4 idées originales pour relancer l’économie

Voici quelques idées originales pour relancer l’économie québécoise une fois la crise terminée. Le gouvernement Legault — qui les a lui-même demandées — s’en inspirera-t-il ? 

Montage L'actualité

Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 ne cesse de diminuer, le déconfinement se fait pas à pas, bref, l’économie du Québec est en train de passer doucement en mode relance. Le gouvernement Legault a présenté, en septembre dernier, son plan pour donner un coup de fouet aux activités économiques, et celui-ci peut se résumer en une formule : le béton et le goudron. 

C’est qu’il est essentiellement composé de 181 projets d’infrastructure qui vont de la construction de maisons pour personnes âgées à la rénovation de routes, en passant par le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal.

Ce plan de relance est-il le bon ? Certains en doutent fortement, dont Clément Gignac, vice-président principal et économiste en chef de iA Groupe financier, qui, au moment du dévoilement du projet de loi 66, a fait une sortie tonitruante dans les médias pour dénoncer « une vieille recette appliquée à une crise inédite ». 

De fait, les gouvernements ont coutume de s’extraire de périodes de récession économique à coups de vastes projets d’infrastructure, l’idée centrale étant que l’on redynamise ainsi les entreprises liées au secteur de la construction — toujours important dans une économie —, ce qui a des répercussions rapides sur d’autres secteurs majeurs : énergie, fabrication, consommation, etc. Le hic ? Cette fois-ci, nous ne faisons pas face à une récession « classique », mais à une crise encore jamais vue puisqu’elle est à la fois économique, sociale et sanitaire. En conséquence, rien ne dit que la solution habituelle — le béton et le goudron — sera efficace. D’autant plus que nombre d’économistes, à l’instar de M. Gignac, se sont penchés sur le sujet et en sont arrivés à la conclusion que le plan du gouvernement Legault ne serait pas suffisant, voire qu’il n’était tout simplement pas pertinent.

Que faire ? Il se trouve que le ministère des Finances s’est posé la question l’an dernier et a eu l’idée de recourir aux lumières d’économistes pour y voir un peu plus clair dans cette crise inusitée. Il a en effet lancé un appel à la communauté des universitaires québécois spécialisés en économie, leur demandant de lui soumettre des suggestions à la fois concrètes et originales pour redémarrer notre économie. Et ces universitaires se sont fait un plaisir de répondre à l’invitation !

À la clé, 26 études et rapports débordant d’idées neuves, dont voici un petit florilège…

1. Instaurer un « score de localité »

Aux yeux de Bernard Korai, professeur à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval, le secteur de la restauration pourrait être mis à contribution pour relancer l’économie du Québec. Il suggère l’instauration d’un « score de localité » pour chaque restaurant, c’est-à-dire une note indiquant le degré auquel un restaurateur appuie l’économie locale. Cette note serait établie en fonction de plusieurs critères : le volume d’achat de denrées auprès de producteurs locaux, la proportion de fournisseurs locaux, la proximité géographique des fournisseurs, etc.

« On pourrait imaginer une plateforme numérique qui regrouperait l’ensemble des restaurateurs du Québec qui ont le souci de favoriser l’économie locale. L’adhésion à cette plateforme se ferait de manière volontaire par les restaurateurs », explique-t-il dans son étude.

Les consommateurs ayant à cœur de soutenir l’économie locale pourraient consulter cet outil pour choisir leur restaurant lorsqu’ils planifient une sortie. Idem, le gouvernement pourrait se servir de cet indice comme d’un critère d’attribution de subventions aux restaurateurs.

Bernard Korai a pris le cas des restaurants parce qu’il s’agit de son champ de compétence. Mais on pourrait très bien imaginer la généralisation de cet indice à d’autres secteurs d’activité, et par la suite en faire un label d’entreprise — avec un logo aisément reconnaissable — permettant de mettre en avant les acteurs de l’économie locale.

2. Offrir un « dividende climatique » à tous les Québécois

On pourrait profiter de la relance pour inciter les citoyens à mener d’eux-mêmes des actions positives pour l’environnement, par exemple en leur versant un « dividende climatique », selon les travaux de l’équipe de chercheurs pilotée par Christopher Ragan, professeur d’économie à l’Université McGill. L’idée est simple : puiser dans le Fonds vert — riche de 800 millions de dollars par an grâce au marché du carbone — pour distribuer de l’argent à tous les résidants du Québec, lequel pourrait servir à financer des projets personnels respectueux de l’environnement.

« Les Québécois recevraient deux fois par an un chèque accompagné d’une lettre les invitant à dépenser la somme de manière écologique, soit de façon à réduire leur propre empreinte carbone. L’envoi pourrait être accompagné d’une brochure présentant des suggestions concrètes : acheter des billets de transport en commun, un vélo électrique, des aliments locaux, un thermostat intelligent pour la maison, ou encore un appareil électroménager écoénergétique », est-il écrit dans l’étude signée par les chercheurs de McGill.

