60-40 (rectificatif)

Nouriel Roubini, peut-être l’économiste américain le plus lucide (sinon le plus dépressif !) conclut sa dernière chronique portant sur ses prévisions économiques de 2012 en paraphrasant l’actrice Bette Davis dans Eve, « Attachez vos ceintures de sécurité, cette année ça va secouer ! »

L’ensemble des économistes, pas juste Roubini, sont inquiets. Ils n’aiment pas ce qu’ils voient autour d’eux et on dirait que seule une petite gêne les empêche de nous annoncer les pires calamités. Depuis deux semaines, j’ai entendu deux économistes hésiter tout haut entre deux scénarios pour l’année qui vient, un mauvais et un autre encore plus mauvais.

Leo Abruzzese, directeur des prévisions internationales pour The Economist Intelligence Unit (et on Karen Ward – c’est mon erreur) et Martin Coiteux, professeur agrégé au service de l’enseignement des affaires internationales à HEC-Montréal, accordent tous les deux 60 % de probabilités au mauvais scénario et 40 % à la plus mauvaise hypothèse.

60-40 pour un économiste, c’est comme un 60-40 pour un météorologue, cela veut dire dans le langage courant que les probabilités sont égales. Habituellement, les économistes donnent des probabilités de l’ordre de 80 % à leur premier scénario parce qu’ils croient vraiment que c’est celui qui a le plus de chance de se concrétiser. À 60-40, c’est qu’ils ne sont sûrs de rien.

Quel est le « moins pire » scénario, celui qui serait le plus susceptible – mais à peine – de se réaliser ?

Selon Leo Abuzzese, la meilleure hypothèse se traduira par un taux de chômage élevé, une faible demande dans les pays développés, une récession en Europe, moins de dépenses gouvernementales, une très grande volatilité des marchés, des banques sous pression qui accordent moins de prêts, une économie américaine qui montre de légers signes de vitalité et des marchés émergents résilients.

En gros, c’est un peu la continuité de la situation actuelle avec beaucoup d’inquiétudes et d’angoisses et des chefs d’État et des gouverneurs de banques centrales qui tentent à chaque jour de trouver  la façon d’éviter le pire.

Le pire, c’est le deuxième scénario. La discorde européenne se traduirait par la fin de la zone euro, les marchés paniqueraient encore plus, la confiance s’écroulerait, la demande serait fortement réduite et le monde entier entrerait en récession, explique Leo Abruzzese.

« Un scénario de ruptures, plus probable à chaque semaine qui passe », croit Martin Coiteux. Certains des éléments de ce scénario catastrophe sont déjà observables : les pays ne sont plus capables de se coordonner et de faire des compromis et chaque gouvernement tente de sauver sa peau en accusant les voisins d’être responsable du gâchis. C’est le retour du chacun pour soi alors que les opinions publiques se radicalisent et qu’on assiste à la montée du nationalisme et du protectionnisme.

Pendant ce temps, les dettes publiques exploseraient et les gouvernements, ruinés, seraient impuissants. Les marchés émergents seraient touchés et le prix des matières premières reculerait, ce qui aurait un grand impact sur le Canada.

Toujours selon l’économiste de HEC-Montréal, une telle récession serait plus violente qu’en 2008-2009 et l’économie resterait anémique pendant plusieurs années. « Ce serait la fin d’une époque », conclut Martin Coiteux.

« Le problème, dit-il, c’est que personne n’est préparé ici à une telle situation et que nos débats locaux ne tiennent pas ou peu comptent des enjeux internationaux. ».

60-40. Pensons-y, le scénario du pire est beaucoup plus probable que de voir les Canadiens gagner la Coupe Stanley.

Mais pas besoin de me demander ce qui préoccupe vraiment les Québécois aujourd’hui…

 

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Le plus terrible dans tout ça, c’est que les Québécois et les Canadiens n’ont pratiquement aucune influence sur ces développements. Les yeux sont rivés sur l’Europe, si elle peut se redresser, on évitera le pire, sinon, alors le jeu des dominos nous damnera tous.

Les Américains ont réussi à stabiliser leur secteur financier en utilisant la planche à billets, la Réserve Fédérale a imprimé des milliers de milliards de dollars pour recapitaliser les banques en danger. Le Canada a pour sa part éviter le pire, pour le moment, mais le secteur immobilier dans certaines régions, notamment l’Ontario et la Colombie-Britannique, semble être dans une bulle spéculative qui peut soit exploser, causant une catastrophe, ou se dégonfler, ce qui amortirait le choc, mais qui ne serait pas positif pour l’économie non plus.

La plus grande menace pour la reprise économique est l’austérité qui devient la norme. Au début de la crise, les pays se sont ralliés pour stimuler chacun de son côté leurs économies, ce qui a évité une réédition de la Grande Dépression, mais voilà que les pays, encouragés par des économistes orthodoxes anxieux de l’inflation et des déficits publics, se tournent vers l’austérité. Or, l’austérité implique que le gouvernement dépense moins et prélève plus, parce que tout ce qu’une économie produit doit être consommée, cela risque de pousser nos économies vers la récession. Il faudrait que le secteur privé puisse reprendre le flambeau et consommer plus en même temps que le gouvernement consomme moins. Or, ce ne sont pas les consommateurs surendettés des pays occidentaux qui vont pouvoir consommer beaucoup plus. Les États-Unis se tournent vers l’austérité par défaut, les Républicains bloquant tout nouveau stimulus. Harper au Canada fait de même pour des raisons idéologiques, il a fait un programme de stimulus économique à contre-coeur, forcé par l’opposition majoritaire, maintenant dégagé de cette influence, le naturel revient au galop.

En Europe, l’union monétaire fait des ravages. Privés d’une banque centrale qui pourrait leur prêter de l’argent par les planches à billet, plusieurs pays européens risquent le défaut à cause des taux d’intérêt trop élevés sur leurs dettes. Ces pays n’ont en général pas été trop dépensiers, mais leur inflation interne était plus élevée que dans le coeur économique de l’Europe (surtout l’Allemagne), ils sont donc devenus non-compétitifs, ce que des bulles financières ont caché pendant des années. L’Euro est la cause du problème, pas les dettes publiques.

