Le problème d’image du REER

À l’invitation de notre chroniqueur, l’agence de publicité québécoise Brad propose de rebaptiser le REER.

Créé en 2009, le CELI ne s'en tire pas beaucoup mieux que le REER en matière d'image. L'agence Brad propose d'en remplacer le nom par «Abri». Ce clin d'oeil à la notion d'abri fiscal serait porteur en publicité. (Image: Katy Lemay pour L'actualité)
Créé en 2009, le CELI ne s’en tire pas beaucoup mieux que le REER en matière d’image. L’agence Brad propose d’en remplacer le nom par «Abri». Ce clin d’oeil à la notion d’abri fiscal serait porteur en publicité. (Image: Katy Lemay pour L’actualité)

Prononcer le mot « REER » suffit pour effacer le sourire chez beaucoup de personnes. Y cotiser est souvent perçu comme une corvée. À l’aube de son 59e anni­ver­saire, cet instrument d’épar­gne a un problème d’image.

Cela importerait peu si le REER n’avait pas à lutter quotidiennement contre les mille et un produits de consommation qui tentent notre portefeuille. Sa seule arme est la vertu, tandis que ses adversaires, eux, disposent du marketing. Un combat inégal qu’il serait temps d’équilibrer en donnant au REER une nouvelle image de marque.

L’agence de publicité québécoise Brad a accepté, à mon invitation, de relever le défi. Pendant deux heures, trois créatifs ont lancé idée après idée pendant que le coprésident, Dany Renauld, notait les meilleures sur le mur vitré de la salle de conférences.

La première étape consistait à relever les défauts du nom actuel. « Les fonctionnaires et les banquiers ont souvent tendance à appeler un chat un chat, a fait observer Dany Renauld. “REER”, c’est très fonctionnel. Sauf qu’en pensant uniquement à la fonction, ils ont oublié le rêve. » Et le rêve fait vendre.

Une fois décomposé, « REER » s’apparente à un cauchemar : régime (déprimant) enregistré (compliqué) d’épargne (privation) retraite (stressant, surtout pour qui n’a pas cotisé). Cacher le tout derrière un acronyme sans signification n’aide en rien.

Au problème du nom s’ajoute un problème d’association. Le REER fait écho à la retraite, un concept abstrait pour bien des gens. D’accord, on arrête de travailler, mais ensuite ? On jardine ? On regarde la télé ? On fait de la voile, tempes grisonnantes et sourire aux lèvres ? « Mon image de la retraite, c’est que je suis fini, a lancé un des créatifs, dans la trentaine. Je n’ai pas le goût de penser à ça. » Entre dépenser pour le nouveau iPhone et économiser pour « ça », le plaisir immédiat a des chances de l’emporter.

Le défi consistait donc à trouver un nom accrocheur qui ramène le REER dans le moment présent. Les idées ont fusé : réserve de party, bazooka, salaire à vie, top, solide, durable, planer, plan de match. Et pourquoi pas « plan » tout court ?

Le Plan.

Pas mal. Un plan, c’est quelque chose qu’on organise maintenant pour plus tard. Un plan pour la fin de semaine prochaine. Un plan pour les vacances. Un plan pour ses vieux jours. « C’est positif, c’est personnel et tu en fais ce que tu veux, a souligné un des créatifs. Si ton plan, c’est de faire des sudokus après 65 ans, tu peux. »

N’empêche, le terme s’avère un peu vague. Afin de le rendre plus précis, l’équipe a ajouté le descriptif « de revenu continu », qui pourrait figurer en plus petit sur une affiche publicitaire. Qui ne voudrait pas d’un plan de revenu continu pour sa retraite ?

Évidemment, un simple changement d’emballage n’entraînerait pas une hausse massive des coti­sations aux REER. Cette mesure d’incitation à l’épargne a d’autres défauts, notamment son fonctionnement uniforme, peu importe l’âge et le revenu du cotisant — on n’attire pas avec la même carotte un jeune de 25 ans en début de carrière et un travailleur de 63 ans qui pense à la retraite. Une nouvelle image constituerait tout de même un pas dans la bonne direction, et « Plan » est une piste de départ.

D’ailleurs, « Plan » a tout pour plaire à Justin Trudeau, dont le gouvernement a le pouvoir de rebaptiser le REER. Ce mot fonctionne aussi bien en français qu’en anglais, et il est déjà omniprésent dans la bouche du premier ministre.

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1 commentaire
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Il y a deja le plan du groupe investor… faut trouver autre chose. l’idee salaire a vie est plus allechante. cela fait penser au lotto gagnant a vie, mais avec plus de chance de gagner que le lotto…
un plan est aussi quelque chose que l’on annule facilement a la derniere minute ou qui change completement en fonction de la meteo. monter un plan est compliqué aussi. et je pense que le coté plan de retraite est justement ce qui fait mal aux gens, on ne peut pas planifier quelque chose qui va arriver dans 10 20 ou 30 ans et savoir ce que l’on va faire pendant les 30 ans suivant. (surtout quand on ajoute dans l’équation les maladies et le cout des medicaments qui monte…)
Moi je ne parle jamais de plan de retraite, mais vraiment de remplacement de revenus… donc de salaire a vie.