Achats d’entreprises québécoises: loin d’être seulement des victimes

Depuis six ans, les Québécois sont plus souvent des prédateurs que des proies.

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Photo: Flickr/Caribb

La vente du Cirque du Soleil l’an dernier, du quincailler Rona en février et maintenant du restaurateur St-Hubert a fait grimper la fièvre nationaliste économique de quelques degrés. Ce sont des symboles importants, connus et admirés des Québécois. La rhétorique de François Legault et Pierre Karl Péladeau alimente également le débat, qui se déplace sur la scène politique.

Il n’est jamais agréable de voir une entreprise de chez nous passer sous contrôle étranger. Mais au grand jeu des ventes et des acquisitions d’entreprises, le Québec est largement vainqueur. Il ne faudrait pas l’oublier. Depuis six ans, les Québécois sont plus souvent des prédateurs que des proies.


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Voici les nouveaux chiffres du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation du Québec.

Entre le 1er janvier 2010 et le 24 février 2016:

  • 85 entreprises québécoises ont été achetées par des compagnies hors de la province.
  • 258 entreprises hors Québec ont été achetées par des compagnies d’ici en pleine expansion.

Un ratio de 3 pour 1.

Même sur la valeur des transactions, le Québec est gagnant.

Sur les 258 transactions effectuées par les entreprises du Québec à l’étranger, la valeur de la transaction a été divulguée 177 fois. La moyenne: 523,2 millions de dollars par transaction.

À l’inverse, sur les 85 achats d’entreprises du Québec par des étrangers, la valeur de 53 transactions a été divulguée. Moyenne: 401,8 millions de dollars par transaction.

C’est donc dire que les entreprises du Québec vont aussi à la chasse aux gros gibiers.

En février 2014, le Groupe de travail sur la protection des entreprises québécoises a remis un rapport, commandé par le gouvernement Marois, sur la situation des sièges sociaux au Québec, et plus largement sur l’achat et la vente des entreprises. Pour étoffer son analyse, le groupe a demandé une étude exhaustive des transactions sur une longue période à la firme Secor/KPMG.

Entre le 1er janvier 2001 et juillet 2013, il y a eu 671 transactions.

  • 402 fois, ce sont des entreprises québécoises qui ont acheté à l’étranger. Valeur totale: 90,4 milliards de dollars
  • 269 fois, ce sont des entreprises étrangères qui ont avalé une compagnie du Québec. Valeur totale: 89,9 milliards de dollars (si on exclut la vente d’Alcan, l’avantage est nettement du côté des entreprises québécoises).

Sur les 671 transactions, à peine 14 étaient des offres d’achat hostiles (2 % du total). Et dans ce domaine, les Québécois étaient aussi voraces que les étrangers: 7 offres hostiles de chaque côté.

Bref, ce n’est pas l’hécatombe.

Le Cirque du Soleil, Rona, St-Hubert font les manchettes, avec raison. Mais il y a aussi les acquisitions de Saputo, Couche-Tard, Lumenpulse, Cominar, Pages Jaunes, Agropur, CGI, Genivar (renommée WSP Global)…

Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire pour aider nos entreprises à croître et continuer d’acheter à l’étranger. En ce sens, le gouvernement a la responsabilité d’être attentif si une entreprise frappe à la porte pour obtenir une facilité de financement, que ce soit avec la Caisse de dépôt ou Investissement Québec.

Dans son rapport, Secor/KPMG notait toutefois que les sièges sociaux de grandes entreprises localisées au Québec ont graduellement diminué (- 5 %) entre 2000 et 2013. Il s’agit d’un phénomène pancanadien, pas uniquement québécois. Toutes les provinces ont perdu des sièges sociaux, généralement au profit d’entreprises américaines. Il faut être vigilant.

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Il y a aussi les sièges sociaux théoriques, où la véritable direction ne se trouve pas au Québec, mais à Toronto ou aux États-Unis, comme Bell, Molson ou Valeant. Comment amener la direction ici, sachant que les décisions qu’ils prennent ont un impact économique important sur les fournisseurs? Une bonne question qu’il pourrait être intéressant de creuser.

