50 ans de performance économique au Québec

Pierre Fortin se penche sur un demi-siècle d’évolution économique au Québec. Son constat ? L’emploi a fini par décoller ; reste à la productivité et aux salaires à faire de même.

Photo: Paul Hurteau/ Claude Parent/Québec Original

Pour mieux voir où l’on doit aller, il faut d’abord comprendre d’où l’on vient. Il est utile de faire le point de temps à autre sur la performance économique du Québec dans le temps et dans l’espace.

La mesure de performance économique globale que je vais utiliser à cette fin est le produit intérieur brut (PIB) par habitant de 15 à 64 ans (en dollars constants). Les 15 à 64 ans forment le principal bassin de recrutement des travailleurs qui réalisent le PIB. Au Québec, 96 % de tous les travailleurs en font partie. Les enfants de 14 ans et moins ainsi que les personnes de 65 ans et plus, qui ont accès aux fruits de la production mais y contribuent peu, en sont exclus.

On utilise souvent le PIB par habitant de tous les âges pour étudier la performance économique. Cette statistique, qui se rapproche du « niveau de vie », est une mesure de bien-être légitime, mais elle combine des éléments démographiques avec les facteurs proprement économiques. S’en tenir au PIB par habitant de 15 à 64 ans permet d’éviter la confusion entre économie et démographie.

La performance économique dans le temps et dans l’espace

Du point de vue temporel, je remonterai à la fin des années 1960, soit au seuil du quart de siècle très « spécial » de 1970 à 1995. Au Québec, cette période fut marquée par les relations de travail très difficiles dans le secteur public, la corruption et la violence dans la construction, le gigantesque projet de construction du barrage LG-2 à la Baie-James, trois référendums constitutionnels, de même que les deux récessions les plus profondes depuis la Grande Dépression des années 1930. On en est finalement sorti avec la reprise économique longtemps attendue de 1996 à 2000. Comme ces événements historiques ont pu masquer la vraie tendance longue de l’économie, il importe de faire commencer l’analyse du long terme québécois avant la période de 1970 à 1995. Je vais évidemment compléter mon examen de la performance en m’intéressant aux 10 dernières années, plus proches du temps présent, et déterminantes pour l’avenir.

Du point de vue géographique, on se comprend mieux quand on se compare. Je vais donc comparer la performance économique du Québec à celles de l’Ontario et des États-Unis, nos voisins et principaux partenaires économiques et financiers, ainsi qu’à celle de l’ensemble des cinq autres pays du G7, soit le Japon, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie, qu’on peut appeler le G5. La simplicité de la présentation sera bien servie par le fait que ces grands pays sont peu nombreux, mais engendrent néanmoins les trois quarts du PIB global des pays avancés de la planète. Cela permettra d’éviter une macédoine de chiffres.

La tendance à long terme dans les pays du G7

Le graphique 1 trace l’évolution du PIB par habitant de 15 à 64 ans aux États-Unis, au Canada et dans le G5 au cours des cinq dernières décennies. Il fait ressortir trois grandes tendances. La première est que la performance économique américaine est restée outrageusement dominante pendant toute la période de 1970 à 2017. Les États-Unis ont été et demeurent le leader technologique mondial incontesté. Leur principale difficulté n’a pas été la performance économique globale, mais l’inégalité de répartition du revenu qui l’a accompagnée. Leur énorme avance aboutit surtout dans les poches des 5 % les plus riches de leur société. Le revenu moyen de 95 % de la population américaine est en fait inférieur au revenu moyen de 95 % de la population canadienne.

La deuxième tendance révélée par ce graphique est que l’infériorité initiale du Canada par rapport aux États-Unis, de 13 % en 1970, n’a pas disparu, mais s’est au contraire creusée encore plus à partir du milieu des années 1980. Elle atteignait le double, soit 26 %, en 2017. La performance économique du Canada depuis 30 ans est inquiétante. Elle a fait l’objet de recherches intensives qui ont mis en lumière une multitude de causes possibles : défaut d’investissement des entreprises, faiblesse relative des entreprises technologiques, chute de la recherche-développement, petite taille des entreprises et du marché intérieur, diffusion trop lente des innovations, ralentissement dans des secteurs particuliers (pétrolier, minier, forestier, manufacturier, financier), etc.

