Accord Canada-Union européenne: vers une entente à rabais?

L’annonce du début des pourparlers entre les États-Unis et l’Union européenne en vue de conclure un accord commercial pourrait précipiter les négociations en cours avec le Canada, selon Patrick Leblond, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales d’Ottawa.

Photo: Images_of_Money/Flickr
Photo: Images_of_Money/Flickr

Les États-Unis et l’Union européenne ont entamé ce mois-ci des pourparlers visant à augmenter les échanges commerciaux entre eux. En même temps, l’UE poursuit des négociations semblables avec le Canada depuis…quatre ans.

L’absence de progrès sur les questions d’exportation du boeuf et du porc canadien vers l’UE et l’importation de produits laitiers européens au Canada semble avoir refroidi les ardeurs d’un côté comme de l’autre. Est-ce que ce rapprochement avec les États-Unis fera achopper les négociations pour de bon?

Pour faire le point sur les relations commerciales avec l’UE, L’actualité s’est entretenu avec Patrick Leblond, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales d’Ottawa.

Quel impact auront les négociations entre les États-Unis et l’Union européenne sur les pourparlers entre le Canada et l’UE?

Patrick Leblond: En principe, les négociations entre les États-Unis et l’Union Européenne doivent commencer en septembre. Si le Canada ne conclut pas son entente avant, j’ai bien peur qu’il passe au deuxième rang des priorités de l’Union europénne, qui va mettre toutes ses énergies à s’entendre avec les Américains.

Est-ce que les négociations entamées depuis 2009 pourraient encore se prolonger?

P.L.: Les négociations entre les États-Unis et l’Union européenne pourraient prendre trois ou quatre ans. Les Européens pourraient décider de revenir vers le Canada seulement à ce moment-là, dans l’espoir de créer une zone de libre-échange transatlantique.

Qu’arrivera-t-il avec ce qui a déjà été négocié?

P.L.: Il est loin d’être certain que le même accord serait sur la table. Les Européens diront : nous avons obtenu ceci ou cela de la part des États-Unis, est-ce que ça vous arrange?  Et ce sera difficile pour le Canada de dire non, car nous n’aurons pas le gros bout du bâton devant un partenaire comme les États-Unis. Ce que nous avons déjà négocié pèsera bien peu dans la balance.

Quelles seraient les conséquences d’un traité signé après celui avec les États-Unis?

P.L.: Nous serions forcés à faire de plus grands compromis et nous n’aurions pas l’avantage d’arriver le premier sur le marché européen. Pendant ce trois ou quatre ans que pourrait prendre la conclusion d’une entente avec les Américains, les entreprises canadiennes auraient le temps de se positionner pour développer le marché et créer des partenariats avec des entreprises européennes. Si les Américains passent avant, les Canadiens risquent de ramasser les miettes.

Le Canada devrait-il se dépêcher à conclure?

P.L.: La pression sera forte sur le Canada pour conclure tout de suite, car les Européens auraient avantage à arriver devant les États-Unis avec une entente déjà signée avec le Canada comme base de négociation. À son tour, le Canada aurait aussi avantage à conclure avant les Américains, quitte à faire certains compromis immédiatement, pour que ses priorités priment sur celles des Américains.

Nous dirigeons-nous vers une entente à rabais?

P.L.: Oui, mais pas à grands rabais. Même si les négociations se poursuivent dans un contexte de pression, les Européens veulent conclure eux aussi. Pour le Canada, il faut le voir à plus long terme. Est-ce qu’on aura mieux si on attend? J’en doute. Les Américains vont négocier en fonction de leurs propres intérêts. Le Canada sera invité à la table à la toute fin et ce sera à prendre ou à laisser.

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