5 raisons pour lesquelles les politiciens doivent se tenir loin de la Caisse de dépôt

On assiste à une surenchère nationaliste entre Pauline Marois et François Legault sur les fonds que la Caisse de dépôt et de placement du Québec devraient impérativement consacrés pour préserver la propriété québécoise de certains de nos fleurons. Le PQ veut 10 milliards, la CAQ « ordonnerait » à la Caisse d’investir 20 milliards de dollars dans 25 grandes entreprises québécoises.

Quelle mauvaise idée ! Voilà pourquoi.

1. Depuis l’arrivée de Michael Sabia, la Caisse a considérablement accru sa présence dans l’actionnariat d’entreprises québécoises. La Caisse a investi dans des entreprises comme Gaz Métro, l’Industrielle-Alliance, Rona, CGi, Genivar pour soutenir leur développement, financer leur expansion internationale et, dans le cas de Rona, dissuader un acquéreur étranger.

Elle agit ainsi, car elle est persuadée qu’elle fait à la fois un bon placement tout en contribuant à l’économie québécoise. Ces deux raisons me suffisent.

2. Faut-il sauver toutes les entreprises ? La durée de vie moyenne d’une grande entreprise est de 10 ans. La durée de vie médiane d’une entreprise québécoise de plus de cinq employés est de 13 ans. Chaque entreprise a un cycle de vie. Soit qu’elle s’engage dans une profonde mutation qui en change fondamentalement la nature (Power Corporation, Québecor et Bombardier ont réussi l’exploit),  soit qu’elle est distancée et déclassée par de nouveaux joueurs plus innovants. On observe cette réalité aujourd’hui en voyant les menaces qui planent sur Nokia, Sony et RIM.

Par exemple, faudrait-il investir massivement dans RIM si elle était québécoise ? Tous mes instincts me diraient que non, mais c’est à ce type d’aventure que nous mènent les conceptions de Pauline Marois et de François Legault. Il faut investir dans une entreprise de qualité, le fait qu’elle soit québécoise ne devrait pas être un critère déterminant.

3. La propriété québécoise est-elle un objectif absolu ? La propriété étrangère est loin d’être un drame. IBM exploite à Bromont sa plus grande installation d’assemblage de puces au monde. Il y a des micro-processeurs «québécois» dans tous les produits IBM et, par exemple, dans les consoles de jeu XBox 360 (Microsoft) , Playstation 3 (Sony) et Wi (Nitendo).

Provigo, détaillant en alimentation québécois, n’avait plus d’avenir, notamment à cause du mauvais jugement d’anciens responsables de la Caisse de dépôt qui lui ont imposé un dirigeant de l’extérieur plutôt que le bras droit du fondateur. L’achat de Provigo par Loblaw a sauvé des milliers de jobs et les contrats de plusieurs fournisseurs.

4. Je veux que ce soit les professionnels de la Caisse qui exercent leur jugement en fonction de leurs objectifs de placement et de rendement et non pas parce qu’ils y sont obligés par une répartition d’actifs imposée par des politiciens.

Imaginez que la Caisse se retrouve dans une situation où elle doive acheter massivement des titres québécois alors que les menaces qui pèsent sur les marchés lui dicteraient de choisir des véhicules davantage à l’abri des remous. On obligerait la Caisse à prendre des risques supplémentaires qui pourraient pénaliser l’ensemble de ses déposants et l’ensemble des Québécois.

5. Le marché boursier n’est pas une sinécure. L’action de Bombardier fait du surplace depuis 10 ans et l’indice TSX de la Bourse de Toronto a perdu 17 % de sa valeur depuis cinq ans alors que  le S&P 500 accuse un recul de 8,43 % aux États-Unis pendant la même période. Il y a des moments pour acheter des actions et je ne veux pas substituer le jugement des professionnels par les commandes des politiciens.

Certes, la Caisse de dépôt obtient de bons résultats au Québec, en partie parce qu’elle jouit d’un avantage comparatif sur d’autres gestionnaires établis à l’extérieur de la province. Surtout, elle obtient ces bons rendements parce qu’elle scrute, analyse, évalue la qualité de ses placements avant d’acheter ou de vendre. Elle choisit les meilleures affaires en fonction de ses objectifs et de ses critères de performance et de diversification.