Il importe de noter que cette baisse de performance comparée concerne l’économie canadienne dans son ensemble. L’Ontario et le Québec, qui en forment 60 %, ont forcément été touchés, mais c’est une erreur de croire que le problème est seulement ontarien ou seulement québécois ; il est pancanadien. La seule revue International Productivity Monitor (ici) a notamment publié 86 articles de fond depuis 2000 sur ce qu’il est convenu d’appeler le « problème canadien ».

La troisième tendance observable est que, cumulativement de 1970 à 2017, la croissance a été plus rapide dans les pays du G5 qu’au Canada et aux États-Unis. Par rapport au Canada, leur retard initial de 21 % a fondu à 3 % en 2017. Par rapport aux États-Unis, leur désavantage de 31 % en 1970 a été réduit à 23 % en 2017. Il faut comprendre qu’au départ, en 1970, les économies japonaise et européennes — le G5 — accusaient encore un retard important 25 ans après avoir été détruites par la Seconde Guerre mondiale. Leur trajectoire sur le graphique illustre le principe que la croissance vient plus aisément quand on tire de l’arrière sur le leader, parce qu’imiter est plus facile qu’innover.

La tendance à long terme en Ontario et au Québec

Comment les économies ontarienne et québécoise ont-elles évolué pendant ce temps ? Le graphique 2 permet de répondre à cette question en comparant leur PIB par habitant de 15 à 64 ans à celui des États-Unis à partir de 1966. On voit bien, premièrement, que la performance des deux provinces canadiennes relativement à celle des États-Unis s’est affaiblie depuis 30 ans. Cela correspond à la tendance d’ensemble pour le Canada rapportée au graphique 1. Au final, en 2017, l’Ontario accusait un retard de 27 % et le Québec de 29 % sur le voisin du Sud. On peut aussi constater, en comparant les performances du Québec et de l’Ontario (graphique 2) à celle du Canada entier (graphique 1), que les deux provinces centrales du Canada ont obtenu de moins bons résultats que l’ensemble du pays. Ce sont les provinces pétrolières et gazières de l’Alberta et, plus récemment, de la Saskatchewan et de Terre-Neuve qui ont porté la performance canadienne.

Deuxièmement, le PIB par habitant de 15 à 64 ans du Québec est resté inférieur à celui de l’Ontario pendant la totalité des 51 années, mais les deux trajectoires n’ont pas été exactement parallèles. Depuis 30 ans, le Québec a gagné du terrain. Son désavantage sur l’Ontario s’était bel et bien accru à la suite des tribulations des années 1970 à 1985. Il atteignait 13 % dans la seconde moitié des années 1980. Mais il s’est atténué par la suite, jusqu’à ne plus représenter que 3,5 % en 2017.

La tendance à court terme

La performance économique depuis une décennie mérite un examen particulier, parce qu’elle peut donner des indications fraîches sur la nature des défis à relever dans l’avenir et les moyens d’y parvenir. Le graphique 3 reprend les tendances des graphiques 1 et 2 afin de comparer la croissance cumulée du Québec à celle de l’Ontario, des États-Unis et des pays du G5 au cours de la période longue de 37 ans de 1970 à 2007 et de la période courte de 10 ans la plus récente, de 2007 à 2017.

On voit tout d’abord se confirmer qu’en 1970-2007 :

  • la croissance cumulée des PIB par habitant de 15 à 64 ans des deux provinces canadiennes a été à peu près la même ;
  • la performance des États-Unis a permis à ce pays d’accroître son avantage sur le Canada ;
  • les pays du G5 ont connu une croissance supérieure à celle de l’Amérique du Nord, de sorte que leur retard initial a été effacé par rapport au Canada et réduit quelque peu par rapport aux États-Unis.

Le même graphique montre ensuite qu’au cours des 10 dernières années (2007-2017), le comportement des quatre régions a été fort différent de celui observé en moyenne dans les quatre décennies précédentes (1970-2007) :

  • elles ont toutes les quatre enregistré des performances nettement moins glorieuses ;
  • la croissance a mieux résisté au Québec depuis 10 ans ;
  • elle a été plus rapide qu’en Ontario, aux États-Unis et dans le G5.

Le retard de performance du Québec sur les trois autres régions s’est donc atténué plutôt que de s’accentuer.

