Affaires et économie

Le roi de la poutine est-il ontarien?

La poutine s’apprête à envahir la planète, et c’est un Ontarien qui met la table.

(Photo: Smoke's Poutinerie)
(Photo: Smoke’s Poutinerie)

Ryan Smolkin, 42 ans, «bouche les artères depuis 2008», comme le dit le slogan de Smoke’s Poutinerie, sa chaîne de restauration rapide: on y sert seulement des variantes de la combinaison frites-sauce-fromage. Son empire graisseux de 81 restaurants franchisés a déjà dépassé les frontières du Canada pour se répandre aux États-Unis. Ce n’est toutefois pas assez pour le Torontois, qui rêve de voir la planète engloutir le plat québécois.

L’actualité s’est entretenu avec Ryan Smolkin alors qu’il préparait l’ouverture de franchises au Royaume-Uni et en Australie.

Qu’est-ce qui vous…

Laisse-moi poser la première question. Aimes-tu la poutine, mon frère?

Euh, tout dépend de l’endroit d’où elle vient.

Exactement! La poutine est un classique culinaire canadien — d’origine québécoise — qui est souvent difficile à trouver. Mais j’ai un plan: d’ici 2020, il y aura 1 300 Smoke’s Poutinerie en Amérique, en Europe, en Asie et au Moyen-Orient. La conquête mondiale!


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Avant de lancer Smoke’s Poutinerie, vous dirigiez un cabinet de marketing et n’aviez aucune expérience en restauration. Êtes-vous fou?

J’avais 14 mois la première fois que j’ai mangé de la poutine. C’est la première nourriture solide que ma mère m’a donnée — avec du bacon. Sérieusement, j’ai grandi dans la vallée de l’Outaouais, du côté ontarien mais près du Québec, et j’ai toujours aimé la poutine. L’idée de transformer ce plat québécois en une marque nationale, puis internationale, est née au début des années 2000. Personne n’y croyait. Toi, es-tu croyant? Crois-tu en la poutine? Dis-le, mon frère!

Je ne sais pas… Le mot «poutine» ne signifie pas grand-chose en dehors du Canada.

La poutine est déjà partout, sauf que les gens lui donnent un nom différent. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, ils appellent ça des loaded fries (frites garnies). Et c’est comme la pizza: tu prends la base et tu l’adaptes à la culture locale. Notre sauce, nos garnitures et même nos frites vont varier d’un endroit à l’autre. Mais pas le fromage en grains, c’est notre signature.

Un cuisinier prépare des frites dans l'une des franchises de Smoke's Poutinerie. (Photo: Smoke's Poutinerie)
Un cuisinier prépare des frites dans l’une des franchises de Smoke’s Poutinerie. (Photo: Smoke’s Poutinerie)

Où allez-vous trouver du fromage en grains en Europe, en Asie et au Moyen-Orient?

C’est un gros défi. Au Canada, il vient d’une fromagerie québécoise, qui le fabrique avec notre recette. Nous pouvons la transmettre à un fournisseur local et l’aider à en produire. C’est ce qu’on a fait aux États-Unis.

N’avez-vous pas peur de la concurrence? Depuis 2013, McDonalds offre de la poutine ailleurs au Canada, comme il le fait depuis longtemps au Québec.

N’importe qui peut vendre des frites, du fromage et de la sauce. Nous, ce qu’on vend, c’est une expérience, avec des activités comme le Championnat mondial des mangeurs de poutine, à Toronto. Les imitateurs ne le comprennent pas. En plus, ils servent une poutine dégueulasse. Tant qu’à me copier, faites-le bien!

Il y a plus de 75 Smoke’s Poutinerie au Canada, mais une seule au Québec, à Mont-Tremblant. Conquérir la Mecque de la poutine fait-il partie du plan?

Au Québec, tout le monde est un expert en poutine, et chaque village a sa roulotte à patates qui sert la «meilleure» poutine. J’ai préféré commencer là où il n’y avait pas de concurrence. Mais nous allons y venir. Nous cherchons un groupe qui connaît bien le marché pour envahir toute la province, autour de 2017-2018.