La solution retenue (et imposée) par les technocrates européens et le gouvernement Allemand est d’imposer l’austérité à tous les pays et de soumettre les pays les plus affectés à des dévaluations internes, leur mettant tout le poids de l’effort du réajustement structurel sur leurs épaules. Ceci est une approche totalement catastrophique, même les estimations les plus optimistes parlent de près de 10 ans de récession perpétuelle pour obtenir le réajustement désiré dans les pays affectés de la zone Euro. Le nouveau pacte de stabilité proposé par Merkel impose également des années d’austérité même aux pays non affectés comme la France, l’Autriche et même l’Allemagne. Mentionnons au passage que ce nouveau pacte met fin à la démocratie européenne sur les politiques budgétaires, désormais imposées par les technocrates de Bruxelles et (surtout) Francfort.

J’irai jusqu’à dire qu’entre ce nouveau pacte de stabilité et l’effondrement de l’Euro, l’effondrement de l’Euro est le moindre des maux.

Il faudrait à court-terme que la Banque Centrale Européenne achète la dette des pays les plus affectés et qu’une politique inflationniste soit adoptée pour que le réajustement entre les différents pays européens se fasse beaucoup plus rapidement et avec moins de souffrance. Des programmes de stimulus économiques doivent être relancés en Europe pour permettre à l’austérité des pays en réajustement de fonctionner. À plus long-terme, l’Euro doit être modifiée pour mettre plus de flexibilité dans le système (et non moins comme le propose Merkel). Certains politiciens parlent de réintroduire les monnaies nationales parallèlement à l’Euro, une monnaie commune et non unique. C’est une piste intéressante.

Au niveau mondial, la mondialisation où le capital est dans un régime de libre-échange alors que les travailleurs sont restreints dans leur frontière nationale ne marche pas. Cela résulte dans une concentration des richesses toujours plus grande qui met la table pour des crises de ce genre car elle contraint les consommateurs à s’endetter pour pouvoir consommer la production additionnelle accompagnant la croissance économique.

Le retour du protectionnisme? Oui, mais un protectionnisme plus intelligent. Un protectionnisme qui protège les industries des pays occidentaux d’une compétition déloyale du tiers-monde. Un protectionnisme qui rend les frontières plus visqueuses aux mouvements de capitaux afin de diminuer la spéculation. Un protectionnisme basé sur des traités d’échange commerciale juste, tenant en compte les distorsions relevant de la nature des différentes économies. Par exemple, le libre-échange entre des pays similaires comme le Canada et les États-Unis, OK. Entre le Canada et la Chine ou la Colombie? Jamais.

On me dira que cela va faire mal à la croissance des pays du tiers-monde, je répondrai que la croissance de ces pays était meilleure lors de la Guerre Froide que depuis la venue du consensus néolibéral (lire « Bad Samaritans » de Ha-Joon Chang). Je dirai aussi que la Chine ne se soumet pas à ce consensus, elle utilise fortement le protectionnisme pour croître plus rapidement.

Il y a un économiste qui prévoit que le prochain gouvernement québécois imposera un plan d’austérité peu importe le parti au pouvoir car ce seront les créanciers du québec qui viendrons l’exiger dans 4 ou 5 ans, quand notre budget sera bien brisé.

Il n’y a pas de films sur la crise présente mais il y a deux bon films du royaume-uni que j’ai en tête pour décrire une crise passé: Billy Eliot et Brassoff. Cette période d’austérité en Angleterre et en particulier dans les mines de charbon. Des changements brutaux qui font très mal.

J’ai l’impression que le québec est déconnecté de la gravité de la situation.

J’ai peur que les québécois ne prennent une décision que lorsqu’il n’y aura plus aucun choix. Dans les conditions les plus brutales possible. Comment la population jugera alors ceux qui nous ont induit en erreur?

Il y a une direction plus motivante que j’aimerais que le québec prenne pour y faire face mais je n’ai rien trouvé d’équivalent en français.
http://www.youtube.com/watch?v=T6MhAwQ64c0

Comment les allemands et les américains se sont sortis des dernières crises? Les startup nations…

Je ne crois pas au scénario du pire. La situarion en Europe n’est pas ingérable, c’est juste plus compliqué a cause des multiple juridictions. En fin de compte les Européens feront marcher les presses comme les américains.

Pour le Canada et le Québec le problème de l’endettement des ménages arrive a sa conclusion normaleet nous pourrions avoir de bien mauvaises surprises.

Compte tenu des scénarios en cause, est-ce à dire que la « mondialisation » ferait place à une certaine « démondialisation »?

Bonjour,
Pas besoin de grands énoncés écono-politico-social pour trouver la cause des problématiques économico-financières actuelles. Elle s’énonce simplement en quelques mots: VIVRE SELON SES MOYENS. Mais, c’est trop simple et trop évident pour que, aussi bien les gens que les politichiens comprennent cette logique immuable.
Alors, ce sera l’Amadgedon et ceci a très court terme. Comme dit dans l’article, attachez vos ceintures et même là bonne chance….

Monsieur Simon V. (commentaire no 1), je tiens à vous féliciter. Vous avez des talents de vulgarisateur hors du commun. Rarement ai-je lu un texte aussi limpide et dans un français aussi châtié tout en restant accessible. Je m’efforce de comprendre l’apocalypse qu’on nous prédit de tous bords tous côtés à grand renfort de statistiques indigestes ou de langage abscons pour initiés. Grâce à vous, je saisis un peu mieux.

Monsieur Duhamel, ne voyez pas dans ces éloges une critique à votre endroit.

JPM, c’est trop simple parce que quand on dit qu’il faut « vivre selon ses moyens », on sous-entend qu’il faut dépenser moins et couper. Or, c’est l’inverse qu’il faut faire… non, pas dépenser plus, mais augmenter nos moyens.

Rappelle-toi toujours, tout ce que l’économie produit (biens et services) doit être consommé, sinon l’économie décroît. Ce qui a mené au problème d’endettement, c’est que la classe moyenne n’a pas vu ses revenus croître assez vite pour consommer tout ce que l’économie produisait. Du coup, ils ont emprunté. Mais pour emprunter, il faut que quelqu’un ait de l’argent, qui était-ce? Les riches, en gros, ceux qui n’ont jamais eu autant d’argent ou une aussi grosse part du gâteau. Ils cherchaient des opportunités d’investissement et le prêt en est une forme idéale, avec un rendement fixe.