L’ascension fulgurante du taux d’emploi au Québec depuis 20 ans

Si le Québec a pu afficher une croissance de son PIB par habitant de 15 à 64 ans meilleure qu’en Ontario, aux États-Unis ou dans le G5 lors des années récentes, c’est principalement parce que son taux d’emploi a connu une ascension fulgurante depuis 20 ans. Comme le montre le graphique 4, il y a seulement 20 ans, en 1997, le taux d’emploi du Québec végétait loin derrière les taux des trois autres régions, à 63 %. Deux décennies plus tard, en 2017, il les devançait tous les trois, à 76 %.

Pour être juste, il faut tout de même observer que la moyenne du G5 cache le fait que, relativement à celui du Québec en 2017, le taux d’emploi était plus élevé au Japon et en Allemagne, le même au Royaume-Uni, et moins élevé en France et en Italie.

Il n’y a pas de mystère ici. Les mesures de conciliation travail-famille du Québec (garderies à tarif réduit et congés parentaux étendus, surtout) ont fortement encouragé la participation des jeunes Québécoises au marché du travail. Leur taux d’activité occupe maintenant le sommet mondial. De plus, comme on peut le constater au graphique 4, l’économie du Québec a moins souffert de la récession de 2009 que la plupart des autres économies avancées. C’est notamment grâce au plan d’infrastructures provincial lancé par la ministre Monique Jérôme-Forget au moment idéal en 2007.

Le lien étroit entre salaires et productivité

Faire en sorte que plus de personnes puissent travailler parmi celles qui sont dans les âges actifs est une source de croissance économique, mais ce n’est pas la seule. Faire en sorte que ces personnes produisent plus en moins d’heures de travail, c’est-à-dire augmenter la « productivité », en est une autre. La façon stupide d’y arriver est d’accélérer les cadences de production en poussant les employés à travailler plus vite et plus fort. Le cinéaste britannique Charles Chaplin a stigmatisé avec humour cette manière de faire dans son célèbre film de 1936 intitulé Les temps modernes. La façon intelligente d’y parvenir est d’équiper une main-d’œuvre bien formée avec des outils capables de canaliser les innovations en matière de technologie et d’organisation du travail vers des fins productives.

Rarement souligné dans les débats d’opinion est le lien intime qui existe entre la croissance de la productivité (PIB par heure travaillée) et celle des salaires. Productivité faible ou élevée entraîne salaires faibles ou élevés. Malheureusement, ce lien est souvent mal perçu. Une hausse ou une baisse de l’emploi rejoint directement les préoccupations de tous, parce que c’est concret. Par contre, une hausse ou une baisse de la productivité est généralement accueillie avec indifférence, parce que c’est abstrait. Le lien avec une hausse ou une baisse des salaires a beau être ce qu’il y a de plus étroit, il échappe à la perception immédiate. Mais il est réel, et fondamental.

La faiblesse de la productivité au Québec depuis 10 ans

Le côté faible de la performance économique récente du Québec est que, contrairement à la progression du taux d’emploi, les gains de productivité n’ont pas été fameux. Le PIB par heure travaillée a marqué le pas. Sa hausse cumulée en 10 ans, de 2007 à 2017, a été de 5,5 % seulement. En Ontario et aux États-Unis, deux régions où, à l’heure actuelle, on juge sévèrement depuis la progression « trop lente » de la productivité, sa hausse cumulée au cours de la décennie a été deux fois plus rapide qu’au Québec, soit 10,5 %. C’est dire toute la faiblesse de la productivité québécoise.

Ainsi donc, la bonne performance comparée du PIB par habitant de 15 à 64 ans du Québec doit beaucoup à l’amélioration de son taux d’emploi, alors que sa productivité n’a, par contre, pas beaucoup augmenté. L’investissement étant le tuyau dans lequel coule le jus du progrès technologique et de la productivité, une partie de l’explication du ralentissement de la productivité du Québec se trouve dans la dégringolade du volume réel d’investissement public (-20 %) et d’investissement privé non résidentiel (-16 %) de 2011 à 2015. L’austérité budgétaire provinciale de 2014 et 2015 en a remis par-dessus.

Heureusement, il est fort possible que l’expansion canadienne, la pénurie et le coût croissant de la main-d’œuvre, la crainte de voir le coût du capital bientôt augmenter, le retard technologique accumulé et les attentes ragaillardies quant à la croissance requinquent l’investissement et la productivité au Québec dans l’avenir. Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais 2017 montre déjà une amélioration bienvenue de la productivité québécoise après deux années de recul absolu.

