5 réflexions sur les sièges sociaux

François Legault reproche à Jean Charest son indifférence et son laxisme alors qu’on observerait une baisse de 20 % du nombre de sièges sociaux au Québec. Legault, en bon nationaliste économique, affirme qu’il faut prendre tous les moyens pour protéger la propriété québécoises des grandes entreprises.

Cette position suscite quelques réflexions.

1. Qu’est-ce qu’un siège social au juste ? La question n’est pas anodine. Le siège social légal de la Banque de Montréal est situé rue Saint-Jacques à Montréal, mais le centre décisionnel de la banque est depuis longtemps à Toronto.

Autre zone d’ombre : Alcan a été vendue à Rio Tinto, mais tout le groupe aluminium du groupe est géré depuis Montréal par l’équipe de Jacinthe Côté. Rio Tinto Alcan (RTA) affichait des revenus de 12 milliards de dollars en 2011. Troisième cas : des sociétés privées comme Future Electronics, l’immense société de distribution de composants électroniques établie à Pointe-Claire, ou Développement Iberville (promoteur immobilier – famille Adams) font rarement partie des classements des plus grandes entreprises à partir desquels il est possible de calculer précisément le nombre de sièges sociaux.

2. Les temps changent et le nombre de sièges sociaux fluctue selon les époques. Il y a 100 ans, Montréal était la capitale économique du Canada. Bien avant l’élection du PQ en 1976 et l’adoption de lois linguistiques, on a assisté à une migration de l’activité économique vers Toronto. L’industrialisation du Midwest et de l’Ontario a favorisé ce phénomène et la place prépondérante de Toronto comme centre bancaire et financier du pays. La plupart des sièges sociaux des sociétés étrangères sont établis en Ontario, dont l’économie est presque deux fois plus grosse que celle du Québec.

On assiste ces dernières années à une montée fulgurante de Calgary qui aurait rejoint ou dépassé Montréal au niveau du nombre de sièges sociaux de grandes entreprises et qui pourrait devenir le grand centre économique du pays si la forte demande pour les matières premières et les hydrocarbures se maintient. Bref, on parle ici de tendances économiques lourdes qu’on enraye pas avec des lois ou des menaces. Le mieux qu’on mieux faire, c’est de créer un climat économique favorable et concurrentiel.

3. Les entreprises changent avec les technologies et le paysage concurrentiel. Des compagnies à bout de souffle sont constamment avalées par d’autres plus innovantes et plus riches. C’est pour cela que des entreprises comme Couche-Tard, CGI ou Saputo multiplient les acquisitions à l’étranger et sont des prédateurs dans leur secteur.

Du reste, toutes les entreprises québécoises doivent-elles survivre de toute éternité ? Cela n’arrive nulle part ailleurs, sauf dans les économies socialistes. La mort de certaines entreprises moins performantes et la naissance et la montée d’entreprises innovantes sont à la base même de notre système économique et de l’amélioration des conditions de vie et de travail.

La vente de Provigo à Loblaw a causé la perte d’un véritable siège social au Québec, dit François Legault. Fort bien, mais la naissance même de Provigo a signifié la disparition de quatre grossistes régionaux en 1969… et de quatre sièges sociaux. On devrait s’insurger à partir de quand au juste ?

4. Le problème du Québec, ce n’est pas que des entreprises meurent ou sont achetées par d’autres. Cela fait partie du cycle normal des affaires. Non, le véritable enjeu consiste à favoriser l’émergence de nouvelles entreprises et leur développement en moyenne, puis en grande entreprise. Connaissez-vous une entreprise québécoise affichant des ventes de plus de 1 milliard de dollars qui serait née il y a moins de 25 ans ? Non, le Cirque du Soleil a maintenant 28 ans. Je vois peut-être Dollarama (ventes de 1,6 milliard $ et 700 magasins), mais la famille Rossy a ouvert son premier magasin à Montréal il y a 102 ans.

Le salut du Québec passe par une active promotion de l’entrepreneuriat, pas par des lois contraignantes et des barrières. Nos champions seraient les principales victimes d’un tel régime, car on pourrait leur servir le même traitement sur les marchés étrangers.

5. Il va falloir en revenir de cette diabolisation des capitaux étrangers. L’économie ne repose pas seulement sur les grandes entreprises et n’est pas contrôlée ou menacée par les sociétés étrangères. En 2008, les entreprises étrangères contrôlaient seulement 20,6 % des actifs des entreprises en exploitation au pays selon Statistique Canada. Quant aux grandes entreprises (plus de 500 employés), elles ne représentent que 0,3 % du total des entreprises.

Enfin, une petite statistique sur la vigueur de l’économie québécoise. De 2006 à 2010, le nombre d’entreprises de plus de 500 employés est passé de 616 à 647 au Québec. On observe par ailleurs des reculs dans cette catégorie d’entreprises en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique.

