Affaires et économie

À quand la sieste derrière le volant?

Imaginez que chaque voiture au pays soit autonome ; ça libèrerait des milliards d’heures de temps libre.

La voiture électrique autonome de Google. (Photo: Google)
La voiture électrique autonome de Google. (Photo: Google)

Une voiture sans volant. Ridicule, non ? Research In Motion, fabricant du BlackBerry, avait dit la même chose à propos d’un téléphone sans clavier. L’iPhone n’en a pas moins transformé radicalement l’économie, comme s’apprêtent désormais à le faire les véhicules autonomes.

Google souhaite commercialiser sa voiture sans conducteur d’ici 2020 ; bref, demain matin. Pour saisir les occasions d’affaires et parer aux menaces qui émergeront de cette technologie, il importe de s’y préparer dès maintenant en imaginant à quoi ressemblera le trafic de l’avenir.

Prenons le cas d’une banlieusarde qui consacre une heure, matin et soir, pour se rendre au travail ou en revenir. Dans une voiture ordinaire, elle est prisonnière de la route. Ses mains sont menottées au volant, et ses yeux au chemin — normalement, du moins. Seule son ouïe peut se concentrer sur autre chose que la circulation.

Transférez la conduite au véhicule, et c’est la délivrance, la libération de l’attention ! Notre banlieusarde demeure captive de l’habitacle, mais elle dispose soudainement de tous ses sens… et de deux heures supplémentaires à occuper dans sa journée. Qu’en fera-t-elle ?

Dormir est alléchant, particulièrement s’il s’agit d’une jeune maman. Elle pourrait aussi lire un bon livre. Tricoter. Écouter la radio. Rêvasser. Plus vraisemblablement, elle se tournera vers un écran.

Facebook, Netflix, Amazon et les autres géants du Web seront les premiers gagnants de l’automatisation des voitures — ce n’est pas pour rien que Google y investit 30 millions de dollars américains par année, selon la société de recherche IHS. Pour ces entreprises, chaque minute supplémentaire passée en ligne par notre banlieusarde devient une occasion de plus pour l’exposer à de la publicité ou lui vendre des produits.

Ça, c’est si elle n’est pas en retard au travail. Plutôt que de se divertir, elle répondra alors à ses courriels ou se joindra à une réunion par vidéoconférence. Un gain de productivité qui plaira assurément à son patron. Espérons tout de même que le boulot n’envahira pas trop le trafic, comme il a pollué précédemment nos soirs et fins de semaine avec les courriels professionnels.

Imaginez maintenant que chaque voiture au pays soit autonome. La libération de l’attention à l’échelle du pays ; des milliards d’heures supplémentaires pour se relaxer, consommer ou travailler. Aucun doute, le coût économique du trafic, estimé à plus de 10 milliards de dollars par année selon les études compilées par la Commission de l’écofiscalité du Canada, en serait sensiblement réduit.

Tous n’en profiteront pas autant. Les stations de radio, habituées à leur monopole routier, lutteront désormais contre tous les médias pour attirer auditeurs et annonceurs. Les motels verront les voitures s’arrêter moins souvent ; à quoi bon payer pour un lit inconfortable quand dormir au volant permet d’arriver à destination plus rapidement ? Sans oublier les camionneurs, les chauffeurs d’auto­bus et les taxis — s’ils survivent à Uber d’ici là.

Ces transformations ne surviendront certes pas du jour au lendemain. Tout comme les voitures ont partagé la route avec les chevaux au début du XXe siècle, les véhicules autonomes et non autonomes se côtoieront pendant de nombreuses années. Mais avec le recul, tous conviendront qu’avoir les deux mains sur le volant était, après tout, néfaste pour l’économie.