Promouvoir l’éducation, l’emploi et la productivité

Comment fouetter la performance économique du Québec à partir de maintenant ? Il faut pousser sur l’éducation, le taux d’emploi et la productivité.

On ne le répétera jamais assez : l’objectif fondamental de l’éducation n’est pas mercantile ; c’est de former des êtres humains complets. Mais on ne peut négliger le fait qu’elle a une grande valeur économique. Les compétences générales et spécialisées que l’éducation produit sont un facteur déterminant de l’emploi et de la productivité, et donc du revenu et du bien-être des gens. La demande de nouvelles compétences engendrée par l’évolution technologique est en croissance continuelle. Si l’offre de ces compétences alimentée par le système d’éducation est incapable de suivre le rythme demandé par la technologie, la rareté qui en découle entraîne moins de croissance et plus d’inégalité.

Aujourd’hui, ce n’est plus seulement l’acquisition d’un premier diplôme au plus jeune âge possible qui est nécessaire, mais aussi la persévérance jusqu’à l’obtention d’un diplôme collégial ou universitaire. Faire de cet objectif une priorité individuelle et collective et prendre les moyens pour l’atteindre est essentiel si nous voulons qu’ici, chez nous, l’éducation gagne la course contre le progrès technologique dans laquelle elle est mondialement engagée.

Quant à notre taux d’emploi, à 76 % en 2017, il est parmi les plus élevés des pays avancés. Mais il y a encore moyen de l’augmenter, surtout en favorisant l’activité des 55 à 74 ans qui désirent travailler. Si 54 % des 55 à 74 ans faisaient partie de la population active au Québec (comme au Japon) plutôt que 42 % comme en 2017, le nombre de Québécois actifs serait plus élevé de 260 000. Ce n’est pas rien. Il faudrait voir comment s’y prendre.

Côté productivité, on doit appuyer toute forme d’investissement qui développe ou canalise les avances technologiques et organisatrices, que ce soit par imitation ou par innovation. Et il faut continuer à favoriser la voie des exportations vers l’Europe et les pays émergents, à la fois pour mieux équilibrer notre portefeuille de destinations géographiques et pour bénéficier des contacts internationaux à la frontière technologique.

Le « bon exemple » de l’Australie

L’Australie a suivi cette orientation avec succès depuis 20 ans, en partie guidée par la Productivity Commission, une agence publique qui lui a permis de garder en tout temps « les deux mains sur le volant » de la productivité. L’expérience australienne (décrite ici) montre que le rapport avantages-coûts d’un tel organisme a été particulièrement favorable. De 2007 à 2017, le PIB par heure travaillée de l’Australie a progressé non pas de 5,5 % comme au Québec ou de 10,5 % comme en Ontario et aux États-Unis, mais bien de 15 %.

Il m’apparaît souhaitable que le Québec assure la permanence du Conseil consultatif sur l’économie et l’innovation (CCEI), qui a été mis sur pied en octobre 2016, et qu’il lui confie un mandat comparable. Le CCEI, selon son mandat, devait « élaborer des propositions concrètes, innovantes et inclusives afin de stimuler l’investissement privé, accroître l’innovation, renforcer la compétitivité du Québec et intensifier l’internationalisation des entreprises québécoises ». C’est exactement ce que les Australiens ont tenté et, en toute apparence, réussi.