Dans l’univers interventionniste de François Legault et de Pauline Marois, tout serait simple. Elle devra acheter en fonction du fleur de lys, qu’importe les résultats immédiats et futurs de l’entreprise.

 

14 commentaires
Les commentaires sont fermés.

1) Les investissements actuels de la caisse dans l’économie québécoise sont influencés directement par les demandes du PQ et de la CAQ. Le mandat d’investissement du gouvernement libéral est celui qui a donné les pertes de 40 milliards en 2008.

2) Il n’est aucunement question de sauver des entreprises, ni d’investir dans toutes les entreprises. Par contre, si on veut que nos meilleures compagnies se développent à partir du Québec, elles doivent être protégées d’une prise de contrôle étrangère. Si le gouvernement intervient, nous allons être accusés de protectionnisme.

3) Donc, vous nous dite qu’un siège social n’est pas si important après tout?

4-5) L’investissement au Québec doit répondre à des critères sérieux. De plus,l’horizon doit être sur le long terme. Une bonne compagnie achetée sur le long terme sera toujours un bon investissement.

Lorsque Michael Sabia a été engagé pour diriger la Caisse de dépôt, nombre de personnes l’ont considérablement décrié, ce qui n’était pas mon cas. Depuis, on ne peut que donner un très bonne note à Michael Sabia pour sa gestion et il faut s’en réjouir.

Toutefois, ce sont bien les Libéraux de monsieur Charest qui ont changé les statuts de la Caisse avec ce concept « avant-gardiste » du rendement optimal. Il y a donc belle et bien eu intervention de l’état québécois dans la gestion de la Caisse.

À ce titre, je ne pense pas que monsieur Legault tout comme madame Marois ne sont, ni ne seront, ni ne seraient plus interventionnistes que les Libéraux. Il n’y pas selon moi de réelle contradiction entre laisser la Caisse poursuivre ces excellents travaux et exprimer au niveau d’un gouvernement des préférences, surtout lorsque celles-ci s’inscrivent dans une stratégie globale en termes de développement.

Dans un monde intelligent et équilibré, il devrait y avoir un dialogue ouvert et constructif de manière à respecter les impératifs de saine gestion de la Caisse et les orientations politiques d’un gouvernement conformément aux souhaits de la nation. Depuis toujours d’ailleurs et un peu partout dans le monde, les institutions financières sont acoquinées aux divers pouvoirs politiques.

Vous faites mention de Power Corporation, il n’y a pas de plus bel exemple, d’une compagnie canadienne qui commande aux politiques et aux politiciens et pas seulement au Canada. Paul Desmarais n’était-il pas le mentor de Nicolas Sarkozy ?

Citoyennement parlant, je n’ai pas le moindre problème avec les propositions de François Legault et celles de Pauline Marois qui selon moi, ne changeront pas foncièrement les excellents principes de gestions de la Caisse. Dans le meilleur des cas, cela viendra les renforcer.

Entrevoir un péril avéré pour cet établissement par l’élection d’une nouvelle équipe gouvernementale relève sensiblement du discours défensif et on voit poindre sous la jupe, le jupon d’un discours partisan. 🙂

Je suis d’accord dans l’ensemble. Le contenu québécois ne devrait pas être imposé politiquement, du moins pas à grande échelle. Cependant, je ne peux m’empêcher de croire que les décisions qui ont mené aux pertes lors de l’épisode du « papier commercial » ont été le fruit d’une mauvaise connaissance des produits dérivés (l’expertise sur ces produits ne devrait pas se trouver à la bourse de Montréal, à quelques coins de rue de la Caisse?!), mais ça c’est une autre histoire. M. Sabia semble en contrôle depuis.
Pour aider politiquement les entrepreneurs d’ici, je pense qu’il faut plutôt considérer des mesures fiscales, et faire appliquer les lois concernant la concurrence (un tabou qui devrait être adressé à l’échelle canadienne), entre autres.