Si on veut que l’économie fonctionne et qu’elle continue de croître, alors il faut une meilleure répartition des richesses. Si on ne fait que dire au monde de dépenser moins, aux consommateurs et au gouvernement, alors on est parti pour une décennie perdue ou deux, voir une récession perpétuelle.

D’après les analyse de la national inflation association (www.inflation.us), l’inflation américaine entrerait dans les 2 chiffres pour circa juin-juillet 2012 et à partir de là ça va déraper en hyper-inflation jusqu’à ce que le dollar américain (et toutes les autres devises qui ont l’argent us en monnaie de réserve) vale rien du tout.

Et après ça, ça risque d’être le bordel pour un bout ou du moins de ne pas être beau, à moins de développements extraordinaires de la technologie ou quelque chose de très improbable comme ça. (croise les doigts pour pas qu’il y aie de dictature..)

Nick, ne crois pas les sornettes de ces gens-là. Ils annoncent l' »hyperinflation » depuis 2008, certains la prédisent depuis 2000 (comme Peter Schiff), ils ont tout le temps tort. Combien de fois faut-il qu’ils se trompent pour que leur crédibilité prenne le bord?

Au contraire, l’économiste qui s’est le moins trompé est Paul Krugman, à l’opposé du spectre politique de ces gens-là. Il a prédit en 2008 que les États-Unis étaient entrés dans une « trappe à liquidité » où ils pourraient augmenter de manière importante la base monétaire sans que cela n’influence l’inflation. Il a prédit une faible inflation depuis 3 ans, avec des hausses temporaires à cause d’effets d’offre et de demande sur les marchés internationaux pour certaines commodités (blé, pétrole, etc…).

C’est exactement ce qui s’est produit.

Il faut des circonstances particulières pour créer une hyperinflation, et celles-ci ne sont aucunement présentes. Par exemple, l’hyperinflation en Allemagne en 1923-24 était due au fait que l’Allemagne imprimait autant d’argent que possible afin d’acheter des devises étrangères pour effectuer les paiements requis par le Traité de Versailles (les réparations de la guerre). Les autres pays ont vu la combine et le taux de change de la monnaie Allemande a planté. Les Français ont alors occupé la vallée de la Ruhr, coeur de l’industrie allemande, et les autorités allemandes ont encouragé la population à résister à l’occupation française en faisant la grève générale. Pour supporter cette grève, le gouvernement allemand imprimait de l’argent pour remplacer les salaires des ouvriers en grève. Ceci s’ajoute à une indexation décrétée des salaires aux prix, qui a fait en sorte que les salaires gonflaient à mesure que les prix augmentaient, mais comme les prix augmentaient à cause de pénurie, il y avait un effet spiral. Les Français considèrent encore que les Allemands ont volontairement créé une hyperinflation afin d’obtenir un assouplissement du rythme de remboursement des réparations de la Première Guerre Mondiale.

Dans les deux autres cas que je connais, soit le Zimbabwe récemment et la Hongrie à la fin de la Seconde Guerre Mondiale ont tout deux été accompagnés par un effondrement de l’économie à cause de circonstances réelles, soit des réformes désastreuses au Zimbabwe à la suite d’une guerre civile et une invasion militaire en Hongrie qui a pratiquement arrêté l’économie. Nous sommes loin de ces deux cas et encore plus du cas allemand, l’économie réelle se porte relativement bien, c’est le secteur financier qui s’est effondré et qui a entraîné le reste de l’économie dans la chute. Car il me semble qu’il faut deux conditions pour créer une hyperinflation: 1- un arrêt soudain d’une partie importante de l’économie 2- un gouvernement qui imprime de l’argent sans compter en réponse de cet arrêt de l’économie.

Finalement, il faut comprendre que pour qu’une inflation soit forte et soutenue, et je l’écris en majuscule car c’est vital… IL FAUT QUE LES SALAIRES SUIVENT. L’inflation est souvent considérée comme l’augmentation des prix, mais elle est en même temps une augmentation des salaires. L’un ne va pas sans l’autre. Si les salaires n’augmentent pas rapidement, alors l’inflation s’arrête net car les gens n’ont pas l’argent pour acheter les biens et services à prix plus élevés, et donc les prix redescendent. Est-ce qu’on voit une augmentation rapide des salaires pointer le bout du nez? Je ne la vois pas, et je douterais franchement qu’elle apparaisse comme ça.

Merci à Simon V. pour les explications très claires. (23h51)

En effet, comme vous l’écrivez en conclusion, les salaires sont loin d’être à la hausse. On remarque plutôt une augmentation des emplois à temps partiel. Nous pouvons aussi déjà observé une baisse des prix sur une foule d’articles, pas tous bien entendu…mais les rabais annoncés dans les journaux sont assez éloquents : les gens achètent moins pour ainsi inciter à vendre à rabais. Peut-être aussi que les biens essentiels coûtant plus cher, ceux qui le sont moins sont ignorés par le consommateur qui se laisse finalement tenter quand il voit un rabais de 60 %.

2012 sera sans doute une année que nous n’oublierons pas de si tôt. On sent que l’abcès est à la veille de crever en Europe. Quant au Canada, les pertes d’emplois annoncées en même temps qu’un plan d’austérité ne sont pas synonymes de grandes réjouissances. Le privé embauchera-t-il tout ce monde mis à pied ? Je crains que nous entrions dans un cercle vicieux où plus il y a de chômage, moins les gens achètent et moins ils achètent , plus il y a de chômage.

Selon Simon V. le problème aurait été causé par le fait que la richesse s’est déplacé vers le haut. La classe moyenne n’aurait plus les moyens de faire tourner la roue économique. La solution serait une meilleure distribution de la richesse pour redonner de la vigueur économique à la classe moyenne.

Mais qui peut redistribuer la richesse, sinon le gouvernement? C’est ce même gouvernement qui a engendré le mouvement de la richesse vers le haut. Cela a été possible parce que les détenteurs de richesse ont pris le contrôle du politique.

Une meilleure distribution de la richesse ne pourra se faire sans que les riches l’acceptent, et permettent au gouvernement de rétablir un certain équilibre. Vont-ils accepter cela, ou préférer aller mettre leur richesse sous des cieux plus cléments?

Une autre possibilité serait qu’un parti non contrôlé par les détenteurs de richesse puisse prendre le pouvoir, et apporter un changement de direction. Cela est fort peu probable. Les forces de l’argent se battront becs et ongles pour éviter qu’un parti politique qui n’est pas sous leur contrôle prenne le pouvoir.