Résumé

  1. La performance économique d’un territoire proprement dite se mesure par le PIB par habitant de 15 à 64 ans. Le PIB par habitant de tous les âges, lui, se rapproche plutôt du « niveau de vie », mesure de bien-être qui est légitime, mais combine des éléments démographiques avec les facteurs économiques. Le PIB par habitant de 15 à 64 ans permet d’éviter la confusion entre économie et démographie.
  2. Il importe de faire commencer l’analyse de la performance économique du Québec avant la période de 1970 à 1995, parce que cette dernière a été particulièrement agitée sur les plans économique, politique et social, ce qui a ainsi pu masquer la vraie tendance à long terme.
  3. La performance économique du Québec est comparée ici à celles de trois régions : l’Ontario, les États-Unis et l’ensemble des cinq autres pays du G7.
  4. Telle que mesurée par le PIB par habitant de 15 à 64 ans, la performance économique américaine a outrageusement dominé la période de 1970 à 2017. Dans ce pays, c’est le partage de la richesse, de plus en plus inégal, qui pose problème.
  5. L’infériorité économique initiale du Canada par rapport aux États-Unis (-13 % en 1970) n’a pas disparu depuis 50 ans, mais s’est au contraire creusée encore plus à partir du milieu des années 1980 (-26 % en 2017). Le retard économique croissant par rapport aux États-Unis n’est pas spécifiquement québécois. Il est pancanadien.
  6. Cumulativement de 1970 à 2017, la croissance du PIB par habitant de 15 à 64 ans a été plus rapide dans les cinq autres pays du G7 qu’au Canada et aux États-Unis. Au départ, en 1970, les économies japonaise et européennes accusaient encore un retard important sur l’Amérique du Nord 25 ans après avoir été détruites par la Seconde Guerre mondiale.
  7. En somme, de 1970 à 2007, la croissance cumulée du PIB par habitant de 15 à 64 ans a été à peu près la même dans les deux provinces canadiennes. Mais cette croissance commune a été inférieure à celle des États-Unis et des autres pays du G7.
  8. Depuis 10 ans, de 2007 à 2017, la croissance du PIB par habitant de 15 à 64 ans a ralenti dans les quatre régions observées, mais elle a mieux résisté au Québec qu’ailleurs. Le retard de performance du Québec sur les trois autres régions s’est ainsi atténué plutôt que de s’accentuer.
  9. La croissance a été plus rapide au Québec parce que son taux d’emploi a connu une ascension fulgurante, passant de 63 % en 1997 à 76 % en 2017. Cela est surtout attribuable aux mesures québécoises de conciliation travail-famille, qui ont fortement encouragé la participation des jeunes femmes au marché du travail, ainsi qu’à une récession moins profonde au Québec en 2009.
  10. Contrairement à la progression du taux d’emploi, les gains de productivité (PIB par heure travaillée) n’ont pas été fameux au Québec de 2007 à 2017 (+5,5 % en 10 ans). L’importance de ce phénomène vient de l’existence d’un lien étroit entre les salaires et la productivité. Faible productivité entraîne faibles salaires.
  11. Le ralentissement de la productivité du Québec s’explique en partie par la dégringolade du volume réel d’investissement public (-20 %) et privé non résidentiel (-16 %) de 2011 à 2015, ainsi que par l’austérité budgétaire provinciale pratiquée en 2014 et 2015. Heureusement, 2017 a montré une amélioration de la productivité québécoise après deux années de recul absolu.
  12. On peut espérer améliorer la performance économique du Québec en poussant sur l’éducation, le taux d’emploi et la productivité.
  13. Aujourd’hui, ce n’est plus seulement l’acquisition d’un premier diplôme au plus jeune âge possible qui est nécessaire, mais aussi la persévérance jusqu’à l’obtention d’un diplôme collégial ou universitaire.
  14. Il y a encore moyen d’augmenter le taux d’emploi du Québec, surtout en favorisant l’activité des 55 à 74 ans qui désirent travailler.
  15. La productivité peut s’améliorer si on appuie les investissements publics et privés porteurs de même que les exportations vers l’Europe et les pays émergents.
  16. Il est souhaitable que le Québec assure la permanence du Conseil consultatif sur l’économie et l’innovation (CCEI), qui a été mis sur pied en octobre 2016, et qu’il lui confie un mandat comparable à celui de la Productivity Commission, qui a aidé l’Australie à accélérer sa productivité depuis 20 ans.
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15 commentaires
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Une bonne formation, avec répartition appropriée entre développement de la personne et acquisition de connaissances professionnelles dans des secteurs qui promettent, est indiscutablement importante.

Pourtant, ma propre expérience est révélatrice d’une certaine vérité. Toute formation est une forme de spécialisation. Il faut donc savoir canaliser cette spécialisation vers son utilisation optimale, et savoir récompenser la personne ayant acquis cette spécialisation pour l’effort et le jugement donné pour son acquisition.

Or, dans mon cas, même si je ne suis pas trop à plaindre, je reste avec l’impression que mon employeur (i.e., mes supérieurs, avec qui j’étais en compétition) s’attardait plus sur mes faiblesses, qui avaient peu à faire avec les exigences de l’emploi, que sur les connaissances réelles que j’avais qui auraient pu mieux faire avancer l’entreprise.

