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Où investir son argent en 2016?

Quatre experts nous font profiter de leur expérience pour y voir plus clair.

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La Bourse américaine a toujours la cote chez les investisseurs. (Photo: Andrew Burton/Getty Images)

L’ année 2016 commence dans l’incertitude. Quelle est l’ampleur du ralentissement économique en Chine ? Les experts nagent en plein mystère, la Chine n’étant pas un modèle de transparence. Un important repli de la croissance dans la deuxième économie du monde pourrait provoquer incertitude et morosité sur les marchés boursiers.

D’un autre côté, les nouvelles sont bonnes concernant l’économie américaine, qui montre sa résilience en voguant vers la croissance pour une huitième année consécutive. Le moteur économique de la planète connaît presque le plein emploi et la production industrielle est en hausse.

Alors, quelle situation fera pencher la balance, celle de la Chine ou des États-Unis ? Si l’on en croit l’horoscope chinois, en cette année du Singe de feu, tout peut arriver !

Au Canada, les perspectives de rendement sont nettement meilleures que par les années passées. Les experts s’attendent à une hausse du prix du pétrole, ce qui donnerait un nouveau souffle à l’économie. Mais cette hausse surviendra-t-elle en 2016 ? Les paris sont ouverts.

Pour une quatrième année consécutive, L’actualité fait appel à quatre spécialistes pour éclairer la situation économique mondiale et connaître leurs suggestions de placements, afin d’en tirer profit.

Suggestions_placements

Comment se comportera l’économie en 2016?

La confiance règne, même si personne ne s’attend à un grand cru. « L’économie se réchauffe, mais elle n’a pas encore atteint son point d’ébullition », résume Philippe Pratte, chef des investissements chez Pratte gestion de portefeuilles. L’OCDE prévoit un raffermissement progressif de la croissance mondiale, qui devrait atteindre 3,3 % en 2016 et 3,6 % en 2017. « On construit les bases pour une prochaine phase expansionniste, qui devrait s’amorcer en 2017 », ajoute Philippe Pratte.

Aux États-Unis, la campagne pour l’élection présidentielle aura lieu, avec, en toile de fond, une croissance économique de 2,5 % — portée entre autres par la consommation intérieure.

Quant à l’Europe, après des années difficiles, il y a des signes de redressement. « La zone euro pourrait sortir de son marasme grâce à une politique monétaire conciliante de la Banque centrale européenne », dit Stéphane Rochon, stratège en chef pour BMO Nesbitt Burns. La crise des migrants, qui perdure depuis des mois, ne semble pas toucher l’économie directement. « Il s’agit davantage d’une crise de nature géopolitique », explique Philippe Pratte. L’OCDE parie sur une croissance de 1,8 %, un revirement intéressant pour une économie stagnante depuis des années.

Au Canada, pour sa première année de mandat, le gouvernement Trudeau peut espérer une croissance de 2,3 %, selon l’OCDE. « C’est faible, mais c’est une croissance tout de même », dit Dominique Vincent, vice-présidente et gestionnaire de portefeuilles chez MacDougall, MacDougall & MacTier. « La production industrielle et une diversification de l’économie devraient soutenir notre économie, qui ne comptera plus uniquement sur le pétrole comme locomotive », ajoute-t-elle.

L’OCDE prévoit par ailleurs une croissance du PIB de 6,2 % pour la Chine. Cette prédiction ferait saliver n’importe quelle économie développée, mais en Chine, en bas de 7 %, on frôle la récession. François Lalande, vice-président à la gestion de portefeuilles pour iA Groupe financier, a bon espoir de voir la situation s’améliorer : « Les enjeux sociaux résultant d’une prolongation du ralentissement actuel sont tels qu’ils requièrent toute l’attention des dirigeants et leurs meilleurs efforts pour stabiliser la situation », dit-il.

Que faut-il prévoir pour les marchés boursiers nord-américains?