Alors, d’où viendra la solution, si solution il y a?

Les prédictions des économistes, pour ce que ça vaut. En 2008, à peu près personne n’a vu venir la crise. Maintenant que nous sommes dedans jusqu’au cou, les « économistes » disent que les chances sont 60-40 que ça aille mal? L’auteur de l’article fait allusion aux météorologues et bien il aurait pu aller plus loin en classant les « économistes » dans la même catégorie : celle de ceux qui changent tellement souvent leur prédictions qu’ils peuvent se targuer d’avoir raison.

Bonjour,
Je ne veux ni ne peux entrer dans un débat sur les théories économico-financières. Mon propos, je l’admets, était simpliste mais c’était voulu. J’aimerais simplement faire remarquer que notre ‘économie’ fonctionne sur le principe du complexe ‘militaro-industriel’ élaboré lors des derniers conflits mondiaux et qui est des plus efficaces. On produit, on consomme et on jette….avec les conséquences connues et sur lesquelles je m’abstiendrai de commenter car ce serait hors contexte. C’est la base et le propre de l’école de pensée économique Keynésienne à l’opposée de l’école autrichienne. Ceci étant dit, on SURproduit biens et services, et souvent des gadgets ou programmes inutiles, depuis des décennies et grâce à quoi : LE CRÉDIT!!! Achetez maintenant et payez plus tard. On en est même rendu à l’absurde dans les publicités comme ‘Mourrez maintenant et payez plus tard’, faut le faire!!!
J’exagère à peine. Ce qui me désole c’est, à part le fait que les gens paient trois à cinq fois quand ce n’est pas plus le coût réel d’un produit ou service, que nous ayons perdu notre bon jugement et notre sens critique. Combien de fois entend-on, c’est ainsi et on ne peut rien y faire car il faut que l’économie roule. Un tel énoncé est vraiment désolant d’autant plus qu’il est inexact, du moins à moyen et long terme, car on ne fait qu’aggraver la situation…. J’aimerais vous rappeler ou au moins vous signaler une chose : les cartes de crédit sont les nouveaux liens utilisés par les possédants pour enchaîner les esclaves. Et je constate qu’elles sont beaucoup plus efficaces, parce qu’insidieuses, que les chaînes en acier!!! Je n’ai rien contre celles-ci, j’en possède au moins une, mais il faut apprendre à gérer son utilisation tout comme son budget ordinaire. Cela s’appelle de la discipline et de la responsabilisation, mais il semble que ces mots soient disparus de notre vocabulaire!!! Si on croit pouvoir consommer comme Warren Buffet ou Bill Gates, quoi que selon mes informations ils sont plutôt frugaux dans leurs dépenses, vous vous dirigez vers un désastre financier personnel à plus ou moins brèves échéances. Il y a quelques décennies on était bien nanti quand notre débit était supérieur à notre crédit. Malheureusement, je me demande si ce n’est pas l’inverse dans nos sociétés contemporaines. C’est une bien grande illusion qui risque de nous mener à la ruine et au chaos tant sur le plan personnel que collectif.

JPM, tu dis qu’on surproduit et que les gens sont forcés de s’endetter pour acheter cette surproduction. Ça rejoint un peu mon propos, mais on diverge à un endroit important.

Tu crois que la solution est de cesser de consommer cette surproduction. Moi, je crois plutôt qu’il faut s’assurer que les gens ont les moyens d’acheter cette production sans s’endetter. Tu sembles assumer que les biens et services produits sont inutiles. Je n’en suis pas persuadé, je crois que tout autre chose étant égale, il est en général préférable d’avoir plus de biens et services que moins.

Tu dis que c’est une opposition entre la théorie keynésienne et la théorie autrichienne, mais je crois que tu te trompes. La théorie autrichienne suppose plutôt que dans une telle situation, les prix des produits auront tendance à diminuer, donc le pouvoir d’achat de la population augmentera et ils pourront acheter tout ce que l’économie produit. Si une crise se produit, il faut la laisser passer, que cela va purger les entreprises inefficaces et donc l’économie sera plus efficace, les prix chuteront et l’économie reprendra, les gens ayant la capacité d’acheter les produits à nouveau. C’est leur théorie.

Je n’y crois pas tellement. Tout d’abord parce que les prix « collent », personne n’aime diminuer les prix de ce qu’il vend ou son salaire, et dans une situation d’endettement, cela implique qu’il devient plus difficile de rembourses les dettes. Ensuite, parce que plusieurs compagnies efficaces ou avec du potentiel risquent d’être des victimes collatérales dans un tel réajustement. Prenons l’exemple de GM qui a failli sombrer en 2008 parce que les banques avaient fait les cons. Est-ce vraiment justifié de fermer une compagnie employant directement des centaines de milliers de personnes à cause d’une crise dans laquelle elle n’a joué aucun rôle?

Mais bon, passons mes critiques. Là où je veux en venir, c’est que les affirmations que tu avances ne semblent pas cadrer dans la théorie autrichienne. Elles semblent plus se rapprocher des idées de simplicité volontaire et des théories malthusiennes. Ta mention du « coût réel » est également contradictoire avec la théorie autrichienne, selon laquelle le coût d’une chose ne dépend que de combien les consommateurs sont prêts à payer pour elle sur le marché. Une des seules théories que je connaisse qui tente de définir un « coût réel » est la théorie de la valeur utilisée par des économistes du 18e siècle et par les économistes marxistes, selon laquelle le coût « réel » d’un produit est uniquement la quantité de travail humain impliquée dans sa production.

L’économie n’est pas une science!

Les économistes sont les liseuses de bonne aventure du 21e siècle…

Leurs prédictions rivalisent avec la précision de celles des astrologues.

J’adore la dernière phrase de votre article. Les québécois auraient effectivement intérêt à s’intéresser plus aux questions internationales qu’à la langue maternelle du nouveau coach des Canadiens…C’est triste

Les pauvres victimes libertariennes vont se sentir encore plus minus ce qui veut dire qu’ils vont polluer les ondes encore plus. Le pire de la crise? Les victimes qui espèrent que tous seront comme eux: victimes.

Mais pourquoi les libertariens se sentent-ils comme des victimes ? Ils pensent qu’ils défendent « le libre marché » alors que les Desmarais, Saputo, Coutu, Laliberté et autres peuvent très bien vivre dans le monde actuel. Les libertariens sans Doute que ces gens sont juste des cons puisqu’ils se font voler sans se plaindre.