A quel point l’écart de 26% entre le Canada et les USA repose sur le faible dollar canadien? Dollar à 77 cennes us qui a déjà atteint la parité et même plus au tournant des années 10?
Est-ce qu’un employé de Mcdo au Canada est moins productif qu’aux USA? Un chauffeur de camion? Un prof? Une infirmière? Bref, où est la différence significative?

« Bref, où est la différence significative? »

Posons la question suivante. Est-ce que Celine Dion est plus « productive » que Marie-Mai ? Selon cette définition naïve de « produi[re] plus en moins d’heures de travail » pourrait-on dire que l’une est plus productive que l’autre ? Mise à part le talent, les deux font le même travail, produisent le même effort, elles chantent sensiblement le même nombre de chansons durant les spectacles et ils ont plus ou moins la même durée. Pourtant, Celine Dion est la plus productive des deux, puisque son PIB (revenu) divisé par les heures travaillées est plus grand que Marie-Mai.

Au sujet des avantages de la productivité, je citerai Henry Minztberg : « Un article publié en décembre 2005 dans le International Herald Tribune sur la hausse de la productivité aux Etats-Unis en donnait l’explication suivante en sous-titre : « Les coûts de main-d’oeuvre diminuent et les ventes augmentent ». Voilà le moyen utilisé par les grandes entreprises américaines cotées en Bourse pour atteindre des niveaux records de productivité. Depuis 2001, la majorité des PDG de ces entreprises poursuivent deux objectifs : maximiser le rendement de l’avoir des actionnaires et encaisser au passage des millions de dollars en options sur ces actions.

Pour y parvenir, ils ont congédié des milliers de travailleurs, accru les pressions sur les cadres intermédiaires, affaibli sinon cassé les syndicats, en plus de réduire la qualité des produits et du service à la clientèle. On détruit les entreprises mais on est incroyablement productifs !

Ces gains de productivité sont des pertes. » (La productivité selon Henry Mintzberg, La Presse, entrevue de Jacinthe Tremblay)

Vous avez raison monsieur Sauvageau mais la dispora des membres des conseils d’administration ne regardent que le rendement sur les actions qu’ils détiennent.

Sauf erreur, cette économie de « prédateurs » dite « capitaliste » est plutôt celle du « capitalisme sauvage » bien encrée dans les moeurs et que l’on préfère appelé depuis quelques années « économie de marché ».

Depuis 2008, les sommes dépensées en Amérique du Nord en terme de recherche et développment fond comme du beurre au soleil. Cette économie ne pourra subvenir aux besoins des prochaines décennies, même ceux de base.

Si le Canada continue à diversifier son portefeuille d’exportation comme P.E. Trudeau s’est afféré à le faire durant plus de 18 ans, nous pourrons espérer à respirer sans trop d’anxiété. Si Brian Malronné n’avait pas mis la hache dans 18 ans de travail pour vendre le Canada aux États-Unis, nous n’en serions pas là aujourd’hui.

Très intéressant comme sommaire couvrant près de 40 ans. Il n’en demneure pas moins que du point de vue salaires, se sont les canadiens qui, de par leur « économie sociale » dont la répartission de la richesse fait partie d’une primauté sur tout autre aspect économique et a pu permettre aux canadiens de conserver leur tête bien haute. L’Arabie Saoudite a la même population que celle du Canada et un PIB par capita essentiellement identique à celui du Canada, mais à combien de citoyens cette « richesse » profite t’elle ?

Aznavour chantait que « la misère serait moins pénible au soleil » (emmenez-moi, 1968) cette figure de style démontre qu’elle n’était en rien, une métaphore.

La province de Québec par rapport à l’Ontario comportent comme principale distinction le fait que le Québec s’est contrainte à se limiter dans une économie à secteur unique, celle du primaire telles que les mines, la foresterie et la pèche. Durant ce temps l’Ontario a préféré s’inscrire dans une économie beaucoup plus vaste couvrant les trois secteurs économiques.

Nous connaissons aujourd’hui, 50 ans plus tard que les mines vivotent au gré du prix des métaux du marché international dont le Québec fait fausse route principalement par une rémunération hors du commun.

La foresterie est presque chose de passé, les feuillus n’existent presque plus et doit se limiter qu’aux conifères frêles qui restent. Pour obtenir une nouvelle ère de coupe de feuillus, il faudra attendre 50 ans.

En ce qui a trait à la pêche, c’est chose du passé depuis 20 ans.

Il y a bien et un secteur tertiaire mais il ne fait que suivre ce qui provient des autres provinces et des États-Unis et ne règne par les innovations.

