7 réflexions sur les élections américaines

1. Ce sera une élection serrée. Presque tous les sondages nationaux et des États chaudement disputés se situent dans la marge d’erreur des instituts. Tout est possible et la soirée de mardi risque d’être palpitante… et longue.

2. Les réseaux américains se concertent pour réaliser des sondages à la sortie des bureaux de scrutin. Ces donnés servent à analyser les résultats et comprendre les motivations des électeurs. Sur la base de ces résultats, ils ont habitude de proclamer les gagnants de certains États dès la fermeture des bureaux. Quand les résultats obtenus sont plus serrés que prévu ou étonnants, ils attendent le dépouillement d’un certain nombre de bulletins de vote avant de proclamer un gagnant. Ils voudront s’assurer que leur sondage correspond à la réalité observée avant de proclamer un gagnant.

Quand la lutte est chaudement disputée, les commentateurs parleront d’un résultat « Too close to call ». Ce sont les votes dépouillés qui donneront l’allure du scrutin et détermineront les gagnants. Attentez-vous donc à beaucoup de « To close to call » mardi  soir. On saura qui l’emportera en Ohio, en Virginie ou en Floride plusieurs heures après la fermeture des bureaux de scrutin. Sans oublier les recomptages et les disputes juridiques.

Du reste, les résultats des sondages à la sortie du bureau de scrutin ont-ils un sens quand 31 % des électeurs ont déjà exercé leur droit de vote selon le dernier sondage de ABC News et du Washington Post? Oui, les élections sont mardi, mais les électeurs votent par anticipation depuis plusieurs semaines !

3. Lundi à 17 heures, je compte 10 nouveaux sondages nationaux publiés dans la journée. Six donnent la victoire à Barack Obama, deux à Mitt Romney et deux autres font état d’une égalité. Pourquoi les sondeurs américains ne s’entendent-ils pas ? Parce que leur prévisions sont établies en fonction de la participation des différents électorats. Je m’explique : si vous croyez que les électeurs blancs représenteront plus de de 75 % des voteurs, Mitt Romney devrait l’emporter par un fil et créer la surprise. Si vous pensez que la proportion sera moindre (elle était de 74 % en 2008 et les minorités représentent aujourd’hui une plus grande partie de l’électorat), le président Obama devrait être réélu.

L’enjeu pour chaque camp est de faire « sortir » son électorat. Les démocrates vont s’assurer que les noirs, les hispaniques, les jeunes et les femmes célibataires se présentent nombreux aux bureaux de scrutin. La machine républicaine veut faire le plein d’hommes blancs (20 points d’avance dans les sondages), de chrétiens pratiquants et de femmes mariées. Quand une élection se joue à 1 point de pourcentage près, la victoire appartient à la meilleure machine sur le terrain.

4. N’oubliez pas qu’une élection américaine est une élection au suffrage universel indirect. Chaque État se voit attribuer un nombre de grands électeurs en fonction de sa population. Pour être élu, il faut avoir 270 des 538 membres du collège électoral. L’élection présidentielle américaine se joue donc État par État. En 2000, George W. Bush l’avait emporté même si Al Gore avait presque un demi million de votes de plus que lui. Un tel scénario pourrait se produire demain, même s’il est improbable.

Certains États sont acquis d’avance à l’un ou l’autre camp. Par exemple, il est sûr que New York et la Californie se trouveront demain soir dans la colonne démocrate et que le Texas et la Géorgie dans celle de Mitt Romney. Il reste une dizaine d’États chaudement contestés qui feront pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Chacun de ces États a son histoire et sa propre complexité.

C’est la Floride qui a in extremis assuré l’élection de George W. Bush en novembre 2000 et bien malin celui qui peut prédire qui l’emportera demain dans cet État. Trois sondages publiés mardi donnent Barack Obama gagnant et deux autres Mitt Romney. On sait que le Sud de l’État vote démocrate et que le Nord et la partie Ouest sont des territoires républicains. Tout se joue entre Daytona Beach et Tampa Bay, le long de l’autoroute 4 qui traverse le milieu de la Floride.

Mardi soir, tous les yeux seront rivés sur l’Ohio, un poids lourd avec ses 18 grands électeurs. Six (!) sondages ont été publiés lundi, cinq donnant une très légère avance au président sortant. Cleveland et Columbus votent pour les démocrates et les zones rurales et semi-rurales sont républicaines. Celui qui gagnera le comté d’Hamilton, qui englobe Cincinnati, devrait l’emporter et les deux organisations y dépensent des dizaines de millions de dollars et comptent sur une armée de bénévoles, d’avocats et de spécialistes de ce type d’opération.

