Abolir le concept d’âge de retraite ?

Dans son Budget des jeunes, l’Institut des générations suggère de hausser de deux ans l’âge permettant d’obtenir sa rente de la Régie des rentes du Québec, puis de l’indexer à l’augmentation de l’espérance de vie. Mais qu’arriverait-il si on abolissait tout simplement l’âge de retraite ?

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Photo : Pixabay

J’ai longtemps pensé, comme bien d’autres, qu’il était odieux que des retraités de la fonction publique se fassent réembaucher comme consultants pour occuper le même emploi. Mais il aura fallu un argument de l’économiste Pierre Fortin pour que je change d’idée sur le sujet.
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En effet, dans notre Budget des jeunes, nous — membres fondateurs de l’Institut des générations — suggérions de hausser de deux ans l’âge permettant d’obtenir sa rente de la Régie des rentes du Québec (RRQ), puis de l’indexer à l’augmentation de l’espérance de vie.

En entendant cette suggestion au cours d’une de nos rencontres, Pierre Fortin a réagi en nous disant qu’il faudrait tout simplement abolir l’âge de la retraite.

Sur le coup, je n’ai pas trop compris ce qu’il voulait dire par une telle chose (et je n’ai pas eu le temps de lui demander de clarifier sa pensée), mais après la rencontre, je lui ai demandé des explications.

Voici ce que j’en ai compris : les rentes de retraite — que ce soit les rentes de la RRQ ou les rentes des régimes à prestations déterminées — devraient être, tout simplement, quelque chose que les travailleurs accumulent avec les années et les heures de travail.

D’une certaine façon, nous sommes déjà assez près de cette réalité. Par exemple, de nombreux employés de la fonction publique accumulent leur rente de retraite à un «rythme» qui représente 2 % de leur salaire par année, pour une rente maximum correspondant à 70 % de leur salaire. Cela veut dire qu’après 35 années de travail dans la fonction publique, ces employés pourront prendre leur retraite et recevoir 70 % de leur salaire pour le reste de leurs jours.

Il y a toutefois deux règles administratives qui font une différence entre le régime actuel et la mise en œuvre de l’idée d’abolition de l’âge de la retraite, telle que je l’interprète.

Premièrement, on impose presque toujours à l’employé un âge — souvent 60 ou 65 ans — avant lequel il lui est impossible de toucher à ses rentes sans pénalité.

Deuxièmement, pour la majorité des régimes de retraite à prestations déterminées (mais pas dans le cas des rentes de la RRQ), le travailleur a l’obligation de quitter son emploi s’il désire profiter de cette rente.

Je suis de ceux qui pensent que l’abolition de ces deux règles — si l’on y ajoute quelques autres changements — serait une bonne idée, non seulement pour les personnes qui approchent de l’âge de la retraite, mais pour les jeunes. À long terme, cela aurait des répercussions positives sur les finances publiques. Mais comment ?

Pour l’illustrer, reprenons l’exemple de l’employé de la fonction publique, qui, à sa retraite, reçoit sa pension à 70 % du salaire qu’il gagnait avant d’arrêter de travailler — et qui se fait réembaucher comme consultant à 100 % de son salaire pour occuper les mêmes fonctions.

À première vue, cela ne représente pas du tout une bonne chose pour les finances publiques, car l’État paye maintenant 170 % d’un salaire à la même personne, pour le même emploi.

Mais si cette personne prend bel et bien sa retraite, on la remplacera par quelqu’un dont le salaire se situera en moyenne au milieu de l’échelle salariale pour ce poste — et donc à salaire un peu moins élevé. Selon l’échelle salariale en vigueur, le remplaçant en milieu de carrière recevra entre 75 et 90 % du salaire de son prédécesseur parti à la retraite.

L’État n’épargnera pas pour la différence de 10 à 25 % entre ces deux types de salariés. Si l’on fait l’hypothèse que le retraité réembauché comme consultant reçoit 100 % de son salaire avant retraite, mais sans avantages sociaux, l’État économise au contraire de l’argent.

En effet, dans une publication récente (PDF), l’Institut de la statistique du Québec montre que les débours pour les avantages sociaux — y compris les régimes de retraite, les assurances et les heures chômées payées — représentent entre 40,7 % des débours de l’administration québécoise et 59 % de ceux de l’administration municipale.