Comment voulez-vous intéresser les jeunes à poursuivre leurs études dans un contexte semblable ? Le taux rachitique d’étudiants possédant un diplôme du secondaire (sans compter ceux qui retournent finir leur secondaire plusieurs années par la suite par des éctudes écourtées) est le plus élevé au Canada et ressemble à celui des États-Unis.

S’il fallait résumer ce texte en trois mots, ce serait : Prospérité, performance et productivité.

Bien que cette présentation soit fort bien faite, je dois reconnaitre que le jeu des comparaisons m’ennui toujours un peu. Ainsi par exemple, ce qui est défini comme le G5 est — s’il fallait étudier ces pays distinctement -, probablement moins homogène qu’il n’en parait.

La structure du G7 est à toute fin pratique un G8 puisque l’UE (l’Union Européenne) est de facto membre du G7, usuellement l’Espagne est un membre invité puisque son poids économique croit constamment alors que son PIB per capita dépasse celui de l’Italie. Dès 1975, l’Espagne se comptait comme la neuvième puissance industrielle du monde. La marge entre de nombreux pays est en train de rétrécir.

Un autre aspect qui mériterait d’être étudié, c’est l’interdépendance des économies. Ainsi, comment chaque région du Canada sont-elles interdépendantes les uns des autres (et pas seulement le Provinces) ? Pendant que se négocie un nouvelle ALENA, la question est de savoir de quelle façon des économies partenaires doivent-elles s’articuler pour que ces partenariats soient plus profitables pour toutes les économies et de quelle façon doit ou devrait se faire une forme d’intégration réussie des économies ?

Ce genre d’observations est valable dans le cadre de l’Union Européenne. Le succès économique de l’Allemagne est très dépendant de la commande des autres pays de l’UE, lorsque cela peut constituer un facteur de déséquilibre au sein de l’Union.

L’une des questions soulevée par cet article, c’est le lien qui existe entre l’investissement et l’accroissement de la productivité. L’une des questions qui peut être posée c’est : pourquoi l’investissement ne suit pas ? Une autre question pourrait-être posée c’est : sommes-nous assez nombreux au Québec pour attirer assez de capitaux ? Pourquoi des entreprises d’ici qui pourraient investir plus ici, pourquoi investissent-elles ailleurs ? Pourquoi se contentent-elles de placer leur « cash flow » quand ces placements rapportent plus que l’outil de production ?

Bien que plus de personnes occupent un emploi, nous pourrions peut-être nous poser la question suivante : avons-nous choisi les bons outils pour développer ou pour employer au mieux le bassin de main-d’œuvre potentiel et/ou existant ? Se peut-il malgré les résultats encourageants qu’on ait laissé bien du monde sur le carreau ? Est-il possible qu’il y ait beaucoup de personnes avec compétences qui occupent des emplois inférieurs à leur qualification ?

Je partage pleinement, l’opinion de Pierre Fortin pour le modèle d’activité du Japon, il faudrait effectivement miser sur la technologie et notre capacité de pouvoir fonctionner avec ces technologies jusqu’un âge avancé dans le temps.

Pour finir, j’apporterai un léger bémol sur l’exemple australien. L’Australie s’est trouvée avoir été soutenue par une arrivée assez massive d’émigrants — dont bon nombre bien instruits -, et de sa position géographique (volume des échanges avec l’Asie). Cette mutation néanmoins, pourrait masquer peut-être des problèmes de société plus préoccupants.

Pourquoi l’investissement a-t-il « capoté » au Québec de 2011 à 2015 ? Je crois bien que le choc démographique en explique une bonne partie. Avec l’arrêt de croissance de la population de 15 à 64 ans à partir de 2011, nos entreprises (pas folles) ont pris acte du ralentissement marqué de leurs ventes de 2011 à 2015 (+1,3%/an) par rapport à la période, disons, de 1997 à 2007 (+2,7%/an). En plus, la demande n’avait pas encore recouvré de la récession de 2009 et l’austérité de 2014 et 2015 a prolongé le temps pris à récupérer. Elles ont donc logiquement pris la décision de ralentir le rythme d’implantation de nouvel équipement. Encore une bonne question de votre part. PF

@ Pierre Fortin,

Merci beaucoup pour cette réponse et nous faire profiter fort aimablement de vos lumières (ou à tout le moins de vos connaissances). Vos propos établissent bien que la démographie est une composante essentielle dans le déclenchement du processus d’investissement.