 

 

 

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Il ne faut surtout pas oublier que les entreprises dont l’actionnariat est publique n’appartiennent pas vraiment aux québécois, mais à des fonds d’investissements locaux oui, mais étrangers aussi. Les fonds d’investissements locaux peuvent conserver des parts dans les compagnies étrangères qui se portent acquéreuses d’intérêts locaux s’ils croient en la stratégie à long terme.
Qui se plaindra d’avoir vendu ses actions d’Alcan à une valeur que l’entreprise pourrait ne jamais retrouver ?

Monsieur Legault dit beaucoup de choses qui plaisent au public qui pourtant ne sont pas expressément prouvées par les faits. Et globalement j’abonde en direction de vos 5 réflexions. D’ailleurs des entreprises comme Apple ou encore Microsoft qui font encore saliver les investisseurs ont commencé d’abord très petit.

Je pense que monsieur Legault sacrifie à la mystique des sièges sociaux uniquement parce que les employés dans les sièges sociaux sont usuellement bien rémunérés et cela nourrit l’illusion du prestige qui s’accorde avec sa mise en marché d’un : Québec de propriétaires. À la base de presque toutes réussites, vous avez au moins une idée. C’est cette propriété intellectuelle, ces inventions (voir Joseph-Armand Bombardier) qu’il faut promouvoir, diffuser et par conséquent supporter. Un Québec avec des idées est une belle promesse pour l’avenir qui permet de pressentir des temps plus heureux et plus auspicieux.

Pierre, excellent billet comme toujours. J’observe que référendum après reférendum, des compagnies de grandes tailles ou de petites tailles disparaîssent calmement. Quelques fois, des compagnies qui semblent avoir leur siège sociale içi, mais comme tu soulignes… les décisions sont prises de Toronto.

Les agences de publicité ont perdu beaucoup de contrats avec ces compagnies qui ont quitté, sans faire de bruit. Des millions de dollars en pub ont disparus. Tilden, Hilton, KLM, Canadien Pacific, etc. n’ont pas mérité de mention importante dans les médias.

L’instabilité avec les référendums qui reviennent toujours déjà depuis trop longtemps, est rarement analyser en détails, mais les répercutions depuis 40 ans sont très importantes et jouent fort au détriment de nos finances. On en parle rarement. On a peur d’en parler, car on va se faire sauter dessus et se faire traiter de vendus, de pourris et de traites, etc. Tremblay et Lepage savent de quoi je parle.

Un autre sujet qui est rarement discuté c’est l’exodus des contribuables bien nantis. Depuis 1961, plus de 600,000 (Stats Qc) ont quitté le Québec. Ne vous demandez pas pourquoi les coffres ne se remplissent pas souvent au Québec. Le coût du remplacement avec des immigrants est très coûteux et, malheureusement les immigrants n’ont pas toujours nos valeurs.

Ecoutez ce clip, le Canada connait les faits économiques du Québec, par contre peu de québecois sont au courant. Voilà 5 mois que je discute sur l’internet, c’est insupportable l’ignorance des citoyens sur notre économie.

Je blame ces gens que je nommerai pas, mais qui prêchent que le Québec est riche et que ceux qui disent le contraire, mentent ou font de la propagande pour le système fédéral. Ces personnes se connaiseent et tuent le Québec depuis des années.

Ce clip a rappelé au Canada une autre fois, notre situation économique dévastratice et notre dépendante sur le BS. Ouch! que çela pince! Qui de nos médias aura le courage de le dire si brutalement et clairement. Pierre, j’attend patiemment.

C’est pas Radio Canada qui vont se charger de nous éduquer correctement.

http://www.sunnewsnetwork.ca/video/featured/prime-time/867432237001/deadbeat-quebec-still-mooching-off-canada/1795709559001

« Il va falloir en revenir de cette diabolisation des capitaux étrangers. »

Et comment!

Parce que comme vous le dîtes nous ne créons pas assez d’entreprises ici alors (pendant que nous faisons des réformes pour encourager l’entrepreneuriat et cessez de pousser nos « riches » vers la sortie) nous devons attirer des entreprises étrangères.

Et on attire pas les mouches avec du vinaigre.

Ottawa a sauvé Potash alors qu’ils ont laissé filer Alcan.
Autre scandale: les directeurs d’Alcan qui se sont remplis les poches avec les options (la même chose risque d’arriver avec RONA)

Excellent article. Vous prouvez qu’il y a encore des journalistes objectifs dans notre presse

@ rod (# 5):

QUOI???

Vous voulez vraiment que Ottawa (le FÉDÉRAL pardieu!!!) mette son nez dans NOS affaires et protège des entreprises capitalistes qui exploitent nos pauvres petits travailleurs sans défense???

Ne devrait-on pas plutôt NATIONALISER Rona et ainsi protéger nos ressources naturelles de marteaux et d’écrous et nos recettes secrètes d’engrais à gazon?