Ainsi, permettre à un employé qui se qualifie pour son régime de retraite de garder ses fonctions à plein salaire, sans appliquer de pénalité à sa rente de retraite, reviendrait la plupart du temps moins cher que de remplacer cette personne.

De plus, certaines études indiquent que de rester sur le marché du travail plus longtemps aide, dans la plupart des cas, à maintenir une meilleure santé. L’État économiserait donc potentiellement dans son budget en santé en décourageant les employés compétents — et qui souhaitent continuer à travailler — à prendre leur retraite.

Bémol

Certains régimes publics de retraite à prestations déterminées sont évidemment trop généreux. L’espérance de vie a grandement augmenté dans les 40 dernières années, tandis que les règles des régimes de retraite, elles, ont peu changé. La rémunération globale de certains employés de la fonction publique, surtout au municipal, a ainsi dépassé de façon marquée la rémunération de leurs semblables au privé.

Dans un tel cas, assouplir les règles autour des régimes de retraite (comme je le propose) — question de rendre ces derniers encore plus avantageux — augmenterait cette disparité. Il faudrait donc, évidemment, changer d’autres critères en conjonction.

Par exemple, on devrait hausser le nombre d’années de travail qu’il faut accomplir pour obtenir un niveau de rente donné : 40 années (plutôt que 35) pour obtenir 70 % de son salaire. On pourrait aussi faire augmenter la contribution de l’employé à son régime de retraite.

Dans les cas où la rémunération globale des employés serait jugée trop basse, il y aurait moyen d’assouplir ces règles sans mesure compensatoire.

En conclusion

Il faudrait abolir le concept d’âge de retraite en vue de faire des rentes un simple bénéfice accumulé auquel le travailleur aurait droit, peu importe son âge ou son statut d’emploi.

Il est possible d’écrire les nouvelles règles régissant ce bénéfice pour que les changements apportés profitent à la fois aux personnes qui approchent de la retraite et aux finances publiques.

Considérant que la majorité des baby-boomers sont aujourd’hui dans la cinquantaine, il s’agit là de changements qu’il faudrait apporter dans les plus brefs délais.

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18 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Hum, ceux qui ont 50 ans et plus le disent tous: c’est plus difficile de se replacer à cet âge. Et on veut augmenter l’âge de la retraite? Probablement une idée de ceux qui y sont déjà…

Quand on réduit les humains a des chiffres statistiques c’a va tres bien on enleve un ptit zero ici…on jous avec une petite décimale la…

Mais sur le terrain, quand on voit ses propres parents arrivés a 65 ans bien souvent avec des problèmes de santé les imaginés vous travaillé encore deux ans? Deux ans quand t’a n’as vingt peu paraitre rien, mais quand t’en a 65… De toute façon l’Idée est simple paye toute ta chienne de vie mais crève pas trop vieux. Et c’est pas vrai l’idée qu’on vit tous jusqu’à 95 ans avec la grosse pension sur le bord de la mer, quand tu es pensionné a 65 ans pas embauchable parce que tu as des problèmes de santé physique et mentale a $1200 par mois tu vis comment? Même un loyer 3.5 est presque $800 par mois a part les utilités de base et la nourriture elle est ou ta grosse vie? Les politiciens doivent se regarder et pensé qu’on a tous leur revenu de retraite! Ou qu’on a tous des jobs de bureau. Allez messieurs et mes dames grands analystes financier avec vos belles théories mais dans les faits quand on voit ce qu’y se passe sur le terrains dans la vie de tout les jours vos belles théories ne mette pas de nourriture sur la table. Les « jeunes » vous voulez quoi pour vos parents pas ceux du voisin. Vous êtes les « vieux » de demain. Les plusparts des pensionnés ne peuvent pas se payer des voyages tout les trois mois. Ils dépensent donc leur « grosse » pension localement. Ce qu’y veut dire qu’ils contribue eux aussi a l’économie locale. Ils aident a faire vivre le pharmacien, l’épicier, le garagiste, s’ils ont eux les moyens pendant leurs années de travail ils sont peut-être propriétaires encore une fois souvent ils paye pour faire faire des réparations sur leurs maisons et l’entretien des cours l’hiver…Voyez-vous? Votre petite business dépend de tout les gens qu’y dépense de l’argent chez vous.

Pourquoi ne pas voter pour l’euthanasie? Comme on fait avec son chien quand il n’est plus capable de ramener le baton ou qu’on a « squeezer » asser de jus…Nous sommes les vieux de demain. (en passant oui je fais des ‘fotes’ de grammaire ca aussi c’a fait partie de la réalité).