À la différence des dernières années, les investisseurs suggèrent de ne plus bouder les actions canadiennes. Avec la chute du prix du pétrole et des matières premières, la Bourse canadienne aurait atteint le fond. « Le marché boursier canadien pourrait tenir tête, côté rendement, au marché américain », dit Stéphane Rochon. Selon lui, la croissance des valeurs sera de 12 % au Canada et de 10 % aux États-Unis.

François Lalande croit aussi que la Bourse canadienne pourrait créer la surprise. Il s’attend à une progression boursière de 11,5 % au Canada, contre 5 % au sud de la frontière. « Si le repli du dollar américain se concrétise, il aura un effet positif sur le prix des matières premières, facteur important à Toronto », dit cet analyste.

De nombreux analystes s’attendent en effet à une dépréciation du billet vert en 2016. « Les derniers épisodes où la Réserve fédérale a commencé à augmenter son taux directeur ont coïncidé avec le sommet du dollar américain », rappelle François Lalande. Mais pas de certitude en cette matière.

Philippe Pratte prévoit pour sa part une croissance des marchés boursiers de 5 % au Canada et de 5,5 % aux États-Unis.

L’optimisme de Dominique Vincent est moindre, avec des prédictions de 3 % à 5 % pour le S&P/TSX de Toronto et de 4 % à 6 % pour le S&P 500.

Et les taux d’intérêt?

Pour la première fois en 10 ans, la Réserve fédérale américaine (FED) a pris la décision de relever ses taux à la mi-décembre, marquant le début de la fin de sa politique monétaire extrêmement conciliante qui avait cours depuis la récession de 2008-2009. La FED a justifié sa décision par l’amélioration considérable de l’économie américaine au cours des derniers mois. « Cette hausse n’a surpris personne, le tout avait été soigneusement planifié et expliqué durant les mois précédents. J’imagine que la FED continuera en ce sens, lentement et au rythme que les conditions économiques le permettront », dit François Lalande.

Par contre, la plupart des experts ne croient pas que Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada, emboîtera le pas à la Réserve fédérale. « L’économie canadienne est à mille lieues de la situation américaine. La Banque du Canada ne bougera pas tant qu’elle ne percevra pas un réel changement dans les secteurs de l’industrie et de l’énergie », explique Philippe Pratte. Stéphane Rochon ne serait pas étonné qu’il n’y ait aucune hausse des taux au Canada en 2016.

La relance de l’économie du Canada passe par la Chine, qui y achète ses matières premières. Or, l’économie de la Chine tourne au ralenti. La force du dollar américain nuit aussi aux ventes des matières premières canadiennes, qui se font en dollars américains sur les marchés mondiaux.

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La capacité d’innover de Facebook rend le titre attrayant, notamment à la Bourse de New York .(Photo: iStockphoto)

Quels sont les secteurs susceptibles d’offrir des rendements raisonnables?

Stéphane Rochon jette son dévolu sur les sociétés financières américaines et européennes. « Pour les aventuriers, on trouve de belles occasions dans la zone euro, où les prix sont au plancher », dit-il. Cet analyste ne dédaigne pas non plus les entreprises qui travaillent dans le secteur de l’immobilier aux États-Unis, lequel connaît un boum. « J’aime le géant de la rénovation Lowe’s et le constructeur de maisons haut de gamme Toll Brothers », dit Stéphane Rochon.

Philippe Pratte penche pour les technos américaines de grande capitalisation. « Facebook et Google révolutionnent notre mode de vie et enregistrent une croissance constante de leurs bénéfices », dit-il. Le gestionnaire de Gatineau montre aussi un vif intérêt pour le secteur canadien de l’énergie. Ce secteur entrerait, selon de nombreux analystes, dans une phase de consolidation, avec des fusions et des acquisitions. « Plutôt que d’investir dans une société précise, je répartirais le risque dans un panier de valeurs ou un fonds indiciel », précise Philippe Pratte.