Je suis complètement en accord avec vous,il y’a des spécialiste dans le domaine on n’a qu’à surveiller les crétins fraudeurs qui veulent s’y infiltrer,là est le travail d’un dirigeant c’est à dire nos gouvernements.

Loblaws s’était engagé à acheter des produits québécois pendant 7 ans.
Les 7 ans passés, allez voir ce qui reste de québécois sur les tablettes full cachères.

@ Claude Garcia

Ouais! Icite les opinions font pas mal conservateurs du PLQ qui est dirigé par les mêmes instances que la CAQ.

Évidemment il serait préférable que le parti libéral gagne majoritaire, ce serait bien moins de trouble qu’une coalition CAQ-LIBÉRALE.

Vous comprenez maintenant pourquoi on dit COALITION Avenir Québec la CAQ? Oui, COALITION LIBÉRALE.

Bien oui, j’en était sur que vous saviez que la CAQ est là pour accoter les conservateurs du parti libéral du Québec en cas de gouvernement minoritaire.

Les privatisations et les cadeaux aux grandes entreprises vont bon train et il ne faut pas tout stopper.

Remarquez que la caisse de dépôt à été très utile pour faire épargner un petit dix milliard à l’entreprise privé.

Faut bien que sa serve à quelque chose l’état et l’argent des contribuables. Après tout ils ne savent pas quoi faire avec.

C’est comme Hydro Québec. Les Québécois ne payent pas à la juste valeur pour leur électricité. Alors il faut bien qu’une entreprise privé achète Hydro pour vendre l’électricité DEUX fois et DEMI plus cher.

Alors, les Québécois vont apprendre ce que vaut l’électricité et le privé va empocher des profits faramineux sur l’électricité du Québec pour dompter les Québécois.

Y é ben commode ce parti là.

Je suis completement d’accord. Mais, j’ajouterais une autre point: la raison pour laquelle la Caisee existe c’est de fournir les prestations aux Quebecois. Dans le mesure ou la Caisse a une motivation different, tout les quebecois payeraient.

Il est collectivement irresponsable de ne pas se servir de ce pactole de 150 milliards pour permettre aux entrepreneurs québécois d’être plus performant.

J’aime mieux qu’on investisse dans une PME québécoise qui va faire du surplace pendant des années, que de perdre 70 millions dans BreX ou
2 milliards dans l’aéroport de Londres.

La Caisse de dépôt et de placement a été créé pour inluencer l’économie québécoise. C’est son devoir de le faire si c’est que le rendement qui compte comme vous prétendez, il serait plus simple de laisser les citoyens placer leurs argents individuellement au plus offrant. Nous ne sommes pas en pénurie de gestionnaires de fonds pour. Toutes les banques, toutes les compagnies d’assurance offrent des fonds mais ils ont la fâcheuse habitude de les faire d’investier et de les faire gérer à Toronto.

On nous sert toujours l’argument que la Caisse doit faire les meilleurs rendements possibles afin de pouvoir payer nos retraites. On ajoute ensuite que le marché canadien (lire le TSX) c’est à peine 3% de la planète. On complète le lessivage de cerveau en nous disant qu’il faut penser mondial, être ouverts sur le monde. Ca c’est la théorie.

Dans la vraie vie, cette aventure planétaire a mené au désastre de 2008: une perte de 25%, de 40 milliards de belles piasses durement gagné, alors que si on avait une petite gêne sur le modèle idéal, on n’aurait perdu que 15%, 15 milliards de moins.

Lorsqu’on investit au Québec, on sait dans quoi on investit et on crée des jobs icite. Lorsqu’on investit dans l’aéroport de Londres ou dans le papier commercial de Toronto, on ne sait toujours ce qu’on achète.

M. Pierre Duhamel considère que les dirigeants de la Caisse sont compétents et efficaces. Il y a peu de temps ils ont investi et perdu près de 20 milliards sur des papiers commerciaux par manque de jugement. Je crois que s’ils avaient investi dans des entreprises du Québec bien ciblées, il aurait été plus facile de les analyser et de les superviser. Il y a toujour des risques mais en misant sur de nombreux placements, l’effet positif sur l’ensemble de la prospérité du Québec aurait largement compensé pour certaines pertes.