Abolir l’âge de la retraite, hummmm…

Adapter aussi le marché du travail à l’âge des travailleurs aussi. Si je peux envisager de prendre ma retraite avec 60% de mon salaire, alors pourquoi pas aussi me permettre de travailler 3 jours par semaine ou de prendre plus de « vacances ». Vient un moment où plein de petites choses deviennent plus difficiles à « apprécier »: les contraintes, les horaires de travail rigides. On n’a pas le même niveau d’énergie à 60 ans qu’à 40 ans.

Il ne faut pas oublier que si on vit de plus en plus vieux, c’est aussi pcq on est malade et médicamenté plus longtemps.

« J’ai longtemps pensé, comme bien d’autres, qu’il était odieux que des retraités de la fonction publique se fassent réembaucher comme consultants pour occuper le même emploi. » OUI. Et ça reste odieux. Consultant, conseiller… Les conseils servent la plus part du temps, pour ne pas dire …toujours, à celui qui les donnent. Comme celui de ….Pierre Fortin ! Tiens ! Il tire la « couverture » vers soi. En voulant nous faire croire que c’est pour le bien de la …. société et de l’économie. Vraiment ? On est tout de même capable de faire un calcul …économique. Puis … NON, je ne suis pas jeune. J’ai 55 ans, professionnelle, mais j’ai la décence de penser aux plus jeunes. Qui méritent, eux aussi d’être ….conseillers !! – Tout d’un coup qu’ils auront des idées plus brillantes que notre génération ! –

Je ne sais pas ce que vous connaissez de Pierre Fortin, mais c’est un des économistes publiques (façon de dire qu’il publie dans les médias populaires) les plus progressistes. S’il avance quelque chose du genre, je ne crois pas une seconde que ce soit pour « tirer la couverture dans le sens de sa génération ».

D’ailleurs, je ne sais pas ce que vous avez compris du message d’Alexis Gagné, mais il veut justement qu’un fonctionnaire puisse continuer de travailler sans être payé de rentes lorsqu’il atteint l’âge de retraite obligatoire.

«Espérance de vie». Tout n’est pas dans ces trois petits mots. Il en manque au moins un: «Qualité» comme dans «qualité de vie» ou «vie de qualité» ou encore le fameux «temps de qualité avec les enfants» dont parlent beaucoup de parents qui sont ou qui affectent d’être trop occupés pour passer du temps avec leurs enfants et qui se déculpabilisent en passant avec eux du «temps de qualité».

Cela dit, il faut bien constater qu’il y a des situations qui frôlent l’aberration. Des policiers, de simple agents à cadres très supérieurs, qui partent à la retraite avant l’âge de 55 ans avec pleine pension après avoir trouvé un autre boulot comme, par exemple, directeur d’un service de police plus petit, cela a de quoi laisser perplexe le simple citoyen qui attend avec impatience l’âge officiel de la retraite. Ou encore la personne plus âgée dont la qualité de vie après 65 ans lui interdit de vraiment profiter d’une retraite minimaliste même si chèrement gagnée.

Il faut être prudent avant de jouer à la hausse avec l’âge de la retraite en ne se basant que sur cette notion imprécise et hautement spéculative de «l’espérance de vie» sans tenir compte de l’espérance d’une «vie de qualité».

Tant qu’ a y être pourquoi ne pas voter une loi qui oblige tous les entrepreneurs sans exception a garantir les mêmes régimes du gouvernement a l’ entreprise privée! HI!HI! Cessez de vous regardez le nombril et compatissez un peu avec les citoyens qui n’ ont pas 60% de ses avantages sociaux!!!!

Pourquoi tu n’as pas travaillé dans la fonction publique beauly02? T’imagine? Chauffeur et jet privé… Super brillant comme tu es, ils t’embaucheraient sur le champs. À moins que…

J’ ai travaillé si on peut appeller ça travailler pendant 4 ans et c’ était tellement plate que par choix, j’ ai changé de carrière! J’ avais vraiment des défis a réaliser dans ma carrière et tu sais dans la fonction publique si tu en fais trop ton patron et ou ton chef syndical n’ aime pas ça!!!