Une composante dont devraient prendre plus compte nos gouvernements.

Mon questionnement était cependant (comme c’est souvent le cas) à plusieurs volets :

Comme il appert que les entreprises ont pris acte du ralentissement, qu’ainsi elles diffèrent le moment d’investir. Cela ne contribue-t-il pas en partie à réduire notre compétitivité ? N’assiste-t-on pas à une tendance — qui n’est pas une particularité du Québec (mais plutôt un fait avéré dans la plupart des économies occidentales) -, lesquelles privilégient toutes formes de placements financiers qui favorisent le rendement de l’argent, au détriment plus spécifiquement de la production (équipement) et de la valorisation des ressources humaines ?

Peut-on inverser cette tendance ? Ne devrait-on pas récompenser les entreprises qui investissent dans leurs entreprises ?

Et maintenant, sous la férule des Libéraux et surtout grâce à leur rigueur budgétaire, le Québec paie maintenant MOINS en intérêt que l’Ontario. Du jamais vu!!!

Ça s’ajoute à toutes les autres excellentes nouvelles économiques (taux d’emploi, taux de chômage, etc…) qui dégringolent actuellement sur le Québec.

Merci à Messieurs Couillard et Leitao pour leur excellent travail. Dire qu’il y en a qui veulent les remplacer… Par qui je vous le demande…?

On a annoncé que le Canada voyait son taux d’inflation augmenter à 2,2 % récemment. Le taux directeur de la Banque du Canada risque d’augmenter, lui aussi. Vous êtes naïf de penser que les obligations québécoises resteraient aux mêmes taux si l’inflation continuait sa poussée et croyez-vous que les investisseurs chinois, dont Québec tente le marché (obligations panda), vont se contenter des taux bon marché actuel quand d’autres offrent de meilleurs taux ?

@ Marc sauvageau:

Pourquoi vous acharnez-vous continuellement à dénigrer les bonnes nouvelles pour la province de Québec?

Pour vous contenter, faudrait qu’au Québec le chômage dépasse les 10%? Que nous payions 3 fois plus d’intérêts sur notre dette provinciale que l’Ontario? Que notre taux d’employabilité soit le pire des autres provinces Canadiennes?

Nous avons ici clairement le résultat éblouissant de la politique de la gestion rigoureuse Libérale des finances au Québec (je vous souligne que TOUS les autres partis politiques avaient des plans de rigueur dans leurs cartons mais que les Libéraux ont été les SEULS à avoir le COURAGE de l’appliquer!!!) et vous êtes toujours insatisfait?

Moi je vois le verre à demi plein…

Je m’attaque à l’ignorance, point. Les taux d’intérêt n’ont aucun lien avec la gestion de l’État. Pour preuve, les Japonais détiennent la dette publique la plus gigantesque au monde, au grand regret des agences de notation, et ils empruntent à des taux à faire pâlir le gouvernement Couillard.

Bon article, Pierre, pour moi qui vient à peine de découvrir le Canada et le Quebec en particulier. Quelqu’une/quelqu’un pour m’edifier d’avantage?…

M. Sauvageau. L’augmentation des taux d’inflation était depuis des années bien documentée. Les gouvernements ont joués à l’autruche en laissant les taux d’intérêts (prime rate) le plus bas possible afin que les « millionnaires d’un jour » puissent payer leur hypothèque sans connaître une seconde bulle telle que celle de 2007. Depuis 10 ans les hypothèques ont progressées durant que les banques ont encaissées le plus gros des intérêts sur ces prêts.

Les gouvernements ont du même coup augmenter les critères pour que d’autres « millionnaires d’un jour » ne puisse faire la même chose.

C’est donc le temps de remettre les pendules à l’heure et procéder à une inflation pour arrêter les dépenses discrétionnaires (notamment par endettement soit par cartes de crédits, ligne de crédit et prêts personnels) afin de diminuer les inventaires de multinationales et ses distributeurs nationaux qui ont des bôites pleine au delà de leur plafond.

Nous vivons depuis 3 ans le même scénario que celui des années 79-83 pour des raisons différentes mais avec des résultats similaires.

Si vous suivez la progression des taux sur les prêts sur un, cinq et dix ans, vous aurez constater que depuis cinq ans, les taux ont augmentés en flèche… et ce n’est pas terminé.