards parce qu’ils veulent nous garder.

Wa haha!

Les libertariens et les dretteux sont ou naïf ou malhonnêtes? Moi je pense que c’est le deuxième.