En effet, nos amis libertariens sont les descendants des trotskistes qui disaient « non au système » jusqu’à ce qu’ils aient réussi à entrer dedans pour avoir une job. Francois1 peut bien faire ce qu’il veut de ses lundi matin, mais qu’il vienne se plaindre qu’il est une « pauvre victime » alors qu’il est subventionné pour faire la grasse matinée afin (comme il dit) « de (ne pas) perdre mon temps à entrer dans le système, je (il) préfère utiliser mon (son) énergie à démontrer la justesse de mes arguments »

Lundi matin 10h00 AM – on s’entend-tu que la justesse de tes arguments devrait pouvoir attendre après ton cour de mandarin ? Après-tout, c’est pas toi qui dit qu’il faut s’équiper pour la concurrence ?

Mon pauvre francois1: commence par être autonome et on s’en reparlera.

Quelque part, affirmer que s’endetter n’est pas un geste des plus responsables implicite que ceux qui prêtent aux gens sont tout aussi peu responsables!

Étant le moindrement brillant, pourquoi je « donnerais » une bonne augmentation de salaire alors qu’il suffirait que je « prête » l’argent!!!

La répartition de la richesse, c’est bon pour la grande majorité de la population… et c’est bon pour l’économie, contrairement à la concentration de la richesse…

« Les prédictions des économistes, pour ce que ça vaut. En 2008, à peu près personne n’a vu venir la crise. »

sauf les Autrichiens, qui l,Ont vu venir depuis 2003

Nouriel Roubini aborde dans ses conclusions une question importante qui est celle de l’inflation. Pendant longtemps on estimait qu’une inflation comprise entre 2 et 3% était saine pour l’économie. Hors il n’en est peut-être rien. Car 2% calculés sur une base composée a pour effet de faire grimper les prix (et certains plus que d’autres) de manière quasi exponentielle. Cet accroissement constant de l’inflation a un impact sur tout : les prix bien sûr, les salaires, les cotisations et les revenus de retraites, l’augmentation des coûts de santé et la compétitivité des entreprises qui ne peuvent pas être concurrentielles si l’ensemble des charges sont accablantes ; ajoutez à cela la gestion intolérable des dettes, il faut s’endetter toujours plus pour maintenir son train de vie.

― Il conviendrait donc de revenir à la stabilité des prix, l’ensemble des prix. Puis réduire l’ensemble des coûts (gains de productivité et approche produits) à fin de minimiser les impacts négatifs de l’accroissement des dépenses pour la société. Ce qui remet en cause certains principes de croissance pour la croissance qui relèvent d’abstractions financières, pour se pencher et travailler tous ensembles sur la croissance réelle qui peut se mesurer en termes de réalisations.

Tout ceci pourrait avoir pour conséquence de mettre un frein à certains concepts débridés de l’économie dite de marché qui s’est éloignée peu à peu de ce pourquoi elle pouvait être considérée comme vertueuse, celle en l’occurrence d’accroitre le bien être de l’ensemble des peuples (je fais allusion ici à Adam Smith).

L’économie doit servir les populations et non l’inverse : mettre les populations au seul service des agents de l’économie. Ainsi l’année 2012 sera à saisir dans la nuance de l’art poétique et non dans la soumission aux dictats d’une main invisible qui ne brille justement que trop, de par ses manœuvres en maintes fois douteuses.

Serge Drouginsky, une inflation stable et d’une taille acceptable comme 2 ou 3% n’a pas d’impact sur la compétitivité des entreprises ou de l’économie, car elle se répercute dans les taux de change également. Le problème ne survient que si le taux de change est fixe, comme c’était le cas en Argentine, où l’État avait lié son peso au dollar américain, ou en Europe à cause de l’Euro.

À mon avis, une inflation modérée est un bénéfice pour l’économie. La raison est que l’inflation fait en sorte que l’argent n’est pas un bon investissement, quelqu’un qui met ses économies sous son matelas va voir la valeur de celles-ci fondre au rythme de 2-3% par année. Du coup, ça incite les gens soit à dépenser leur argent, soit à l’investir dans des placements où les taux de rendement suffiront à contrer l’effet de l’inflation. Dans les deux cas, ça remet la monnaie en circulation et ça permet à l’économie de fonctionner et d’augmenter la quantité de biens et de services qui augmentent le bien-être matériel de la population. L’argent doit circuler, il ne doit pas être une bonne réserve de valeur.

À noter qu’il y a un pays qui a une stabilité des prix depuis les années 90. Il s’agit du Japon, et son bilan économique de ces deux dernières décennies est loin d’être reluisant.

Je crois que s’il y a une « inflation » qu’il faut craindre, c’est l' »inflation » des sommes d’argent dans le secteur financier pour les produits financiers « innovateurs » (c’est-à-dire, des produits frauduleux). Je parle entre autre des produits dérivés, c’est-à-dire des produits financiers dont la valeur est dérivée de produits de l’économie réelle, mais qui n’y sont pas liés. Ceci est un non-sens, ça transforme le marché financier en énorme casino où la valeur totale en circulation n’a plus rien à voir avec la valeur totale de l’économie réelle. Des fortunes se font et se détruisent sur ces marchés sans qu’il n’y ait rien dans la réalité expliquant ces fluctuations. La taille du marché des produits dérivés est également plus grande que la taille de l’économie mondiale, près de 7 fois plus grande en 2009.

lemoutongris, les économistes keynésiens avaient non seulement prédit la crise, mais ils ont prédit quels seraient ses effets sur l’économie. En 2002, Dean Baker écrivait à propos de la bulle immobilière. En 2001, Paul Krugman avertissait que la seule manière par laquelle Greenspan pourrait faire repartir l’économie, étant donné que le gouvernement se refusait à des stimuli, serait de créer une bulle immobilière.

Les keynésiens ont par la suite prédit que la crise serait caractérisée par une « trappe à liquidité » où l’économie serait en déflation ou en très basse inflation même si les taux d’intérêts des banques centrales restaient très bas. Les autrichiens on plutôt prédit que les marchés se débarrasseraient des obligations des gouvernements, créant une crise de la dette aux États-Unis et dans tous les pays occidentaux, et finalement une hyperinflation qui détruirait la monnaie des pays occidentaux.