Dernière remarque: l’attachement des Québécois envers Rona, le Cirque du Soleil ou St-Hubert est remarquable. Nous sommes un petite nation et aimons nos fleurons. Il convient toutefois de rappeler que les entreprises ne sont pas la propriété de l’ensemble des Québécois. Il y a des actionnaires, des fondateurs, des investisseurs… représentés par un conseil d’administration. Si l’offre est hostile, le gouvernement du Québec peut regarder les options avec ses alliés comme la Caisse de dépôt, Investissement Québec et le Fonds de la FTQ. Mais une offre hostile, on vient de le voir, demeure rare — le gouvernement devrait d’ailleurs donner plus de pouvoirs aux conseils d’administration pour les repousser. Lorsque l’offre est amicale, et que l’entreprise accepte de passer sous le contrôle d’une société étrangère, comme c’est le cas de Rona, du Cirque et de St-Hubert, le gouvernement n’a pas la capacité d’agir. Et ce ne serait pas souhaitable. C’est aux propriétaires de décider de l’avenir de ce qu’ils ont contribué à bâtir.

Le Québec doit rester une terre d’accueil aux investissements étrangers, tout comme ses entreprises doivent avoir les moyens de partir à la chasse hors du Québec. Il s’agit d’être vigilant, sans s’affoler.

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Avis à PKP et Legault: renseignez-vous AVANT d’étaler votre ignorance en public. SVP!

Avouez tout de même qu’ils ont l’air…un peu épais tous les deux depuis que ces informations sur les innombrables achats des Québécois à l’étranger ont coulé non?

Et que dire de la vente de la vente de l’un de nos « fleurons » québécois par PKP, Nurun, et de ses brevets, son siège social au Québec, de la haute technologie, à Publicis, une entreprise française…. Et ça donne des leçons de nationalisme économique…comme Marine Le Pen soit dit en passant qui, elle, se trouve énormément d’affinités avec PKP…

http://www.lesaffaires.com/techno/technologie-de-l-information/quebecor-vend-nurun-pour-125m/571696

Bref, PKP a le droit de vendre Nurun à des intérêts « étrangers », qui plus est, à l’extérieur du Canada, mais Monsieur Léger, lui, qui, contrairement à PKP, n’a pas reçu de généreuses subventions étatiques, n’a pas le droit de vendre SA compagnie à des intérêts nationaux (i.e.: à l’intérieur de NOTRE pays, le Canada1!!)…

Bien hâte de vous lire là-dessus Pierre.

lol… l’ignorant, c’est toi qui comprends pas que ces entreprises sont des symboles de notre affranchissement économique, nous qui étions il y a pas si longtemps sous tutelle d’une élite économique anglosaxonne qui riait à notre gueule quand on mentionnait vouloir faire des affaires. Parizeau a dû aller emprunter à New York pour nationalise Hydro-Québec, parce que les banques Canadiennes lui ont rit en pleine gueule.

C’est de ça dont Legault et PKP parlent, chose que clairement t’as pas compris. Donc regarde-toi dans le miroir.

Legault et PKP (et vous et plusieurs autres sectaires!!!) avez exactement la même réaction que lorsque Marine Le Pen a appris la vente du Club Med aux chinois: le repli identitaire:

http://www.rfi.fr/economie/20150103-le-groupe-francais-club-med-passe-sous-controle-chinois-fosun-italien-bonomi

Extrait: « Le Front national reproche au gouvernement l’absence d’une solution nationale qui aurait permis d’assurer l’avenir du groupe, que le FN considère comme « une extension naturelle de la ‘marque’ France ». »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que vous êtes en bonne compagnie avec le Front National. Bravo!

PKP.. c est pas le gars qui a déménager des emploies en Egypte…qui a faite 14 lock out !! Qui a perdu 65% de la fortune familiale , qui a acheté vidéotron avec l’argent de la caisse en 2002…et dont ce 2 miliards n’est toujours pas rembourser !! Et qui paie ses impots au Panama , Delaware , Barbade ?? …

Il serait important d’expliquer que les ventes visible des entreprises québécoise sont surtout dans le marché du détails. Il serait important de lister ce que les entreprises québécoise achètent de l’étranger. Aussi les entreprises québécoise/Canadiennes qui s’achètent entre elle ou des morceaux entre elle.
EX Quebecor versus transcontinental. TVA qui acquiert des magazines. International CGI qui achète Logica etc.

une compagnie c’est déjà trop nous devons être les loups pas les agneaux Une perte est une perte Je comprend mal votre article St Hubert achète plus de 5,000 poulets par semaine c’est la production de trois éleveurs de poulets par mois c’est aussi la fabrication de tous les sous produits pâté sauce salades de choux soupe et quoi encore La transformation dans les abattoirs aura aussi a vivre des conséquence de cette vent et sachez que l’acheteur est aussi un éleveurs ce sont des emplois et des impôts qui se perdront par la perte de ce gros clients

Ils ne ferment rien, ils font juste vendre l’entreprise. Les restaurants vont rester aux mêmes endroits… St-Hubert fabrique ses propres produits donc là encore pas de pertes d’emploi, ils pourraient même fabriquer des produits dérivés des autres bannières de CARA, qui est une de ses faiblesses.