Le gouvernement pourrait donner à tout le monde le même dividende. Cela aurait l’avantage d’inclure tous les Québécois dans un effort collectif de lutte contre les changements climatiques, tout en contribuant à sortir la province de la récession. « Certes, les personnes à faible revenu seront plus susceptibles de se servir de cette somme pour leurs dépenses quotidiennes de base, mais ce n’est pas si grave que ça : les autres, qui ont en général une empreinte carbone plus élevée, auront tendance à suivre la consigne, ce qui aura un impact certain sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) », expliquent-ils.

La somme allouée au « dividende climatique » dépendra des priorités des gouvernements actuel et futurs et de leur choix d’utiliser le Fonds vert pour d’autres programmes. À titre d’exemple, si on décidait aujourd’hui d’affecter un peu plus de la moitié du Fonds vert au dividende, les résidants du Québec recevraient 75 dollars par adulte et 30 dollars par enfant, ou 210 dollars par an pour une famille de quatre personnes, ce qui représenterait un coût annuel total de 550 millions de dollars, d’après les calculs de l’équipe de Christopher Ragan.

À noter, enfin, que la Colombie-Britannique offre d’ores et déjà un tel dividende. Elle verse chaque année jusqu’à 135 dollars par adulte et jusqu’à 40 dollars par enfant.

3. Créer un réseau de partage interrégional pour les entrepreneurs

La fermeture des frontières du jour au lendemain et la « mise sur pause » de l’activité économique ont ralenti, et parfois même brisé, nombre de chaînes d’approvisionnement : des entrepreneurs se sont ainsi retrouvés coupés de leurs fournisseurs implantés à l’étranger (États-Unis, Chine, Europe), et donc contraints de brider leurs activités, voire de les arrêter totalement. Bref, pour eux, la pandémie a été — et est parfois encore — un véritable cauchemar.

D’où l’idée de l’équipe de chercheurs pilotée par Daniel J. Caron, professeur à l’École nationale d’administration publique (ENAP), de profiter de la relance pour activer de nouveaux réseaux de logistique, et mieux encore, de nouveaux réseaux de relations entre entrepreneurs du Québec.

Cela pourrait se traduire par la création d’une plateforme numérique où un entrepreneur de Beauce pourrait dénicher un fournisseur de services en Estrie et entrer en contact avec lui, alors qu’il avait pris l’habitude de faire affaire avec un fournisseur américain ou asiatique. « Cette plateforme favoriserait la mise en commun d’intérêts et d’expériences entre entrepreneurs d’ici, est-il affirmé dans l’étude. Elle représenterait un espace de collaboration où il serait simple d’échanger des idées, des ressources, des projets. »

Une confiance entre les entrepreneurs se bâtirait d’elle-même à mesure que les échanges auraient lieu sur la plateforme numérique. Comme le disent les chercheurs : « Une forme de proximité virtuelle se mettrait alors à dépasser les frontières régionales physiques. » Résultat ? Chacun pourrait y trouver des idées neuves, de nouveaux projets auxquels se joindre, ou encore des partenaires d’affaires.

4. Donner un solide coup de main aux jeunes

Les données révèlent que les travailleurs les plus vulnérables avant la crise — en particulier les jeunes — sont également les plus fortement touchés par les contrecoups économiques de la COVID, ont fait remarquer au ministère des Finances le professeur Jean-Michel Cousineau, de l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal, et son étudiante en doctorat Éliane Racine. « Si nous voulons réduire les inégalités, ou à tout le moins éviter qu’elles augmentent, nous devons investir dans le capital humain », notent-ils.

Les travaux d’autres chercheurs pilotés par Catherine Haeck, professeure d’économie à l’UQAM, mettent en évidence une idée simple à cet égard : financer les stages des nouveaux diplômés. « Il conviendrait de mettre sur pied un programme de stages financés et d’emplois subventionnés dans les secteurs privé et public, suggèrent-ils. Le gouvernement Legault devrait prendre le leadership de cette opération et en assumer une large partie des coûts puisque peu d’entreprises ont actuellement les moyens de le faire. »

Cela serait accompagné de deux mesures complémentaires :

-> La mise en place d’un programme incitatif à la poursuite des études. Avec la crise, un certain nombre d’étudiants ont hésité entre continuer leurs études et décrocher un emploi avant qu’il n’y en ait plus, et « le retour aux études serait sûrement un bon investissement pour eux et pour la société », estime l’équipe menée par Catherine Haeck.

-> La revue du Programme de prêts et bourses du Québec, à tout le moins de la situation des nouveaux et prochains diplômés, lesquels se retrouvent dans des positions inconfortables à cause de la crise. « La pandémie risque fort d’hypothéquer lourdement le développement de leurs projets de vie », est-il souligné dans l’étude.

Autrement dit, il s’agit de donner un solide coup de main aux jeunes sur le point d’arriver sur le marché du travail. Et du même coup, aux entreprises qui ont plus que jamais besoin de nouveaux talents. Car les uns comme les autres sont aujourd’hui éclopés, mais ensemble, ils seraient capables de se redresser et de grandir.

