L'impopularité du iPhone ou l'anxiété du consommateur chinois
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L’impopularité du iPhone ou l’anxiété du consommateur chinois

La guerre des tarifs menée par la Chine contre les États-Unis et une avalanche de mauvaises nouvelles économiques sapent la confiance des consommateurs chinois, qui boudent l’iPhone d’Apple. Au grand dam de la marque à la pomme. 

PÉKIN, Chine — L’iPhone d’Apple à 1 000 dollars semble difficile à vendre aux consommateurs chinois, inquiétés par le ralentissement économique et la guerre commerciale avec les États-Unis.

Le chef de la direction du géant américain de l’informatique, Tim Cook, a indiqué mercredi, dans une lettre aux actionnaires, que la demande pour son téléphone intelligent diminuait et que les revenus du dernier trimestre de 2018 seraient bien inférieurs aux prévisions, une baisse qu’il a principalement attribuée à la Chine.

L’iPhone est le produit le plus important d’Apple et représentait environ 60 % de son chiffre d’affaires de juillet à septembre, selon le dernier rapport trimestriel. L’action d’Apple a chuté d’environ 9 % jeudi matin, effaçant quelque 67 milliards de dollars américains de valeur marchande.

Apple n’est pas la première entreprise à devoir s’adapter à l’inquiétude croissante des consommateurs chinois. D’autres marques, telles que le constructeur automobile Ford Motor et le joaillier Tiffany & Co., ont déjà fait état d’une baisse abrupte de leurs ventes auprès des acheteurs chinois.

La Chine est toujours l’une des économies à la croissance la plus rapide, avec une expansion attendue d’environ 6,5 % pour 2018. Mais la dispute des tarifs menée par la Chine contre les États-Unis et une avalanche de mauvaises nouvelles concernant la chute des ventes d’automobiles et de biens immobiliers sapent la confiance des consommateurs, après deux décennies de croissance rapide presque ininterrompue.

« C’est indéniablement inquiétant », a observé David Dollar, spécialiste de la Chine et chargé de recherche à la Brookings Institution. « Dans l’ensemble, la croissance de la consommation ralentit en Chine. »

L’avertissement d’Apple montre à quel point de nombreuses grandes entreprises américaines sont vulnérables au ralentissement en Chine, d’autant plus que les deux plus grandes économies du monde cherchent à régler un différend commercial litigieux.

« Ce ne sera pas seulement Apple », a souligné jeudi Kevin Hassett, président du White Council of Economic Advisers, lors d’une entrevue avec le réseau télévisé CNN.

Il a ajouté que beaucoup d’entreprises réalisaient de nombreuses ventes en Chine et « verraient leurs résultats diminuer l’année prochaine » jusqu’à la conclusion d’un accord entre Washington et Pékin. « Et je pense que cela met beaucoup de pression sur la Chine pour conclure un accord. »

Le « sentiment d’invincibilité » chinois ébranlé

Emily Li, une designer publicitaire de Pékin âgée de 37 ans, a déclaré qu’elle avait reporté l’achat d’une nouvelle voiture et renoncé à d’autres achats importants. « Les gens craignent de perdre leur emploi », a-t-elle expliqué.

La faiblesse de la demande chinoise est particulièrement pénible pour Apple et les autres fabricants de téléphones intelligents. La Chine représente le tiers des livraisons mondiales de téléphones intelligents de l’industrie.

Les livraisons en Chine ont chuté de 10 % par rapport à l’année précédente, pour se chiffrer à 103 millions de téléphones au cours du trimestre se terminant en septembre, selon la maison de recherche IDC. D’après ses prévisions, le total des achats chinois de téléphones pour l’an dernier devrait diminuer de 8 % ou 9 % par rapport à celui de 2016.

Ce resserrement de la deuxième économie mondiale pèse sur les industries internationales, notamment celles des véhicules automobiles et des vêtements de créateurs, qui misent sur la Chine pour stimuler la croissance de leurs ventes.

La guerre commerciale avec Washington a ébranlé le « sentiment d’invincibilité de la Chine », a estimé Mark Natkin, directeur général de Marbridge Consulting, une société de recherche établie à Pékin. Les Chinois se rendent compte que leur économie est vulnérable aux incertitudes de l’économie mondiale, a-t-il observé.

Le ralentissement marque un revers pour les efforts du Parti communiste au pouvoir visant à favoriser une croissance économique autonome et alimentée par les consommateurs, afin d’amoindrir la dépendance du pays aux exportations et aux investissements.

La croissance économique de 6,5 % enregistrée par la Chine au troisième trimestre était supérieure à celle de la plupart des autres grandes économies, mais c’était aussi la plus faible du pays depuis la crise mondiale de 2008. Cette décélération reflète en partie une campagne gouvernementale délibérée visant à freiner le niveau élevé de l’endettement des Chinois. En même temps, Pékin a cherché à atténuer les difficultés économiques par une augmentation des dépenses publiques.

« Ils essaient de viser une cible très précise », a déclaré M. Dollar, ancien responsable de la Banque mondiale et du département du Trésor des États-Unis. « Ils veulent voir l’économie ralentir, mais ils ne veulent pas la voir ralentir trop. »

La Chine a annoncé cette semaine que l’activité des usines avait diminué en décembre pour la première fois en plus de deux ans. Et les ventes d’automobiles sur le plus grand marché mondial sont en voie d’enregistrer leur premier déclin annuel en trois décennies, après avoir plongé de 16 % en novembre. La faiblesse des ventes immobilières a obligé les promoteurs à réduire leurs prix.

Dans l’ensemble, la croissance des exportations a ralenti, pour s’établir à 5,4 % par rapport à l’année précédente, soit moins de la moitié du taux de 12,6 % observé en octobre.