5. Ohio, Floride, Virginie : Mitt Romney ne peut pas gagner l’élection s’il perd l’un de ces trois États.

6. Ohio, Pennsylvanie, Wisconsin : Barack Obama peut difficilement gagner l’élection s’il perd ces trois États.

7. La presse d’affaires semble aussi divisé que le pays : The Economist et The Financial Times penchent du côté du président sortant («  le diable qu’on connaît », selon The Economist) alors que le Wall Street Journal et Forbes restent fidèles aux républicains.

Pour avoir un outil complet et très bien fait pour suivre le déroulement du scrutin américain : ce dossier de NBC News.

Pour connaître l’impact de l’élection sur les entreprises québécoises, cet article d’Affaires sans frontières.

 

 

5 commentaires
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Votre point 3 est le plus important.

La motivation de certaines catégories d’électeurs, c’est là que se perdent ou se gagnent les majorité.

Rappeler vous l’ADQ en 2008…

C’est pourquoi je pense que Romney a plus de chance de l’emporter que ce que lui donnent les sondages.

Or cette fois les électeurs blancs de la classe moyenne sont majoritairement TRÈS motivé à se débarrasser d’Obama. J’en connais plusieurs et ils sont carrément furieux de voir l’endettement colossal du pays sous Obama, entre autres.

De son côté Obama est bien loin d’avoir l’attrait qu’il avait en 2008.

Or il semble que les sondeurs se basent sur la participation de 2008 pour faire leurs calculs. Ils ignorent l’élection de 2010 où les républicains avaient voté massivement car ce n’était pas une élection présidentielle. Toutefois le contexte (et le mécontentement) reste le même.

On verra bien mais une vague républicaine n’est pas à exclure.

Même si les algorithmes utilisés par les divers instituts de sondages semblent être solides pour la plupart. On s’aperçoit dans divers domaines et dans celui de la politique en particulier – il suffit de voir les résultats de nos dernières élections provinciales – que les sondages donnent essentiellement des images qui relèvent de l’instantané. D’ailleurs Jean-Marc Léger, mentionnait dans une chronique que j’avais lue voici quelques temps, que la durée de vie d’une nouvelle dépasse rarement plus d’une journée. Il en va pareillement des sondages qui peuvent évoluer de jours en jours et même d’heures en heures.

Il y a peut-être plusieurs explications au phénomène : l’une d’elle pourrait être la fiabilité des personnes sondées. Par exemple, pendant plusieurs années j’ai participé à toutes sortes de sondages. J’ai décidé de suspendre ma participation depuis que j’ai compris qu’on cherchait à obtenir non pas « ma » réponse, mais plutôt une réponse qui corresponde à un objectif recherché. Je pense qu’avec le temps nombre de personnes qui encore participent à des sondages ne sont plus réellement dupes.

Toutes les élections se ressemblent, aucune n’est jamais semblable. Rien n’indique que le président Obama ne fasse pas globalement un meilleur score que ce que les sondages présentent ou prédisent quelquefois dans un but anti-partisan, voire hostile. – S’il y a une différence aujourd’hui, ce sera l’œuvre d’électeurs qui réservent leurs énergies pour leur vote et non pour plaire aux instituts de sondages qui en quelques occasions cherchent à détourner le « vox populi » pour fin de satisfaire des desseins qui possiblement leurs sont propres.

– Forward America !

Ce système est anti-démocratique. Si vous êtes républicain en Californie ou démocrate au Texas, ça vous donne quoi aller voter? Votre vote va aller directement à la poubelle. C’est comme si vous êtes péquiste à Westmount ou libéral à Hochelaga-Maisonneuve.

Plus grande démocratie du monde?

@Pierre Brasseur – « les électeurs blancs de la classe moyenne sont majoritairement TRÈS motivé à se débarrasser d’Obama. J’en connais plusieurs et ils sont carrément furieux de voir l’endettement colossal du pays sous Obama ».

Les électeurs, blancs et autres, sont moins furieux que vous croyez quant aux finances publiques. Ce que j’ai surtout entendu cette fois-ci ce sont des femmes en beau fusil qui ne faisaient pas confiance aux républicains suite aux commentaires, disons douteux, de certains d’entre eux sur les femmes et leurs droits. Je serai curieuse de voir si plus de femmes se sont présentées pour voter que par le passé.

Quant aux finances publiques, les Américains sont comme les conservateurs canadiens qui eux se foutent carrément qu’un PM conservateur ait fait disparaitre un excédent de plus de 10 milliards pour le transformer en déficit record.