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Pour la suggestion numéro 3, pourquoi s’arrêter aux frontières du Québec? Ce serait un bon moment pour encourager les réseaux pan-canadiens, car c’est le pays entier qui a besoin d’un coup de main économique. Les barrières interprovinciales, on l’a constaté à maintes reprises, freinent les économies de toutes les provinces. Nous sommes tous dans le même bateau!

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Lorsque monsieur Schmouker évoque les quelques 800 millions de dollars qui sont versés au « Fonds vert » par l’entremise de la Bourse du carbone, il fait à toutes fins pratiques référence à l’année 2017 qui fut une des deux meilleures années en termes de redevances pour ce Fonds. Lorsqu’on consulte les historiques de reddition de compte, nous pouvons noter que la moyenne se situe plutôt entre 300 et 400 millions de dollars.

L’un des problèmes lié effectivement au Fonds vert, c’est le financement des projets qui ne sont pas toujours aussi écologiques que cela. Ceux qui bénéficient des subventions, sont plutôt ceux qui savent manœuvrer dans le dédale administratif. Dans de nombreux programmes, la bureaucratie qui existe également dans plusieurs municipalités, sont autant de freins pour concrétiser de bons projets qui pourraient éclore (dans le bon sens du terme) en offrant un meilleur encadrement à ceux qui ne sont pas toujours en phase avec toutes les formes d’administrations.

Ceci dit, je trouve que de verser de l’argent aux citoyens eux-mêmes est une bonne idée. Mais pourquoi se limiter aux seules dépenses à caractère écologique ?

Dans la projection qui nous est soumise par l’équipe Ragan, le calcul des dividendes versés l’est sur un montant de 400 millions, considérant que la moyenne se situe plutôt entre 300 et 400 millions, sur la base de calcul, le versement se situerait alors aux alentours de 100$ par familles par an. Si on vide de moitié le Fonds chaque année au profit des citoyens ; on risque de se trouver en situation de ne pas pouvoir financer d’autres projets de plus grande envergure qui requièrent plus de financement.

Ainsi des petits gains « écologiques » de l’ordre de moins de 2 dollars par mois per capita pourraient compromettre des projets plus urgents en matière de lutte contre les changements climatiques. Ce qui pourrait être une bonne idée initialement, consiste à faire un peu de saupoudrage sans pourvoir présumer de gains significatifs en termes de réduction de l’empreinte écologique.

— En conclusion : Les idées présentées ici ne sont pas d’une originalité extrême. Elles étaient déjà dans l’air depuis quelques temps. La question selon moi relève tout d’abord de la pratique. Comment met-on en marche de telles propositions, en combien de temps, combien de temps cela prend-il pour être un succès ?

Je trouve dommage qu’un fois de plus, le thème de l’habitat de qualité pour tous, soit balayé sous le tapis. Ainsi avec le « cache museau » obligatoire, le « cache misère » n’est même plus devenu une option.

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Idées interessantes, mais puisque vous mentionnez le fond vert, votre silence est assourdissant à propos des solutions à zéro-émission.

Oui le vélo électrique mais le transport collectif en diésel ce n’est pas brilliant, puisque la moitié du temps ces gros machins polluants se promènent à vide avec 1.0 personne à bord.

Nous avons atteint l’objectif de zéro-émission dans la mobilité électrique avec les VE comme la Québécoise Lion, Tesla, BYD …etc

Nous avons atteint l’objectif de zéro-émission avec la génération d’électricité zéro-émission comme les énergies solaire et éolienne et elles coûtent moins chères que le fossile.

Nous avons atteint l’objectif de zéro-émission pour faire du béton et de l’acier maintenant avec l’électricité.

Il reste à diminuer la pollution industrielle pour fabriquer les pièces qui composent tout ce qui nous entourent,
et
diminuer la pollution des mines en commençant par nos mines canadiennes qui sont parmi les plus polluantes au monde avec des pratiques qui ne respectent pas les droits humains.
Balayons devant notre porte avant d’accuser les minières des autres pays ou encore pire accuser les utilisateurs de ces minéraux.

Les pollueurs ne demandent pas mieux que de voir ce fond vert être détourné vers des idées sans-génies comme l’hydrogène soi-disant vert qui n’est qu’une façon détournée et malhonnête de l’industrie du fossile de nous refiler du gaz de fracturation pour fabriquer l’H et de prolonger notre dépendance au gaz méthane au détriment de la santé publique et l’environnement.

Ce fond vert devrait servir à supporter les entreprises qui ont pris le virage de la transition et non pas d’enfoncer ce fond vert dans le trou toxique que ceux qui tentent pas tous les moyens malhonnêtes de retarder la transition et qu’il faut tirer par les cheveux pour entrer dans le 21ième siècle comme le fossile, l’auto à pollution et l’agriculture industrielle avec les fermes à milles vaches.

Un déversement d’énergie solaire, ça s’appel une belle journée et c’est bourré de vitamine D.

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