Affaires et économie

PKP et les états d’âme de la gauche péquiste

Publié plus tôt cette semaine, le livre PKP dans tous ses états fait parler de lui depuis quelque temps déjà. Et Pierre Duhamel a des opinions qui divergent de celles de l’auteur Pierre Dubuc au sujet de l’homme d’affaires derrière Pierre Karl Péladeau.

Le livre de Pierre Dubuc, PKP dans tous ses états, a fait beaucoup parler de lui à la veille du conseil national du Parti québécois, au début du mois.

Une fuite bien orchestrée faisait mention de son contenu, qui relate les échecs en affaires du député Pierre Karl Péladeau et de ses accointances fédérales au moment où les candidats à la chefferie du PQ prononçaient leurs premiers discours devant les militants du parti.
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Le livre a été publié cette semaine. L’auteur, identifié à l’aile gauche du PQ, veut déboulonner le mythe de grand entrepreneur et de bâtisseur de M. Péladeau. Il s’attarde longuement aux pratiques et au discours antisyndical tenu par ce patron souvent intempestif, de même qu’à ses relations avec Brian Mulroney et Stephen Harper.

J’ai l’impression que Pierre Dubuc mène un combat perdu d’avance et que les militants péquistes ne voient chez Pierre Karl Péladeau qu’un homme providentiel, le seul qui soit capable de convaincre les Québécois de la nécessité et de la viabilité de l’indépendance.

Le regard de Dubuc est celui d’un adversaire politique. Il est acerbe et il juge sévèrement les efforts de M. Péladeau pour plaire à la droite canadienne-anglaise et au premier ministre Harper via les journaux de Sun Média et de la chaîne de télé Sun News. Il critique fortement les 14 lock-outs imposés aux employés du groupe au fil des ans.

Il raconte aussi les circonstances ayant conduit à la disparition de Quebecor World, qui était le premier imprimeur au monde. C’est en effet un échec retentissant. Un échec qui aurait pu être évité si Pierre Karl Péladeau s’était rendu aux arguments des dirigeants de Quebecor World, qui voulaient vendre l’entreprise quelques années avant qu’elle ne se mettre à l’abri de ses créanciers, en 2008.

L’histoire de Pierre Karl Péladeau en affaires est quasiment épique. Dès son arrivée en poste après le décès de son père, il achète l’imprimeur World Color pour 2,7 milliards de dollars. Quelques mois plus tard, à l’automne de 1998, il achète les journaux de Sun Media pour presque un milliard — beaucoup plus que ce que son père avait été prêt à payer deux années auparavant.

Il a aussi payé très cher Vidéotron en 2000, malgré l’appui et les capitaux de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Il doit emprunter près d’un milliard de dollars et mettre sur la table presque tous les actifs qu’il possède en dehors d’Imprimeries Québecor. Quelques mois après cette transaction, les titres d’entreprises technologiques s’effondrent, et Pierre Karl Péladeau se retrouve avec une entreprise très endettée, sans compter un actif de moindre valeur que ce qu’il avait payé.

Et c’est là que je diverge d’opinion avec Pierre Dubuc.

Pour sauver son investissement, Pierre Karl Péladeau devait diminuer les coûts d’exploitation de Vidéotron et rehausser la qualité du service, tout en investissant dans la technologie. Il fallait mener une véritable politique d’austérité et diriger la compagnie avec une main de fer. Ce n’était pas une question de choix, mais une nécessité absolue. Voilà qui explique les durs conflits de travail.

Pierre Karl Péladeau a sauvé Vidéotron, mais il n’a pas su éviter le naufrage de Quebecor World, qui regroupait 160 imprimeries réparties dans 15 pays et employant 60 000 personnes. Pendant qu’il se dépêtrait avec Vidéotron, la dette colossale de l’imprimeur et les changements successifs à la tête de l’entreprise — six présidents en cinq ans ! — ont conduit l’entreprise à sa perte, dans un environnement commercial plus difficile.

Je fais donc un constat plus contrasté de l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau. Il a acheté souvent trop cher, il a connu un échec retentissant avec Quebecor World et il s’est montré souvent très dur avec ses collaborateurs et ses employés. Il a peut-être trop tardé avant de s’engager dans les canaux de télévision spécialisés.

Certains lui reprocheront d’avoir manœuvré auprès des gouvernements pour tenter d’obtenir des avantages pour son entreprise, comme l’adjudication à coût moindre des bandes passantes pour la téléphonie cellulaire au fédéral et le financement de l’amphithéâtre de Québec. On peut aussi lui faire remarquer que ses médias ont été en parfait synchronisme avec ses intérêts d’affaires au Canada anglais et au Québec.

En revanche, il a fait de Vidéotron un géant des télécommunications réputé pour la qualité de son service à la clientèle, et qui est devenu un chef de file en téléphonie conventionnelle et cellulaire au Québec. Sa stratégie de convergence a été payante et a permis à TVA de maintenir au Québec sa position de tête en télévision.

En 2002, au plus fort de la tempête, Pierre Karl Péladeau déclarait au Globe and Mail qu’«il [n’était] pas payé pour être populaire et qu’il [n’était] pas un politicien qui tente d’être élu».

Treize ans plus tard, on comprend que le candidat Péladeau est moins tranchant et plus nuancé sur certaines questions que le PDG Péladeau.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes de la chaîne Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.