Ne t’ inquiète pas j’ ai réussi et j’ ai été le seul a décider de mon avenir! Non ce que je veux dire est tout simplement que : les fonctionnaires sont très très bien rémunéré pour leur prestation de travail et qu’ ils cessent de se plaindre constamment et qu’ il regarde les autres travailleurs dans le privé sans garantie d’ emploie, sans fond de pension a prestation déterminée, sans 1 mois de congé après un an de travail, sans de multiples avantages sociaux comme les congés maladie qui n » en sont pas ect… Comparez-vous c’ est simple !!

Ouais ouais la belle histoire inventée. Admettons que c’est vrai. Tu le dis toi-même, tu as fais le choix. Assume-le. Tu te contredis: c’est le paradis dans la fonction publique, tellement que tu as quitté. M’ouais.

Parce que moi, ce que j’entends, c’est qu’avec les conditions qu’ils sont rendus dans la fonction publique, quand je compare aux miennes, non merci.

Justement, ils sont tellement bien que pour eux c’ est de l’ acquis et ils veulent en avoir toujours plus!! Une convention collective ça se négocie pas seulement à la hausse mais aussi à la baisse quand l’ économie ne s’ y prête pas. On l’ a vue depuis quelques temps dans plusieurs entreprises! Le gouvernement demandent aux fonfons de réduire leurs congés maladie-vacances et de travailler plus d’ heures et de prendre leur retraite plus vieux comme bien des entreprises le font!!

Ben oui ben oui, merci de confirmer ce que je dis, Tu te répètes un peu (beaucoup) là. Un beau paquet de contradictions. Oh qu’on est pas surpris. En plus, t’es tellement mal informé. Un conseil d’ami (je t’adore): écoute autre chose que les radio poubelles. Tu devrais leur parler un peu les fonctionnaires. Bon, j’imagien qu’ils sont comme les autres, ils vont t’endurer 5 secondes… Y a pire que fonfon, y a ponpon.

Bonne journée, camarade.

Contradictions!! J’ ai toujours eu le même discour. Le problème avec des gens comme toi, c’ est que la réalité te saute dans la face et tu ne veux pas la voir! Lorsqu’ on a plus d’ opinions c’ est sage de réfléchir!

Le plafond de la retraite des travailleurs de la fonction publique du Québec n’est plus, depuis quelques années, de 70%, mais bien de 76%. Le Gouvernement du Québec veut ainsi encourager ses fonctionnaires à travailler plus longtemps.

Car bien entendu, pour avoir droit à ce 76%, le fonctionnaire doit accumuler 38 années de service (38 X 2% = 76%). 76% est donc le nouveau maximum : si le fonctionnaire prend sa retraite après 35 ans de service, il recevra 70% comme auparavant. S’il quitte après 36 ans, il recevra 72%.

Ouais, et ils ne faudrait surtout pas qu’on touche à celles de ceux qui y sont, à la retraite. Sacrilège! Et encore moins au gratin et aux zamis (alias tinamis)…

Mais faut pas dire ça, c’est de la ségrégation générationnelle de dire ça. C’est comme les clauses orphelin, c’était pour le bien des jeunes. Incroyables comme ils sont ingrats.

L’abolition de l’âge de la retraite pour les employés du secteur public pourrait être réalisé beaucoup plus simplement. Il suffirait de faire comme le secteur privé et de convertir les régimes à prestations déterminées en régimes à cotisations déterminées. Comme le montant accumulé et les risques associés au rendement appartiennent à l’employé, il est affranchi du concept d’âge de la retraite.
Je suis moi-même employé du secteur public et je dois cependant avouer avoir reçu peut de mains levés lors de cette proposition en assemblée syndicale. La proposition devrait venir du patronat.

Je n’ai pas vu nul part qu’il s’agissait de retraite de la fonction publique seulement. A moins que j’ai mal lu. Je vois mal de toute façon des policiers, pompiers ou si on veut travailleurs de la construction travaillé aussi dur physiquement a 65-67 ans. Ils n’y aura pas de « job de bureau » ou « travaux légers » pour tout ces gens-la non plus. Alors les biens pensants on fait quoi?

Encore une fois c’est bien beau dans les chiffres et sur papier mais dans la réalité c’a marche pas!

Qu’est-ce que vous ne comprenez pas dans « Il faudrait abolir le concept d’âge de retraite en vue de faire des rentes un simple bénéfice accumulé auquel le travailleur a droit, peu importe son âge ou son statut d’emploi. » ?

Le travailleur a encore le droit de prendre sa retraite, ce qu’on abolit c’est le droit d’avoir des rentes et un emploi en même temps.