EH! Oui le verre à moitié vide ou moitié plein ! Lequel on choisit ? Moi je choisi PLEIN !

Ah…tiens…et moi qui pensais que St.-Hub venait d’être acheté et continuerait à demeurer ouvert…

Z’avez des références à nous soumettre sur les fermetures à venir?

ben oui c est ca.. ils vont faire venir du poulet de la Colombie- britanique… et leur assiette vont se vendre 85$ !!! votre compréhension de l’économie frise le ridicule !

Autre aspect important: vendre une compagnie à l’étranger, ce n’est pas nécessairement mauvais. Prenons Alcan, par exemple. Nous l’avons vendu à fort prix et sa valeur a chuté de moitié dans les deux années qui ont suivi. C’était un excellent coup! C’est Rio Tinto qui s’est fait avoir dans cette transaction, pas les Québécois.

Et Valeant dans tout ca? Quelle est la valeur de leurs acquisitions et combien en ont il fait?

Tim Horton a été acheté par Burger King est-ce que l’on a entendu des hauts cris au Canada anglais? NON! Les Blackberry de Research in Motion ont perdu leur ascendant sur le marché quand Apple a lancé ses Iphone, est-ce que l’on a entendu des politiciens du Canada anglais demander que l’on ferme la frontière aux produits de Apple? NON! Alors pourquoi l’esprit collectiviste ne semble frappé qu’au Québec? Pourquoi des gens et surtout des politiciens ne comprennent pas que notre démographie nous oblige à jouer le jeu du libre-échange. Nous sommes 8 millions, si nos entreprises veulent croître, elles doivent affronter la concurrence sur les marchés étrangers et à ce jeu-là on peut être acheteur de concurrents et alors il faut accepter que des concurrents étrangers achètent nos entreprises. Aussi, il faut questionner la notion « d’étranger ». Cara est une entreprise… ontarienne. Crime, l’Ontario! On ne parle pas du Burkina Faso!!! Même des entreprises américaines font parti de notre sphère culturelle.

Ah oui, revoyez la petite histoire de Culinar (gâteaux Vachon). Au tournant des années 2000, Culinar devait être achetée par une firme américaine, mais par principe de nationalisme économique, Bernard Landry a manoeuvré pour que Saputo achète l’entreprise. L’honneur était sauvé! Que s’est-il passé? Saputa n’a jamais vraiment su quoi faire de Culinar, ils ont vendu différentes portions de l’entreprise et pendant ce temps la port de ces gâteaux dans les tablettes des épicerie a décliné! Bref, au lieu d’avoir la possibilité de croitre aux États-Unis, Culinar a décliné au Québec. Beau succès… québécois!

Oui. La vente de Tim Horton, aussi identaire dans le ROC que le St-Hubert au Québec, a créé un choc profond au pays de Stephen Harper

Premièrement Burger King, a décidé de déménagé son siège social des États-Unis au Canada, il est bien normal de ne voir aucun politicien canadiens lever des boucliers pour ça, c’est un gain très net du Canada. Maintenant un petite recherche sur internet concernant la réaction américaine va vous démontrer justement l’insatisfaction de plusieurs américains dont la majorité sont républicain ouvertement critiqué cette décision de Burger King, alors cet exemple ne tiens pas la route.

Par lasuite, vous dites ne jamais entendre parler de ça dans le Canada anglais, vraiment? Voulez-vous qu’on parle de la situation de Potash Corp une transaction qu’a fait avorter Stephen Harper pour que ça demeure au Canada.

@Dan CPA, l’exemple de Potash Corp est un excellent exemple! Les profits importants, à l’époque, de l’entreprise représentait une manne appréciable pour le gouvernement de la Saskatchewan. C’est la principale raison du refus. Plus récemment des entreprises pétrolières albertaines ont été vendues à des entreprises chinoises. CHINOISES! C’est-tu assez étranger à votre goût. Mais ici, on confond nationalisme et stratégique. Tout prend une tournure tragique et là on éparpille nos énergies dans une entreprise de poulet! Après ça on s’étonne de la corruption dans le secteur public! Tout le monde veut la protection ou l’aide de l’état alors comme les ressources ne sont pas illimitées et bien certains essaient d’avoir un accès privilégier à la jarre à biscuit!