L’épreuve des faits a démontré que les keynésiens avaient raison et les autrichiens avaient tort. Même si les deux ont vu les preuves de la présence d’une bulle spéculative (ce qui était assez évident si les gens regardaient objectivement les chiffres), ce sont les keynésiens qui ont eu raison sur le déroulement de la crise.

Il faut dire que les économistes de l’Église Autrichienne d’Économie sont des prophètes de malheur en tout temps. Ils ne cessent de prétendre que l’économie va s’effondrer et change de justification et d’explication fréquemment, mais leur prédiction reste la même. Ils sautent sur toute croissance dans le marché comme la preuve de la formation d’une bulle spéculative, et ils ont tort la majorité du temps, mais quand une bulle spéculative se forme réellement, alors ils se pètent les bretelles en prétendant que cela prouve qu’ils ont toujours raison. Or, on est plutôt en présence d’un phénomène de l’horloge brisée, qui donne l’heure juste deux fois par jour.

Arrêtez les analyses et constatez seulement que les crises économiques successives sont de plus en plus rapprochées. La dernière en 2008, la prochaine en 2012! Aucun système ne peut résister à ça!
Ce qui m’intéresse c’est l’après-capitaliste sauvage.

@ Monsieur Simon V. (# 24) :

Hormis le fait que j’ai parlé d’une inflation calculée sur une base composée (faites le calcul par exemple sur 20 ans), cela ne peut qu’affecter la compétitivité des entreprises et aussi les citoyennes et des citoyens. Si cela n’avait aucun impact sur la compétitivité des entreprises comme vous le supposez, on se demande pourquoi bien des produits et services sont effectués dans des pays à moindre coûts sociaux et à moindres coûts de main d’œuvre. l’explication est pourtant simple un taux d’inflation de 2% sur des pays dont les coûts sont très inférieurs aux nôtres, a un impact non-négligeable sur les habitants de ces pays mais un impact réduit sur notre propre inflation.

Ces écarts s’accroissent mathématiquement avec le temps et ne peuvent être rééquilibrés que si les taux d’inflation des pays à faible coûts de main d’œuvre ont une inflation supérieure à la notre (par exemple 10%).

Il serait trop long d’entrer dans le détail, vous pouvez vous livrer à vos propres calculs. D’autre part, vous justifiez vos propos par la dépréciation des épargnes faites sous le matelas. Pour que cela ait un tant soit peu une raison d’être vrai, faudrait-il encore que les gens aient de quoi épargner. De plus, il n’est pas très difficile de garantir une revenu de placement de 2 à 3% même avec un taux d’inflation nul.

S’il est vrai que le premier marché en terme de volumes est désormais celui des marchés dérivés, suivi du marché monétaire ; d’ailleurs, s’il est vrai aussi qu’un certains nombres de produits de nature exotiques ont été par plusieurs experts décriés, il n’en demeure pas moins que les produits dérivés ont leur raison d’être dans une économie de marché. A proprement parler ces produits quelquefois très sophistiqués ne sont pas frauduleux (bien que vous le disiez) et les personnes qui les achètent sont réputés être des investisseurs aguerris. On notera que ces investisseurs sont majoritairement institutionnels, qu’ils sont réputés être des professionnels qui gèrent de fonds sans lesquels d’ailleurs certaines rentes et autres retraites ne sauraient être versées aux bénéficiaires.

– C’est plutôt selon moi la gestion du risque qui est surpondérée versus la qualité de l’investissement dans l’économie réelle.

Enfin vous évoquez l’exemple du Japon pour réfuter mes arguments. Même si le chômage augmente sensiblement au Japon (environ 4,7%). Le taux des chômeurs reste néanmoins inférieur au taux officiel du chômage au Canada (7,4%), si vous voulez évaluer le taux réel des personnes sans emploi vous pouvez sans problème multiplier par 2. Ce qui est un non sens considérant la très faible densité de notre population.

Simon V.

Passons sous silence incomparable boom économique qu’on déjà connu les USA pendant une période de déflation…

Et c’est aussi drôle de te voir vanter l’inflation parce que ça force les gens à investir pour ensuite dire que si on crée une bulle dans l’investissent on se retrouve avec des produit qui ne valent rien.

I.e. les keynésiens pensent que l’économie se contrôle en appuyant sur les bon bouton. Ils n’ont pas encore compris que le système est beaucoup trop complexe pour leur solutions trop simples.

Mais bon je reteints ton explication voulant que sans inflation, les gens cachent leur argent sous leur matelas (lol).

Pour le Japon, on a vu les dépenses du gouvernement pour stimuler l’économie ne fonctionnent pas.

Mais encore une fois, je suis sûr que c’est un mauvais exemple…

Serge Drouginsky, tu sembles confondre inflation et taux de change. Le fait que des entreprises délocalisent n’a pas grand chose à voir avec l’inflation, et tout à voir avec les coûts sociaux et de main d’oeuvre moindre, comme tu l’as dit. Pour que l’inflation ait un impact comme tu le décris, il faudrait que le taux de change des différentes monnaies soit fixe, ce qui n’est pas le cas.

Quant à ton commentaire sur le manque d’épargne, si c’est vrai que le taux d’épargne chute pour la classe moyenne, il reste que l’épargne est très forte chez les riches qui ont vu leur richesse augmentée très rapidement. Ton objection semble être basée sur l’idée qu’il n’y a plus d’épargne, donc ce n’est carrément pas vrai.

Quant au marché des produits dérivés, c’est une manière d’évacuer le risque, ou au moins de le propager. C’est pour ça que beaucoup d’investisseurs « aguerris » aiment ce marché. Mais il faut comprendre que de séparer le risque d’un investissement cause ce que les économistes appellent un « hasard moral », et ça encourage les investisseurs à prendre de plus en plus de risque, car les produits dérivés permettent de répartir le risque. Mentionnons les « credit default swap », des sortes de polices d’assurance prises sur des investissements qui font que s’ils font défaut, alors celui qui les a pris se verra recevoir une réparation de l’institution l’ayant vendu. Si tous les acteurs d’une économie s’assurent contre le risque de défaut des investissements et se sentent assez rassurés pour prendre plus d’investissements risqués, car le risque est paré (propagé à d’autres), le risque devient endémique dans le système et sournois, et ça cause la situation que nous avons vue en 2008. Il suffit d’un défaut majeur pour causer une situation de dominos qui peut faire effondrer le système. Pour moi, vendre un investissement en disant que le risque est évacué par une combine est une approche frauduleuse.

