De grands patrons s'engagent pour l'équité entre les hommes et les femmes
Affaires et économie

De grands patrons s’engagent pour l’équité entre les hommes et les femmes

Pendant quatre semaines, ils ont cherché à comprendre et à déceler les réflexes inconscients qui nuisent à l’équité hommes-femmes au sein de leurs équipes.

Il fallait des PDG pour le dire : si les femmes peinent à décrocher des postes de direction dans les entreprises, c’est en partie parce que les patrons ont des préjugés qui les désavantagent. Les cinq PDG présents sur scène à la conférence L’ACT sur l’équité entre les hommes et les femmes, le 21 février, à Montréal, avouent avoir pris conscience de leurs propres idées préconçues au cours des dernières semaines en participant au Projet invisible proposé par L’actualité.

« Je me suis rendu compte que j’avais moi-même ce type de préjugés en entrevue d’embauche », a dit avec beaucoup de franchise Sophie Brochu, présidente d’Énergir. Dans le domaine du développement des affaires, un homme décrochera plus facilement le poste qu’une femme, surtout pour le marché de l’Ouest canadien. Inconsciemment, cette patronne estimait qu’un homme serait plus apte à négocier et à représenter l’entreprise face à d’autres hommes potentiellement durs en affaires.

Sophie Brochu compte parmi les 10 PDG qui se sont engagés, à l’invitation de L’actualité, à réfléchir aux préjugés qui freinent l’essor des femmes dans leur entreprise, dans le cadre d’une expérience bien particulière, le Projet invisible. Pendant quatre semaines, ils ont cherché à comprendre et à déceler les réflexes inconscients qui nuisent à l’équité hommes-femmes au sein de leurs équipes. Alexandre Taillefer, associé principal de XPND Capital, Manon Brouillette, présidente et chef de la direction de Vidéotron, Louise Richer, directrice générale et fondatrice de l’École nationale de l’humour, et Pierre Laporte, président de Deloitte Québec, ont tour à tour dévoilé des exemples concrets de cette prise de conscience.

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      Alexandre Taillefer s’est aperçu qu’il avait, tout récemment, traité de façon différente en entrevue les deux finalistes, un homme et une femme, au poste de PDG chez Téo Taxi. « Après coup, j’ai réalisé que j’avais essayé de vendre la job au candidat masculin, alors que pour la candidate, je voulais savoir comment elle allait démontrer son leadership et prendre une aussi grosse bouchée », a-t-il révélé. Il avait pourtant expressément demandé à ce qu’au moins une femme se trouve parmi les finalistes et il en était très fier !

      La conférence L’ACT a aussi cherché à donner aux participants des outils pour faire tomber les obstacles à l’essor professionnel des femmes. Lynn Jeanniot, première vice-présidente à la direction des ressources humaines et des affaires de l’entreprise à la Banque Nationale, et Julien Moreau, directeur conseil en management et organisation à PwC, ont expliqué la nature des préjugés inconscients, ces réflexes mentaux qui faussent le jugement lorsque vient le temps d’embaucher du personnel ou d’accorder des promotions.

      Valérie Pisano, chef de la direction du talent au Cirque du Soleil, et Sophie Brière, professeure agrégée à l’Université Laval, ont ensuite enseigné comment les neutraliser et changer le cours des choses, par exemple en offrant du mentorat aux femmes, en les laissant davantage parler en réunion ou encore en définissant les règles du jeu au moment des négociations salariales. Quand on clarifie ce qui est négociable, les différences entre les hommes et les femmes s’atténuent, ont-elles souligné.

      Les participants sont également passés à l’action. Ils ont noté, en atelier, les préjugés inconscients présents dans leur milieu de travail, ainsi que leurs répercussions sur les personnes et les organisations, qui se privent souvent sans le savoir de la créativité et de l’engagement d’une partie de leurs employées féminines.

      Dans les entreprises ayant participé au Projet invisible, la volonté de poursuivre le mouvement est palpable. Samuel Tremblay, conseiller en relations publiques à TACT Intelligence-conseil, fait partie du comité chargé de déterminer les freins à la pleine participation des femmes au sein de son entreprise. « Cela a enclenché des discussions, non seulement lors des rencontres du comité, mais à l’heure du lunch. Des femmes ont réalisé qu’elles freinent elles-mêmes leur élan sans s’en rendre compte », dit-il. Même si le Projet invisible est officiellement terminé, les graines semées continueront de germer. « J’avais la mission d’observer et je vais continuer de le faire ! Je remarque des comportements ou des propos dont je n’avais pas conscience auparavant », ajoute Samuel Tremblay.

      La Banque Nationale, la Commission de la construction du Québec, PwC et RBC ont également pris part au Projet invisible.

      Isabelle Hudon, devenue ambassadrice du Canada en France après une longue carrière dans le milieu des affaires, a incité les participants à faire un geste par jour pour changer les choses. Elle n’hésite plus à dire qu’elle annulera sa participation à une conférence quand les autres invités sont uniquement des hommes. Et bien souvent, cela fait immédiatement réagir les organisateurs, qui invitent une conférencière de plus !

      Elle a noté que 80 % des participants à la conférence L’ACT étaient des femmes. Elle s’est adressée directement aux hommes présents dans la salle : « Pour atteindre l’équité, nous avons besoin de vous, messieurs. La prochaine fois, inscrivez un de vos chums et emmenez-le ! »