Manifestement, vous n’avez pas lu les réactions au Canada anglais lorsque Tim Hortons a été vendu. La commotion a été bien plus forte.

Le terme d’OPA amicale versus OPA hostile est un terme fourvoyé. Même si les actionnaires de Rona ont voté désormais officiellement depuis hier en faveur de la vente totale de leurs actions à Lowe’s ; il s’agit bel et bien d’une OPA hostile dans laquelle Lowe’s surveillait sa proie.

Le fait d’obtenir le consentement des actionnaires ne signifie pas hélas que ce changement de propriétaire soit un gage d’amitié. L’offre de Lowe’s n’est évidemment pas désintéressée et souvent les actionnaires acceptent des propositions comme celles-ci parce qu’il y a un risque bien réel de voir les actions qu’ils détiennent péricliter, s’ils n’acceptent pas la transaction.

Ce genre de situations ne sont pas rares, elles existent effectivement partout, pas seulement au Québec.

Alors ce qui est problématique, ce n’est pas le calcul arithmétique en vertu duquel nous ne serions pas perdants collectivement si on regarde des ventes versus les acquisitions. Ce qui est problématique, c’est qu’il se perd dans certains métiers des emplois qui ne sont pas tous remplacés avantageusement, comme il peut se perdre aussi de l’expertise, laquelle n’est pas facile toujours à renouveler ou à reconstituer.

C’est ce qui rend la fermeture d’Aveos notamment, déplorable — pas seulement la perte d’emploi – ; c’est à terme la perte d’expertise et de savoir-faire dans un domaine particulier de l’aviation. Indispensable si on souhaite préserver notre pôle aviation. Il fut un temps pas si lointain que ça où l’expertise d’Air Canada en la matière était reconnue mondialement. Plus maintenant. — Est-ce que d’ailleurs ce genre de pertes ne rend pas même Air Canada une proie potentielle dans le futur ?

Ce qui est une source réelle de problème, c’est que nous n’avons plus les conditions et les moyens de créer aujourd’hui au Québec les futurs SNC-Lavalin, Bombardier, Cirque du Soleil ou autres CGI de ce monde, etc….

D’abord parce que nous n’avons pas la culture entrepreneuriale adéquate, tout comme la structure favorable à la création d’entreprises, cela fait pas loin de dix ans que j’écrivais sur le blogue de Gérald Fillion, que nous avions besoins de pépinières d’entreprises. Où sont-elles actuellement ?

Ensuite, nous n’avons pas le financement adéquat (à part évidemment l’émission de télé : Les Dragons…), nous n’avons pas la structure juridique qui puisse nous permettre de prendre des risques et nous ne sommes plus bien placés pour déposer des brevets ; être des artisans et des créateurs en toutes sortes d’innovations. On parle beaucoup lorsqu’en bout de course on fait bien peu.

Voilà où se trouve entre autre les défis que nous devrions tous collectivement relever avec entrain, entregent et dans la solidarité.

Mais si la tendance se maintient, le Québec sera bel et bien d’ici 30 ans, une économie de succursale, embrigadé et flanqué de quelques grosses corporations avec aussi son lot de rentiers bien évidemment. Quant aux forces vives de la Province, elles auront en très grand nombre fuient vers d’autres territoires, quand ce ne sera vers d’autres pays qui reconnaissent, savent identifier les talents et les conserver.

Pour mettre en place une chaine comme St0Hubert pouveaz-vous imaginer lE travail considéralble que ca prend? Les décennies d’effort? L’investissement dans le nom? C’est un desastre parce que tous les québécois ont encouragé cette chaine qui se disait nationaliste dans sa pub. Voilà le probleme

St-Hubert acheté par une société étrangère? L’auteur de ce texte doit être nul en géographie. A ce que je sache, l’Ontario fait parti du même pays que le Québec…

Ils nous parlent souvent des ventes Rona etc. mais qui sont ces 402 entreprises qui ont acheté qui ou quoi. Ce serait agréable de le savoir et cela calmerait le commentaires négatifs.

Les données sont intéressantes, mais les commentaires sont renversants. Je me demande pourquoi les Québecois sont aussi pasionnés par une vente d’entreprise Québécoise et pourquoi d’autres descendent la réussite? J’ai du mal à suivre notre résonnement collectif, les propriétaires peuvent vendre. Le moyen plus facile d’encourager nos entreprises est d’acheter « made in Québec » pour enrichir nos entreprises malgré une vente toujours possible.