Il est possible que le marché des produits dérivés puissent avoir une certaine utilité, mais il est clair que pour une économie de marché, il est loin d’être aussi essentiel qu’on le dit. C’est un marché qui a quintuplé de taille depuis les années 90 et de plus de 100 fois depuis les années 80. Pourtant, l’économie fonctionnait à ces époques malgré l’absence de ce monstre.

Quant au Japon, c’est vrai que le chômage est bas, mais c’est quelque chose de culturel plus qu’une réussite économique. Le Japon a toujours eu un taux de chômage bas. Il faut comprendre que le Japon a historiquement beaucoup d’emplois que nous considérions comme superflus, par exemple ils emploient encore beaucoup de femmes d’ascenseur, des femmes dont l’unique tâche est d’attendre dans l’ascenseur et de l’opérer à la place des usagers. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Plusieurs analystes parlent de problème de « sur-emploi » à cause de ces emplois traditionnels intensifs en homme-heure mais avec une productivité très faible. C’est une des raisons pour laquelle la productivité horaire des Japonais est très faible pour un pays spécialisé dans la production de produits technologiques à haute valeur ajoutée (un autre facteur est qu’ils travaillent longtemps, mais ils ne travaillent pas dur, leur journée de travail est longue mais beaucoup de ce temps est gaspillé).

Si tu regardes la croissance du PIB, tu peux voir l’effet. Le Japon croît plus lentement que presque tous les autres pays occidentaux. De plus, le Japon a dû supporter son économie par des déficits publics permanents afin de garder en vie les entreprises « zombies », victimes de l’éclatement de la bulle immobilière du début des années 90. Certaines des pertes encourues à l’époque n’ont pas encore été nettoyées des bilans financiers de plusieurs entreprises.

À David, les déficits publics au Japon ont permis de soutenir l’économie tandis que les entreprises éliminaient leurs pertes encourues lors de l’éclatement de la bulle immobilière. Sans ceux-ci, plusieurs grandes compagnies japonaises auraient mis la clé à la porte et le Japon aurait affronté un scénario d’une Grande Dépression avec tout ce qui vient avec. Ils ont eu une stagnation plutôt qu’une dépression grâce aux déficits publics. Il aurait été mieux qu’ils cultivent une inflation plus élevée pour accélérer le processus de désendettement par contre.

Je ne vois pas de contradiction dans mes propos quant à l’incitatif à la consommation et à l’investissement de l’inflation et mon dédain pour les bulles spéculatives. Que le monde investisse plus est positif, mais il faut faire attention que cet investissement soit dans l’économie réelle et éviter la spéculation à excès. D’où la nécessité de réglementer strictement le marché financier.

« L’épreuve des faits a démontré que les keynésiens avaient raison et les autrichiens avaient tort. »

ça dépend ce que tu considères comme fait. Krugman a bien donné sa bénédiction à la bulle immobilière… ce qui montre son incompréhension totale de l’économie.

« Ils sautent sur toute croissance dans le marché comme la preuve de la formation d’une bulle spéculative, et ils ont tort la majorité du temps »

sauf en 1929, 1969, 1999, 2008… oou, à CHAQUE occasion, le gouvernement et/ou la banque centrale offrait toutes les conditions pour la création d’une bulle

« Ce qui m’intéresse c’est l’après-capitaliste sauvage. »

c’est quoi ça?

« Je ne vois pas de contradiction dans mes propos quant à l’incitatif à la consommation et à l’investissement de l’inflation et mon dédain pour les bulles spéculatives »

Taux artificuiellement bas à cause de la banque centrale = baisse de l’épargne et surconsommation = création de bulle.

voilà

Bonjour,
La vérité est parfois dérangeante et même obnubilente lorsqu’on y est confrontée. Comme dit l’adage : Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Je persiste et signe : la principale cause de nos problématiques socioéconomiques actuelles est une mauvaise utilisation du CRÉDIT!!! Comprenez-moi bien, je ne dis aucunement que le crédit est mauvais en soi. Celui-ci n’est qu’un outil comme bien d’autres. Son usage, par contre, peut soit aider à construire lorsque bien géré, soit détruire lorsque mal administré. Dans le premier cas, il peut soutenir une croissance ou une valeur ajoutée à des biens et services dans un contexte où une certaine rigueur accompagnée de discipline et de responsabilisation lui servent de base. Dans le second cas, il donne lieu à des hyperplasies et extravagances débouchant sur la spéculation et le chaos. Voici d’ailleurs quelques exemples typiques d’une mauvaise utilisation : la soi-disant crise boursière et la volatilité des marchés, le gaspillage éhonté de nos gouvernements, tant fédéral que provincial et municipaux, dont chacun peut fournir ‘ad nauseum’ des exemples, le démagogique débat américain sur le relevé du plafond de la dette et non sur la diminution de celui-ci, etc….
Je m’excuse mais, du moins dans ma logique personnelle et mes vieilles mathématiques de budgétisation, je ne puis comprendre qu’en s’endettant davantage on puisse solutionner une crise qui, justement, provient d’un endettement effréné tant sur le plan personnel que collectif. Et ne me parlez surtout pas d’une solution type ‘GOUVERNEMENTALE’; ces derniers sont à la remorque des grandes institutions ou corporations financières qui leurs dictent les tenants et aboutissants de ce qu’ils doivent faire. La preuve en est que les banques et autres requins de la finance font des revenus et profits records pendant que notre système socioéconomique est, du moins selon les experts, plus ou moins en récession pour utiliser une terminologie ‘correcte’ au lieu de l’expression réelle mais extrêmement dangereuse de faillite. Mais, et c’est bien connu, dans notre environnement socioculturel où tout doit être ‘politically correct’ il y a certains mots ou certaines expressions qu’il faut rayer de notre vocabulaire pour mieux endormir et calmer les esclaves….

