4 mythes sur l’entrepreneuriat

La démarche entrepreneuriale est une démarche personnelle, mais elle se nourrit de l’apport de mentors, de conseillers, de réseaux et du soutien émotif provenant d’entrepreneurs qui ont subi les mêmes angoisses et les mêmes difficultés, dit Pierre Duhamel.

186675057-woman-pointing-at-document-on-table-in-gettyimages
Photo : Getty Images

Les petites entreprises ne sont pas les principaux créateurs d’emplois ; les nouveaux entrepreneurs sont plus âgés qu’on le pense ; il faut arrêter de croire qu’on pourra créer une nouvelle Silicon Valley dans sa région ; puis, malgré tout ce qu’on en dit, les incubateurs ne sont pas très efficaces pour démarrer de nouvelles entreprises.

Blogue EconomieVoilà en rafale quatre mythes sur l’entrepreneuriat qui sont détruits par une série de recherches effectuées par la Fondation Kauffman, aux États-Unis. Cette fondation, établie à Kansas City, est peut-être le plus grand producteur de recherches sur le phénomène de l’entrepreneuriat — et son plus grand propagandiste — aux États-Unis et dans le monde.

Dans une courte publication publiée cette semaine, son directeur de la recherche passe en revue quatre lieux communs qui alimentent les discussions autour de l’entrepreneuriat. C’est une recherche américaine, mais il y a fort à parier que les conclusions seraient semblables au Québec et au Canada.

Si vous comprenez l’anglais, je vous invite à regarder la vidéo qui illustre ses conclusions. C’est vraiment du très joli travail.

Premier mythe

On croit à tort que ce sont les petites entreprises qui créent les nouveaux emplois. C’est faux. Ce sont les nouvelles entreprises qui embauchent. C’est l’âge des entreprises qui est le facteur déterminant, pas leur taille.

Deuxième mythe

On a tous en tête cette image d’un Mark Zuckerberg qui crée Facebook à partir du campus universitaire d’Harvard, ou du jeune Steve Jobs qui fonde Apple à l’âge de 21 ans. On en trouve beaucoup, de jeunes entrepreneurs au début de la vingtaine, mais il y en a beaucoup plus qui vont créer leur entreprise entre 35 et 45 ans. Ces gens-là ont une expérience de l’entreprise et du marché du travail et ont un plus grand accès aux capitaux. Ils sont mieux armés pour réaliser leur rêve.

La population vieillit ; les nouveaux entrepreneurs aussi.

Par ailleurs, je note que l’indice entrepreneurial de la Fondation, qui est l’ultime référence sur l’état de l’entrepreneuriat aux États-Unis, est en baisse depuis 2010.

Troisième mythe

On ne créera pas de nouvelles Silicon Valley. La Silicon Valley est unique, et il est impossible de la cloner. On y trouve un écosystème complet (technologie, entrepreneurs à succès, énormes capitaux et main-d’œuvre ultraqualifiée) et riche d’une extraordinaire expérience en démarrage d’entreprises technologiques.

En revanche, je constate que les entreprises technologiques québécoises qui ont le vent dans les voiles, comme LightSpeed ou Frank & Oak, ont toutes des liens étroits avec «la vallée». Les entreprises canadiennes associées au programme C-100, qui leur donne accès aux Canadiens en position de leadership en Californie, ont levé presque un milliard de dollars en financement depuis la création de ce regroupement, en 2010.

C-100

Quatrième mythe

Rien ne permet de croire que les entreprises qui ont loué des espaces dans un incubateur réussissent mieux que les autres. Les incubateurs traditionnels, qui se contentent de louer des espaces, ne seraient pas des lieux propices à l’expérimentation et à la collaboration qui caractérisent l’entrepreneuriat.

La démarche entrepreneuriale est une démarche personnelle, mais elle se nourrit de l’apport de mentors, de conseillers, de réseaux et du soutien émotif provenant d’entrepreneurs qui ont subi les mêmes angoisses et les mêmes difficultés.

On ne crée pas un produit à huis clos et on ne devient pas entrepreneur en cachette.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

Laisser un commentaire

La plupart du temps les petites entreprises naissent et croissent dans le sillon de grandes entreprises. Ces grandes entreprises détienne le capital et sont souvent les clients de ces petites entreprises. Elles peuvent aussi devenir investisseurs, notamment en finançant ou en achetant à prix fort une petite entreprise qui aura eu une bonne idée. Bien sûr si cette grande entreprise a des racines locales les chances que la petite se développe ici sont bien meilleures…

Si on comprends cela on comprend que le Québec et même le Canada sont en mauvaise posture, les quelques grands leaders que nous avions dans le domaine techno sont soit disparus (Nortel) ou mal en point (RIM). Le gouvernement peut bien subventionner à tour de bras pour aider de petites entreprises à démarrer il manque ensuite cruellement de ressource et de capital pour passer à l’étape de croissance suivante. Résultat, malgré les milliards dépensés par l’état on ne va nulle part! Les petites entreprises ne deviennent pas grandes.

C’est important de comprendre ça, nous ne serons jamais assez riches pour créer des entreprises ou les attirer à coup de milliards avec l’argent des contribuables. Pour engendrer un vraie croissance il faut commencer par attirer des entreprises et du capital venant de l’extérieur. Or comme on attire pas les mouches avec du vinaigre il faut trouver autre chose. Ça commence par la fiscalité et un environnement réglementaire beaucoup moins contraignant, comme l’ont fait les états US « right to work » par exemple. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’on est pas à la veille de sabrer le Champagne!

Bonjour M. Duhamel,

La Fondation Kauffman produit effectivement d’excellents rapports et études sur l’état de l’entrepreneuriat aux États-Unis. Comme vous le soulignez, plusieurs entrepreneurs vont créer leur entreprise entre 35 et 45 ans, et l’on observe une baisse de l’entrepreneuriat chez nos voisins américains.

Par ailleurs, au Québec, comme vous le savez, la Fondation de l’entrepreneurship produit annuellement l’Indice entrepreneurial québécois qui dresse un portrait de la situation de l’entrepreneuriat et des entrepreneurs de la province. L’Indice 2014 indique une augmentation notable du taux d’intentions d’entreprendre et de démarches par rapport à 2013 dans la population générale, mais cette hausse est notamment attribuable au dynamisme entrepreneurial accru des jeunes (18 à 34 ans). Il s’agit d’une excellente nouvelle pour l’avenir du Québec!

Mais peu importe l’âge, l’un des ingrédients clés, pour tout nouvel entrepreneur, demeure l’accompagnement; le mentorat par les pairs. Comme vous le dites si bien : « la démarche entrepreneuriale […] se nourrit de l’apport de mentors, de conseillers, de réseaux et du soutien émotif provenant d’entrepreneurs qui ont subi les mêmes angoisses et les mêmes difficultés. » À ce sujet, les mentors bénévoles du Réseau M – mentorat pour entrepreneurs – ont à cœur la réussite des entrepreneurs d’ici et partagent leur expérience avec le plus grand nombre de mentorés possible.

Il est primordial de se préoccuper davantage de l’accompagnement des nouveaux entrepreneurs, mais le Québec a peut-être encore du chemin à faire… et vous avez bien raison de vous en préoccuper!