Même son de cloche du côté de François Lalande. « Il y a de belles occasions, mais ce n’est pas pour la veuve et l’orphelin. Le risque est élevé », dit-il.

Dominique Vincent fixe son choix sur les sociétés canadiennes qui réalisent une bonne partie de leur chiffre d’affaires aux États-Unis, comme la Financière Manuvie. « Ces entreprises bénéficient d’un taux de change favorable, en plus d’avoir accès à une économie plus forte et plus diversifiée. Le consommateur américain est également en meilleure posture financière que son homologue canadien », dit-elle.

Quels sont les secteurs à éviter?

Le secteur de la santé au Canada, bousculé par la crise qui secoue la société pharmaceutique Valeant, dont le siège social se trouve à Laval. L’action de ce géant de la Bourse de Toronto, qui a atteint un sommet de 350 dollars le 6 août dernier, dégringole depuis la publication d’un reportage dans le New York Times sur le prix excessif de certains de ses médicaments. Un malheur n’arrivant jamais seul, Valeant est maintenant sous la loupe des autorités américaines. « Peu importe le dénouement de cette histoire, il y aura des répercussions sur tout le secteur canadien de la santé », dit Philippe Pratte.

Encore une fois cette année, les matières premières n’ont pas la faveur des gestionnaires de fonds. « Tant que l’économie mondiale — surtout la Chine — ne redémarre pas en grand, il y a peu d’espoir dans ce secteur », précise Philippe Pratte.

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En Chine, la croissance prévue du PIB de 6,2 % ferait saliver n’importe quelle économie, mais dans ce pays, à moins de 7 %, on frôle la récession! (Photo: Fotovoyager/Getty Images)

Et où sur la planète vaut-il mieux investir?

La Bourse américaine a toujours la cote chez les investisseurs. « Par rapport à son pendant canadien, la Bourse américaine offre, à long terme, des rendements plus constants et plus soutenus en matière de croissance du bénéfice par action », dit Philippe Pratte.

L’Europe connaît aussi un retour dans les bonnes grâces des gestionnaires de fonds. « Les actions ne sont vraiment pas chères par rapport aux actions américaines et on est peut-être au début d’un cycle haussier », dit Stéphane Rochon.

En ce qui concerne la Chine, le message est le suivant : sauve qui peut ! « Le marché est trop volatil. Mieux vaut placer ses billes ailleurs », dit Philippe Pratte.

Quels sont les facteurs susceptibles de  compromettre ces perspectives?

Quelques nuages s’amoncellent à l’horizon, qui pourraient faire subir une correction au marché boursier, comme ce fut le cas à la fin de l’été 2015, quand le ralentissement de la Chine a provoqué des inquiétudes. Même si on prévoit une embellie pour l’Europe, la méfiance est de mise. La crise grecque n’est pas loin dans le rétroviseur. « C’est un brasier qui vient d’être éteint, mais les tisons sont encore là. Une mauvaise nouvelle pourrait rallumer les flammes », dit Philippe Pratte.

La valeur du dollar américain, qui ne connaît plus de plafond, suscite aussi des craintes. Son maintien dans les hautes sphères risque d’accentuer ce que les experts appellent la récession des profits chez les multinationales américaines. « La force du dollar américain fait que les profits engrangés à l’étranger perdent de la valeur une fois convertis en dollars américains », explique François Lalande.

Il y a également une probabilité, faible mais présente, que la hausse des taux directeurs par la Réserve fédérale américaine ralentisse la croissance de l’économie. « On croit cependant que la hausse des taux, si elle se produit, sera très graduelle », dit François Lalande.

Quant à l’économie canadienne, elle pourrait souffrir du maintien du prix du pétrole dans les bas-fonds. « À long terme, ça pourrait aussi se répercuter sur nos sociétés financières », dit Dominique Vincent.

À suivre.