@ Simon V. (#29)
Monsieur, vous insinuez que je semblerais ne pas connaître la différence entre l’inflation et les taux de change. Ainsi vous avez sans doute raison, mon ignorance n’a d’égale que votre condescendance à mon égard. Merci pour vos précisions que je ne peux évidemment pas comprendre puisque qu’il semble selon vous que je sois ignorant et confus. Vous devriez peut-être observer les contradictions de votre propre langage.
– D’autre part, c’est vous qui avez porté la conversation sur les taux de change, le Japon et les produits dérivés. Pas moi ! Je me suis simplement contenté, relativement aux conclusions de Nouriel Roubini d’exprimer mon opinion sur l’inflation. Je comprends qu’on puisse avoir une opinion différente de la mienne et je la respecte.

Finalement pourriez-vous nous faire profiter de votre science et de votre lumière pour nous expliquer de quelle façon vous déterminez qu’une chose ou un emploi est superflu tandis qu’une autre chose ou un autre emploi ne l’est pas ? Il y a toujours des portiers et des personnes préposées aux ascenseurs dans certains immeubles et institutions canadiennes ; d’autre part vous ignorez manifestement que certains emplois sont utiles lorsqu’il y a un grand nombre d’usagers, la population de Tokyo est près de 13 millions d’habitants. Vous trouvez par exemple dans les station de métro les plus achalandées de Paris, des préposés à l’entrée et la sortie des usagers sur les quais bondés. Des emplois qui dans le passé n’existaient pas et son rendus nécessaires par l’accroissement de la population. De plus certains emplois ont leur utilité intrinsèquement, permettent à certaines personnes de sortir de leur isolement, d’apprendre à travailler et de percevoir un salaire qui sera utilement dépensé.

C’est triste de voir que vous considérez les êtres humains comme des objets et de la matière première qu’il faut exploiter. Je pensais que vous souscriviez à certaines valeurs morales. Je me suis sans doute trompé !

Serge Drouginsky, j’ai relevé des problèmes avec ton commentaire par rapport à l’inflation et à la non-compétitivité à cause des coûts de mains d’oeuvre et des coûts sociaux élevés. J’avoue que je ne suis pas toujours la personne avec le plus de tact, mais cela ne devrait pas justifier d’éviter de regarder mes arguments. En quoi est-ce que le taux d’inflation influence directement les coûts sociaux et de main d’oeuvre vis-à-vis les autres pays si les taux de change des différentes monnaies ne sont pas fixes? Dans ton commentaire, tu semblais assumer que les taux de change étaient fixes et donc que l’inflation rendrait les pays occidentaux encore moins compétitifs vis-à-vis les pays en développement.

Je ne te reproche pas de parler des produits dérivés et du Japon, je sais que c’est moi qui ai amené ces sujets sur le tapis. Je réponds simplement à ta réponse sur mon commentaire.

Je ne te suis pas quand tu m’accuses de ne pas avoir de valeurs morales. Je ne vois pas du tout d’où tu viens avec cette accusation ou les raisons de celle-ci. Je crois depuis des années que l’économie doit être au service de l’Homme et non l’Homme au service de l’économie. Si je tiens les propos que je tiens, c’est que je crois que c’est en faisant ainsi que l’économie servira mieux les intérêts des êtres humains.

@lemoutongris

« ça dépend ce que tu considères comme fait. Krugman a bien donné sa bénédiction à la bulle immobilière… ce qui montre son incompréhension totale de l’économie. »

Ça, c’est un mensonge effronté. Krugman a prédit ce que Greenspan chercherait à faire, mais il n’a pas recommandé cette voie. Le simple fait qu’il n’a pas hésité à utiliser le terme « bulle » prouve qu’il comprenait très bien que c’était loin d’être quelque chose de soutenable et de positif. S’il croyait que c’était bien, il aurait parlé de « boom » et évité des termes négatifs comme « bulle ». Surtout quand il parlait de remplacer la bulle du dotcom par la bulle de l’immobilier, alors que la première venait d’éclater. Il me semble que ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre que, dans ce contexte, c’était clairement un avertissement.

« S’il croyait que c’était bien, il aurait parlé de “boom” et évité des termes négatifs comme “bulle »

boom est un euphémisme; le résultat est le même

Moi qui croyait que Krugman vulgarisait assez bien pour qu’une intelligence moyenne comprennent les subtilités, faut ajouter à l’équation que le dogmatisme et les croyances empêchent de penser et abaissent du fait même l’intelligence…

« , faut ajouter à l’équation que le dogmatisme et les croyances empêchent de penser et abaissent du fait même l’intelligence »

Krugman sous Bush : les déficits sont mauvais
Krugman sous Obama : les déficits sont essentiels

PEU IMPORTE la différence de contexte, une dette c’t’une dette

« Krugman sous Bush : les déficits sont mauvais
Krugman sous Obama : les déficits sont essentiels

PEU IMPORTE la différence de contexte, une dette c’t’une dette »

Même si tu n’aimes pas Krugman, tu dois être honnête à son sujet. Peut-être que TU crois qu' »une dette c’t’une dette » (référence à Pérusse?), ce n’est pas la théorie que supporte Krugman. Krugman est un keynésien, selon lui les déficits en temps de crise permettent de redresser l’économie en stimulant la demande. Toutefois, lorsque l’économie va bien et tourne à capacité, alors il est possible que le gouvernement, s’il a des déficits élevés, fasse surchauffer l’économie ou qu’il enlève des ressources que d’autres secteurs de l’économie utiliseraient autrement. Que tu sois d’accord ou non, c’est la théorie qu’il croit correcte. Selon cette théorie, le contexte compte, et donc il n’y a aucun « dogmatisme » partisan là-dedans.

Ultimement, Krugman, comme tous les keynésiens, ne voient pas la dette comme quelque chose de positif. Ils voient simplement la dette comme un moindre mal en temps de crise. Keynes lui-même disait que l’austérité était appropriée lors de temps prospères, lors des booms économiques.

D’autant plus que je crois que sa principale objection aux déficits sous Bush était comment ils avaient été obtenus, soit avec des baisses de taxe favorisant indûment les plus riches et avec des aventures militaires non nécessaires. Si en 2001, après l’éclatement de la bulle des dotcom, Bush avait lancé un programme d’investissement dans les infrastructures pour stimuler l’économie, Krugman aurait applaudi.

« fasse surchauffer l’économie ou qu’il enlève des ressources que d’autres secteurs de l’économie utiliseraient autrement. »

peu importe la situation, une intervention dans l’économie cause ça.

au fait, Obama avait prédit que le chômage serait nettement pire sans intervention. Or, AVEC l’intervention, le chômage est encore pire. qu’en déduire?